Normandie

Santé

Enquête La Normandie consolide son avance en santé équine

Par Isabelle Evrard, le 11 octobre 2022

La filière équine normande abrite un écosystème unique en Europe, qui mêle sur un même territoire, l’élevage, les courses de chevaux, les sports équestres, et deux pôles majeurs de recherche en santé et performance du cheval. Plusieurs projets en développement doivent permettre de renforcer encore cette position dominante, avec la création d’un campus équin international à Goustranville et l’extension de la plateforme de Saint-Contest dédiée aux biotechnologies.

À Goustranville, un solarium permet de réchauffer le cheval à la sortie de la piscine.
À Goustranville, un solarium permet de réchauffer le cheval à la sortie de la piscine. — Photo : Eric Biernacki - Region Normandie

Avec 105 000 chevaux, 17 900 emplois, 6 500 entreprises, 4 500 élevages et quelque 12 300 naissances par an, 42 hippodromes, et un chiffre d’affaires global d’1,3 milliard d’euros, la Normandie est considérée comme la terre d’excellence du cheval en France. Une terre foulée par des chevaux de course de renom, et où, chaque année, à Deauville, les ventes de yearlings (pur-sang âgé d’un an) battent des records à plus de 210 000 euros. Avec de tels atouts économiques, sportifs et touristiques, la Normandie tient à soigner sa filière équine et ne lésine pas sur les moyens : elle abrite sur son territoire, le Conseil des Chevaux de Normandie (interface entre les entreprises de la filière et les institutions privées et publiques) mais aussi l’unique pôle français de compétitivité équine, Hippolia, basé à Colombelles (plus de 210 membres), et Normandie Équine Vallée, dédiée à l’enseignement supérieur, la recherche, l’innovation et le service aux entreprises dans le domaine de la santé et de la performance du cheval athlète. Souhaitant tirer l’ensemble de cette filière vers l’excellence et en faire un facteur d’attractivité pour la Normandie, la Région Normandie consacre, chaque année, six millions d’euros à la filière équine normande.

Goustranville, zone d’attractivité pour les entreprises

À la pointe de la recherche et de l’innovation, la Normandie accueille deux sites majeurs dédiés à la santé des chevaux, à Goustranville et Saint-Contest dans le Calvados, qui composent la Normandie Équine Vallée. Deux sites aujourd’hui en pleine expansion où des projets de grande envergure doivent voir le jour.

Kinésia, à Goustranville, abrite un espace d’entraînement avec un aqua-trainer (tapis roulant immergé).
Kinésia, à Goustranville, abrite un espace d’entraînement avec un aqua-trainer (tapis roulant immergé). - Photo : Eric Biernacki - Region Normandie

À Goustranville, le site se prépare à accueillir un campus équin international dédié à la recherche en santé équine et un Centre Hospitalier Universitaire vétérinaire. L’École nationale vétérinaire d’Alfort (EnvA) a en effet, entériné, en 2018, le transfert de ses activités d’enseignement et de recherche en santé équine depuis son site francilien vers Goustranville. "Le chantier a démarré en juin 2022. L’objectif est d’avoir une livraison du cœur de projet, l’hôpital équin, l’amphithéâtre connecté et les logements étudiants vétérinaires, pour fin 2024" confirme Laurence Meunier, présidente du Conseil des Chevaux de Normandie et présidente de Normandie Équine Vallée. Le budget prévisionnel consacré à ce projet s’élève, à ce jour, à 45 millions d’euros : un financement partagé entre la Région Normandie, le Département du Calvados, le Fonds Éperon, et l’État.

Confiée au groupe parisien Franc Architectures (Cabinet Amoyal), la maîtrise d’œuvre prévoit l’acquisition de 16 hectares supplémentaires et la construction de nouveaux locaux sur 6 500 m2, soit un doublement des surfaces actuelles. Il pourra accueillir plus de 250 personnes contre une cinquantaine actuellement. Le projet prévoit également un espace "vie et entrepreneuriat" avec des espaces de coworking, un foyer de restauration, des bureaux, dans le but de créer des synergies entre les acteurs de la filière équine, du développement économique et de l’innovation. "Toutefois, la crise sanitaire est passée par là, et nous allons peut-être revoir l’utilisation de ces espaces : il y a aujourd’hui un réel engouement pour la dématérialisation du travail, je suis moins convaincue de voir des entreprises s’installer sur le long terme dans ces espaces", reconnaît Laurence Meunier qui reste persuadée, à l’instar d’Hervé Morin, président de la Région Normandie, que "Goustranville est un véritable aimant pour attirer les entreprises" : "La seule incertitude, c’est leur modalité d’installation. Nous réfléchissons à des accueils peut-être plus ponctuels qu’à l’année."

Labéo, l’aimant à start-up en biotechnologie

Autre site de la Normandie Équine Vallée en plein essor, la plateforme de Saint-Contest dédiée à la santé équine et aux biotechnologies. Le site héberge plusieurs structures qui travaillent en synergie : Labéo, Pôle d’analyses et de recherche de Normandie ; Biotargen, unité de recherche de l’Université de Caen Normandie, le Réseau d’Epidémiosurveillance en Pathologie Équine ainsi que trois start-up, Equiways, Equibiogènes et Animal Immune Company, dédiées respectivement à la biosécurité, à la génétique équine et à l’immuno-thérapie des pathologies équines. Forte de son succès, la plateforme s’est révélée rapidement sous-dimensionnée pour accompagner le développement d’entreprises et de laboratoires de recherche dynamiques. Avec une extension prévue de 1 600 m², la plateforme va doubler sa surface. "L’objectif de l’extension est d’accompagner le développement des activités des équipes en présence, mais également de créer de nouveaux axes de recherche avec la création d’une unité génomique qui permettra d’associer de nouveaux partenaires comme le centre François Baclesse de Caen", a précisé Patrick Jeannenez, Président de Labéo, lors de la présentation du projet en septembre 2021.

Le Centre d’Imagerie et de Recherche sur les Affections Locomotrices Équines (CIRALE) est unique en France : il permet de réaliser des échographies, de la radiologie, de la scintigraphie, et des IRM "debout ".
Le Centre d’Imagerie et de Recherche sur les Affections Locomotrices Équines (CIRALE) est unique en France : il permet de réaliser des échographies, de la radiologie, de la scintigraphie, et des IRM "debout ". - Photo : Eric Biernacki - Region Normandie

L’extension permettra l’accueil de nouvelles entreprises spécialisées dans les biotechnologies au sein de quatre modules dédiés. Elle permettra également de rassembler la communauté scientifique dans un auditorium de 75 places pour organiser, notamment, des colloques internationaux. Le début des travaux est prévu au cours du mois de novembre 2022, avec un budget consacré au projet d’extension de 4,8 millions d’euros. "Nos deux sites, Goustranville et Labéo, sont totalement complémentaires : le premier est "in vivo" puisqu’on y accueille les chevaux en soins, le second est "in vitro" et ne concerne que la biotech". Un atout non négligeable pour les start-up, à l’instar de Equibiogènes, arrivée en 2019 sur le site de Saint-Contest : "Cette plateforme est une réelle opportunité pour tous les acteurs de la filière équine : elle nous offre la possibilité d’échanger et de travailler ensemble sur des projets ambitieux tels que la génétique et la biotechnologie équine, et facilite la gestion et la rapidité de traitement de nos tests ADN via Labéo" confirme Claude Guegan, dirigeant d’Équibiogènes. Avec plus de 80 000 échantillons traités par an, Labéo est le plus gros laboratoire de santé équine en Europe.

Un modèle pour l’Irlande

"La Normandie est la seule région de France à regrouper les trois disciplines phares, le galop, le trot et les compétitions équestres de niveau international".
Laurence Meunier, présidente de Normandie Équine Vallée

Le développement de ces sites normands en matière de santé équine est un aimant pour attirer des étudiants et des entreprises du monde entier. À commencer par l’Irlande, autre terre de cheval et 3e plus grand producteur de pur-sang au monde. De fait, l’Irlande et la Normandie ont développé des liens depuis des décennies, notamment concernant la reproduction de chevaux de course et d’entraînement, les courses internationales et sportives… "La Normandie est la seule région de France à regrouper les trois disciplines phares, le galop, le trot et les compétitions équestres de niveau international, mais aussi le polo et les loisirs équestres. Une polyvalence qui intéresse l’Irlande, davantage axée sur les courses de chevaux. L’offre de formation équine normande est également un sujet d’intérêt pour l’Irlande", explique Laurence Meunier. Un intérêt réciproque puisque la Normandie s’inspire fortement, de son côté, de l’Irish National Stud (haras du comté de Kildare) qu’elle a visité au mois de juillet 2022. "Outre son activité d’élevage, l’Irish National Stud jouit d’une renommée internationale pour son module "Breeding course" qui forme des professionnels dans le domaine des courses sous tous ses aspects, de l’élevage, en passant par l’entraînement et les ventes… L’idée est donc de s’inspirer de la méthode irlandaise et calquer les modalités de fonctionnement de la formation dispensée par l’lrish National Stud ainsi que son modèle économique pour l’adapter au projet de développement du Haras national du Pin dans l’Orne" ajoute la présidente.

Un partenariat avec le Maroc en projet

La Normandie avait également démarré un partenariat avec le Maroc, à la suite d’une rencontre entre le Prince Sharif Moulay Abdallah Alaoui, président de la Fédération Royale Marocaine des Sports Équestres, en 2019. Mais la crise sanitaire avait freiné le projet qui devait mettre au point un accompagnement de la formation de professionnels marocains dans le milieu de la recherche et de la santé équine, via des visites de Labéo et de Goustranville. Des coopérations sont aussi envisagées pour la vente de chevaux "Arabe-Barbe" (race de chevaux de selle originaire du Maghreb) à la Normandie. "Mais le projet a été stoppé dans son élan à cause du Covid. Nous repartons au salon du cheval des Émirats Arabes en novembre prochain pour réenclencher le processus de partenariat avec le Maroc", annonce la présidente.

En attendant la signature de ces partenariats internationaux, la filière équine normande continue de faire parler d’elle, au Pôle International du Cheval Longines Deauville, avec le Normandy Horse Meet’Up, premier salon B to B consacré au bien-être et à la santé du cheval en France, qui a regroupé soixante-dix exposants et entreprises à la fin septembre.

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