Maine-et-Loire

Textile

Témoignage Ateliers Pulsion Design, l'oublié du "quoi qu'il en coûte"

Par Olivier Hamard, le 26 janvier 2022

Pendant le premier confinement du printemps 2020, l’entreprise de confection et de sérigraphie Ateliers Pulsion Design, à La Séguinière (Maine-et-Loire), a fabriqué des masques, ce qui l’a exclue du Fonds de solidarité. Depuis, les pertes se sont accumulées : licenciements, vente des machines, cession d’un bâtiment… La société est au bord du gouffre.

L’entreprise Ateliers Pulsion Design, dirigée par Vincent Bernard, a fabriqué des masques pendant le premier confinement, ce qui ne lui a pas permis de bénéficier du Fonds de solidarité.
L’entreprise Ateliers Pulsion Design, dirigée par Vincent Bernard, a fabriqué des masques pendant le premier confinement, ce qui ne lui a pas permis de bénéficier du Fonds de solidarité. — Photo : Olivier Hamard JDE

L'entreprise de confection et de sérigraphie Ateliers Pulsion Design exerce son activité dans deux secteurs, celui de l’événementiel dont elle dépend et qui représente 80 % de son chiffre d’affaires, et celui la confection. La crise du Covid-19 a été un brusque coup d’arrêt pour l’entreprise de la Séguinière, qui sérigraphie des t-shirts, des tote bags et des textiles personnalisés pour des clubs de sport, des festivals et différents événements. "De mars 2020 à septembre 2021, cette activité a chuté de 70 %", témoigne Vincent Bernard, le dirigeant d’Ateliers Pulsion Design, qui a repris l’entreprise en janvier 2018. Une baisse très conséquente pour la PME au chiffre d’affaires de 1,8 million d’euros et bénéficiaire les mois précédents la crise sanitaire, mais insuffisante pour bénéficier du Fonds de solidarité.

Des masques fabriqués "par solidarité"

Pour donner du travail à ses collaboratrices, l’entreprise s’est en effet lancée dans la confection de masques, dès le début d’avril 2020 et jusqu’à la mi-mai. Cette activité va gonfler son chiffre d'affaires mais lui fermer les portes des aides d'urgence mises en place par l'Etat. "Nous avons fabriqué ces masques par solidarité, explique Vincent Bernard, et quasiment sans marge." La PME n’a donc pas subi une perte de chiffre d’affaires d’au moins 80 % pendant le premier confinement, qui lui aurait permis de cocher l’une des cases des bénéficiaires du soutien financier de l’État. "En le déclarant comme de la vente à emporter, ajoute Vincent Bernard, j’étais éligible…"

Si la PME des Mauges, qui a contracté un Prêt garanti par l'État, ne perd plus d’argent depuis octobre 2021, le trou s’est creusé pendant les 15 mois qui ont précédé, avec un chiffre d’affaires annuel passé de 1,8 million d’euros à 800 000 euros. "De juin 2020 à septembre 2021, précise Vincent Bernard, nous avons perdu 30 % du chiffre d’affaires tous les mois." 25 000 euros chaque mois, soit environ 350 000 euros, creusant une dette qui atteint aujourd’hui 450 000 euros. "Si j’étais resté dans mon canapé pendant le premier confinement, regrette le dirigeant, nous aurions bénéficié d’environ 350 000 euros d’aides." Une somme qui correspond peu ou prou aux dettes accumulées par la PME pendant ces quinze mois.

"Pendant ce temps, je meurs !"

Aussi Vincent Bernard a-t-il interpellé sur la situation de son entreprise les élus locaux, le Medef, la CCI… Lesquels, selon lui, ont transmis en haut lieu, jusqu’au ministère de l’Économie. "Je n’ai pas voulu le faire directement mais cela fait un an que j’alerte, se désole-t-il. Les différents responsables locaux me soutiennent mais je n’ai toujours aucune réponse. Pendant ce temps, je meurs !"

L’entreprise est en effet au plus mal : les pertes accumulées ont déjà contraint le dirigeant à se séparer d’une grande partie de ses collaborateurs. Dans les mois qui ont suivi la reprise d’Ateliers Pulsion Design, Vincent Bernard a fait passer l’effectif de 11 à 33 salariés. Désormais, ils ne sont plus qu’une petite dizaine. "Je licencie les dernières couturières, explique-t-il à regret. Humainement parlant, cela fait mal, même si je sais que des ateliers voisins appellent pour les embaucher. Je vais vendre les machines et libérer le bâtiment de production pour récupérer de la trésorerie et baisser les charges."

Vendre la marque 16.9

Des démarches douloureuses d’autant que l’entreprise, au début de l’été 2020, avait embarqué toute son équipe dans une nouvelle aventure, avec la création de sa propre marque de sous-vêtements et de t-shirts made in France, 16.9. Marque qui a acquis peu à peu une notoriété via internet et les réseaux sociaux. "Elle fonctionne plutôt bien, assure Vincent Bernard, mais sans financement. Nous avons environ 150 000 euros de stock mais pour l’instant, c’est de la dette en plus."

Le dirigeant envisage aussi de vendre cette marque 16.9, "pour sauver les huit emplois qui restent". Après avoir alerté les responsables locaux, il a récemment communiqué plus largement sur la situation d’Ateliers Pulsion Design, espérant que la médiatisation encourage les plus hautes instances à se pencher sur le dossier. Pour l’heure, rien ne bouge, et les jours de l’entreprise sont comptés, même si elle n’est encore sous le coup d’aucune procédure devant le tribunal de commerce. "Mais si je ne vends pas la marque et que nous n’avons aucune aide, affirme Vincent Bernard, dans six mois, nous serons en redressement judiciaire."

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