Calvados

Textile

Interview Jean-Philippe Cousin (Filt) : « Nous sommes démunis face à la multiplication des annonces du gouvernement »

Entretien avec Jean-Philippe Cousin, dirigeant de Filt 1860

Propos recueillis par Isabelle Evrard - 25 mars 2020

En raison de la crise sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus, le fabricant de filets et de cordons Filt, à Mondeville (Calvados), a fermé ses portes. Son dirigeant, Jean-Philippe Cousin, a dû faire face, en urgence, à une multiplication de démarches administratives pour se mettre en règle.

Jean-Philippe Cousin, dirigeant de Filt
Jean-Philippe Cousin, dirigeant de Filt : « Je m’interdis d’appeler sans arrêt les clients et les fournisseurs pour ne pas trop nous plomber le moral. » — Photo : © Isabelle Evrard - Le Journal des Entreprises

Le Journal des Entreprises : Quand avez-vous fermé votre entreprise Filt, qui fabrique des filets et des cordons ?

Jean-Philippe Cousin : Nous avons fermé la partie production mardi 17 mars à 11 heures et les bureaux administratifs l’après-midi. Mes vingt-six salariés ont été placés en chômage technique. De toute façon, nous n’avions pas trop le choix : 80 % à 90 % de nos clients sont fermés que ce soit en France ou à l’étranger. Mon distributeur américain est fermé pour trois semaines et mon fournisseur hollandais est en rupture de matière première…

Quelles démarches avez-vous dû engager ?

Jean-Philippe Cousin : En vingt-cinq années de travail, c’est la première fois que j’ai eu à placer des salariés en chômage partiel. Il a fallu se débrouiller avec le cabinet comptable pour remplir tous les dossiers, mais aussi voir avec l’Urssaf pour demander les reports de charges, et tout cela, dans l’urgence ! Nous avons dû également prévenir nos clients et établir tous les acomptes de paye pour les salariés au 31 mars.

Vous venez d’investir 1,7 million d’euros dans une nouvelle usine à Mondeville. Êtes-vous inquiet pour l’avenir de votre entreprise ?

Jean-Philippe Cousin : Oui, bien sûr. Mais j’ai d’ores et déjà appelé les banques pour reporter les échéances de six mois, et elles ont accepté. Filt marche bien depuis quatre ans, et heureusement, j’ai un peu d’avance de trésorerie. Depuis la crise subie par l’entreprise en 2012, je me suis efforcé de gérer de façon prudente… Nous avons ainsi pu engager les paiements de nos fournisseurs jusqu’au 31 mars inclus. C’est important d’honorer ses règlements si l’on peut le faire, sinon c’est toute la chaîne qui s’arrête et on rajoutera de la catastrophe à la catastrophe. Nous n’avons eu pour l’instant que quelques annulations de commandes, dont un client sur Paris qui a principalement une clientèle de touristes étrangers. Mais je m’interdis d’appeler sans arrêt les clients et les fournisseurs pour ne pas trop nous plomber le moral. On échange plutôt par mails, à tête reposée…

Que pensez-vous des annonces faites par le gouvernement ?

Jean-Philippe Cousin : Nous sommes complètement démunis, et de plus en plus énervés, devant la multiplication des consignes émanant du gouvernement. D’un côté, on nous dit que l’on aura la possibilité de faire appel au chômage partiel, mais de l’autre, le gouvernement nous demande de retourner au boulot et les médecins nous engagent au confinement total ! Comment s’y retrouver ? Cette incertitude générale est déconcertante et démoralisante que ce soit pour les employeurs ou les salariés. Nous restons lucides : quand on nous dit que la prise en charge de l’État va être versée sous 15 jours pour les chômages partiels, on n’y croit pas trop : il n’y a pas assez de moyens au niveau de l’État pour gérer tous les dossiers qui vont arriver en cascade !

Quel constat tirez-vous de cette crise ?

Jean-Philippe Cousin : Voilà ce qui arrive après avoir tué toute l’industrie en France et délocalisé les entreprises : aujourd’hui on a besoin de masques mais il n’y a plus aucune usine capable d’en produire sur notre territoire. Nous ne disposons plus d’aucune indépendance !

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