Loire-Atlantique

Énergie

Comment la centrale de Cordemais prépare sa reconversion grâce à la biomasse

Par Caroline Scribe, le 11 janvier 2019

Le ministre de la Transition énergétique François de Rugy a annoncé aux syndicats de Cordemais qu'il autorisait la centrale EDF à produire du charbon au-delà de 2022 pour accompagner son projet de conversion à la biomasse. Un soulagement pour les 400 salariés de la plus puissante des centrales thermiques de France qui travaillent depuis trois ans pour ce projet vertueux et inédit. S'il aboutit, EDF espère dupliquer le modèle à l'international. 

La biomasse permettrait de faire tourner la centrale environ 500 heures par an, contre 4 000 actuellement.
La biomasse permettrait de faire tourner la centrale environ 500 heures par an, contre 4 000 actuellement. — Photo : JDE

Mettre au point un nouveau combustible alternatif au fuel et au charbon dans les trois ans, telle est la course contre la montre engagée par la centrale thermique de Cordemais (400 salariés). Depuis trois ans, le site mène donc, dans le cadre du programme Ecocombust, des expérimentations visant à mettre au point un nouveau combustible, via la récupération de déchets bois et de déchets verts.

« L'objectif est de montrer que c'est techniquement faisable afin d'assurer la poursuite de l'exploitation du site », explique Lionel Olivier, directeur des centrales thermiques de Cordemais et du Havre (200 salariés). « Les solutions que nous explorons sont utilisées au Canada et au Royaume-Uni, où elles fonctionnent à partir de biomasse importée. L'originalité de notre projet réside dans le fait que nous voulons partir d'une biomasse collectée localement et qui n'est pas valorisée », décrit-il.

Essais en cours

En juin 2018, un prototype semi-industriel de densification de la biomasse locale est entré en fonctionnement. Il a permis pendant l'été de produire 200 tonnes de granulés qui seront utilisés comme combustible dans les tranches de la centrale. Parallèlement, le site a réalisé des essais de co-combustion qui se sont soldés par une production d'électricité issue à 80 % de biomasse. La centrale du Havre a, pour sa part, testé la possibilité d'injecter un combustible autre que la biomasse végétale dans son unité de production, en utilisant des combustibles solides de récupération (CSR), issus de déchets industriels banals.

« Dans les mois qui viennent, nous allons travailler à mettre au point un mélange composé pour partie de biomasse et pour partie de CSR, tout en étudiant le plan d'approvisionnement de la filière », indique le dirigeant. Selon lui, des études ont validé la disponibilité de la ressource en résidus ligneux et déchets de bois à proximité de la centrale de Cordemais et en CSR à proximité de celle du Havre. Ces mêmes études ont permis de préciser que le fonctionnement de ces sites serait axé sur la période hivernale. En effet, la biomasse permettrait de faire tourner la centrale environ 500 heures par an, contre 4 000 actuellement.

Un nouveau modèle à dupliquer à l'international

Reste à mettre en place des partenariats industriels pour exploiter le nouveau combustible et à définir le design de ce que pourrait être le projet à l'échelle 1. « Son aboutissement permettrait de faire fonctionner des centrales pour lesquelles il y a eu de lourds investissements en rénovation, et de faire émerger une filière biomasse créatrice d'emplois », insiste Lionel Olivier, qui ne précise pas le montant total de l'investissement. 

S'il tient à rester discret sur ce sujet, c’est que le sujet est en fait hautement stratégique pour EDF « On veut prouver ici que l’on est capable de créer une nouvelle référence de centrale thermique à échelle internationale, reproductible partout », expliquait en 2016 Denis Florenty, responsable national du projet biomasse pour EDF. Le potentiel est énorme, on dénombre des milliers de centrales thermiques dans le monde. « Dans le monde, 70% de l’énergie produite l’est par les énergies fossiles, dont la moitié avec du charbon », précise Denis Florenty. Le jour où ces centrales, indiennes chinoises ou autres, devront changer de modèle, EDF aura le mode d’emploi pourra les accompagner.

La biomasse permettrait de faire tourner la centrale environ 500 heures par an, contre 4 000 actuellement.
La biomasse permettrait de faire tourner la centrale environ 500 heures par an, contre 4 000 actuellement. — Photo : JDE