Sport

Interview « Les retombées économiques du Tour de France sont surestimées »

Entretien avec Jean-Pascal Gayant, professeur de sciences économiques à l’université du Mans

Propos recueillis par Amandine Dubiez - 29 juin 2018

La 105e édition du Tour de France s'élance de Noirmoutier (Vendée) le samedi 7 juillet. Les villes françaises se bousculent généralement pour accueillir la course cycliste la plus prestigieuse au monde. Combien ces communes ont dépensé pour accueillir la "Grande boucle" ? Selon Jean-Pascal Gayant, professeur de sciences économiques à l’université du Mans, les retombées économiques sont souvent surestimées par les collectivités.

Jean-Pascal Gayant est professeur de sciences économiques, auteur de l’ouvrage "Économie du sport" aux éditions Dunod. — Photo : Gayant

Le Journal des entreprises : Noirmoutier, Fontenay-le-Comte, La Baule, La Roche-sur-Yon, mais aussi Cholet, Lorient, Brest, etc. Ces communes espèrent des retombées économiques en accueillant le passage du Tour de France. Que peuvent-elles en attendre ?

Jean-Pascal Gayant : En réalité, l’impact est relativement faible. Ce que j’appelle « retombées économiques », c’est le supplément d’activité que le passage du Tour de France apporte à ces villes étapes. Pour les calculer, je prends en compte les dépenses des non-locaux, ainsi que les dépenses de l’organisation sur place. J’estime que l’impact est de l’ordre de 200 000 à 300 000 euros pour une ville qui accueille un départ ou une arrivée, et de l’ordre de 400 000 à 500 000 euros pour une ville-repos, où il y a une arrivée et un départ. Or une commune dépense entre 70 000 et 120 000 euros pour voir la Grande boucle s’arrêter chez elle.

La ville qui accueille le grand départ du Tour de France est celle qui peut avoir les retombées économiques les plus intéressantes, estimées à 1,5 M€. C’est là qu’il y a le plus de monde, pendant 2 à 3 jours avant le jour J, avec un focus médiatique très fort. Mais le prix à payer est beaucoup plus élevé : Londres avait investi 10 M€ il y a 10 ans et, en 2013, la ville allemande d'Utrecht avait délivré une subvention de 4 M€ à la société organisatrice Amaury Sport Organisation (ASO).

Pourquoi les retombées sont-elles si faibles pour les autres villes-étapes ?

J.-P. G. : Les collectivités territoriales surestiment l’impact économique. En réalité, l’essentiel des dépenses vient des équipes, des coureurs, des sponsors, des journalistes (4 500 personnes mobilisées en tout), quand ils s’arrêtent et consomment sur place.

« Certains commerces enregistrent même des résultats moins bons pendant le Tour de France cycliste qu’en période touristique classique. »

La plupart des spectateurs viennent pour la journée, restent au bord de la route pour voir la course. A part les hôtels et les restaurants qui logent et nourrissent le peloton, les autres commerces sont souvent déçus car, avec les restrictions de circulation, il peut y avoir encore moins de monde que d’habitude. Certains enregistrent même des résultats moins bons qu’en période touristique classique, parce que la venue du Tour de France a pu décourager les touristes habituels de réserver.

Pourtant chaque année, près de 200 villes se portent candidates pour accueillir le Tour de France, et seules une vingtaine sont sélectionnées. Comment expliquer que les villes soient toujours attirées par le passage de la Grande Boucle ?

J.-P. G. : Cela dépend des élus locaux et de leur égo ! Ils sont attirés par la visibilité que cela apporte. Ce serait l’événement sportif le plus retransmis dans le monde après la Coupe du Monde de football et les Jeux Olympiques (190 pays diffuseurs, 3,5 milliards de téléspectateurs estimés). Mais je n’ai jamais vu d’études sérieuses de la part de collectivités pour mesurer le réel impact sur leur ville. Seul l’Alpe d’Huez bénéficie de retombées permanentes, grâce à la venue constante de coureurs amateurs venus défier la fameuse étape de montagne.

Jean-Pascal Gayant est professeur de sciences économiques, auteur de l’ouvrage "Économie du sport" aux éditions Dunod. — Photo : Gayant

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