Grand Est

Industrie

La filière bois du Grand Est largement portée par ses entreprises industrielles

Par Lucas Valdenaire, le 03 juin 2022

Alors qu’elles ne représentent qu’une entreprise sur quatre de la filière forêt bois en Grand Est, les sociétés industrielles emploient trois fois plus de monde que celles œuvrant dans le commerce ou le bâtiment. Surtout, selon une étude, ce sont elles qui tirent la valeur ajoutée du secteur vers le haut.

La filière bois en Grand Est compte plus de 13 300 établissements, soit 1 300 de plus qu’il y a dix ans (dont une grande majorité de microentreprises). La région concentre ainsi 10 % de l’ensemble des établissements français du secteur.
La filière bois en Grand Est compte plus de 13 300 établissements, soit 1 300 de plus qu’il y a dix ans (dont une grande majorité de microentreprises). La région concentre ainsi 10 % de l’ensemble des établissements français du secteur. — Photo : Fibois

La filière du Grand Est dédiée à la forêt et au bois peut dire merci à ses sociétés industrielles. Dans une étude Acsel de la Banque de France (Analyse conjoncturelle et structurelle économique locale), commandée par l’interprofession Fibois Grand Est, sur 1 200 entreprises régionales de plus de 750 000 euros de chiffre d’affaires en 2020, il apparaît en effet que les activités industrielles sont au cœur de sa vivacité économique (les activités d’exploitation forestière et la sylviculture n'ont pas été étudiées) alors qu'elles ne représentent que 29 % des entreprises, contre 36 % pour le commerce et 35 % pour le bâtiment. L'industrie emploie pourtant le plus de monde dans la filière bois et forêt : 18 400 salariés contre 6 200 dans chacun des deux autres secteurs d’activité.

L’industrie exporte

Autre exemple : ce sont les entreprises industrielles qui contribuent largement aux exportations de la filière, à l'instar de l’industrie papier carton (37 % des exportations régionales), la fabrication de meubles (24 %) et le travail du bois (22 %). De quoi porter le taux d’exportation de l’ensemble de la filière régionale (20 %) neuf points au-delà de la moyenne nationale.

Alors que les activités industrielles sont moins nombreuses, ce sont elles qui créent les deux tiers (66 %) de la valeur ajoutée de la filière bois en Grand Est, contre moins de 50 % au niveau national. L’industrie du papier carton (35 %) est largement en tête. "Grâce notamment à une revalorisation des prix de vente, l’industrie sort encore son épingle du jeu, c'est elle qui permet à la filière de rattraper le niveau national, souligne Frédéric Marbaix, chargé des activités de Services à l’Économie de la Banque de France dans le Grand Est, qui a présenté l'étude commandée par Fibois le 2 juin. En effet, sans l'industrie, le taux de valeur ajoutée n’afficherait pas une telle progression sur les deux dernières années pour atteindre en 2020 les 26,4 % (contre 25,7 % en France).

L’industrie est rentable

Les activités industrielles participent également aux bons rendements enregistrés par la filière bois du Grand Est. Un rendement après paiement des salaires qui progresse sans discontinuer depuis plus de dix ans et désormais supérieur de 21 % à la moyenne nationale. Conséquence : la rentabilité d’exploitation est, elle aussi, en hausse depuis 2014, passant de 4,6 % à 7,5 % (un point de plus qu’au niveau national). "Ces bons chiffres s’expliquent avant tout par la présence de champions industriels du bois dans la région, tient à rappeler Frédéric Marbaix. Il ne faut pas oublier qu’une entreprise sur quatre garde un résultat brut d’exploitation proche de zéro."

Quant aux investissements d’exploitation, la dynamique n’est clairement pas la même. Leur taux est en forte baisse, passant de 18 % (360 millions d’euros) à 14 % (310 millions d’euros) en moins de quatre ans pour finalement retrouver la moyenne française. En 2020, une entreprise régionale de la filière sur deux investit moins de 4,5 % de sa valeur ajoutée. Mais ces investissements, largement supérieurs à la tendance nationale sur les dernières années, permettent aujourd’hui aux salariés du Grand Est d’être mieux équipés que la moyenne. L’intensité capitalistique a même augmenté de 15 % sur les cinq dernières années (11 % au niveau national). En 2020, les immobilisations corporelles par salarié atteignent 175 000 euros contre 119 000 euros dans le reste du pays. "Ce sont les segments industriels qui sont les plus demandeurs d’outils productifs, explique Frédéric Marbaix. Une filière orientée vers l’industrie consomme davantage d’équipements".

L’industrie a de la trésorerie

Côté finances, la Banque de France assure que la filière bois du Grand Est était, avant l’irruption de la crise sanitaire en 2020, en bonne santé. Les fonds propres représentant plus de 50 % du bilan total des entreprises régionales contre 44 % au niveau national. "Les fonds propres demeurent importants et l’endettement financier maîtrisé, rappelle l’institution. La trésorerie nette disponible dans la filière régionale a également fortement progressé, passant de 45 jours de chiffre d’affaires en 2016 à 70 jours en 2020". Une fois de plus, ce sont les activités industrielles qui font la course en tête : 87 jours pour l’industrie papier carton et 75 jours pour la fabrication de meubles.

Des chiffres à prendre avec recul puisque, depuis 2020, date limite de l’étude en question, le contexte n’est plus du tout le même. Les crises ont chamboulé l’ensemble du tissu économique et la filière bois en Grand Est n’y a pas échappé. Mais la Banque de France, actuellement à l’étude des chiffres 2021, ne peut avancer de conclusions définitives sur la santé financière actuelle du secteur. "La reprise ayant été extrêmement rapide et dynamique l’an dernier, nous devrions avoir de beaux taux de croissance, déclare cependant la directrice de la Banque de France en Meurthe-et-Moselle, Sylvie Deprugney. Concernant les difficultés du moment liées au renchérissement des matériaux et de l’énergie, tous les secteurs d’activité sont en souffrance et pourraient voir leurs marges s’éroder depuis la fin 2021 et sur ce premier semestre 2022. Toutes les entreprises se retrouvent concernées par l’explosion des coûts de l’énergie et des approvisionnements".

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