Loire-Atlantique

Énergie

La centrale EDF de Cordemais se lance dans la biomasse en mode start-up

Par Amandine Dubiez, le 10 avril 2017

La centrale EDF de Cordemais, la plus puissante des centrales thermiques de France, expérimente la biomasse. Cette conversion vertueuse pourrait se concrétiser dès 2018. Cela serait alors une première mondiale qui pourrait bien inspirer d’autres centrales thermiques en Chine ou en Inde.

La biomasse permettrait de faire tourner la centrale environ 500 heures par an, contre 4 000 actuellement.
La biomasse permettrait de faire tourner la centrale environ 500 heures par an, contre 4 000 actuellement. — Photo : JDE

C’est un tube de quelques centimètres d’où s’échappe de la vapeur. Il est minuscule par rapport à l’immense centrale EDF qui surplombe la Loire, à Cordemais. Et c’est pourtant bien lui qui porte l’avenir de la centrale thermique la plus puissante de France. C’est avec lui que, depuis quelques semaines, trente salariés testent la combustion de la biomasse avec un démonstrateur.

Un bilan carbone potentiellement nul

Concrètement, les chaudronniers et ingénieurs remplacent le charbon par des tailles d’arbres, des broussailles, des plantes abrasives, des déchets de jardin de la région. Les premiers résultats sont prometteurs. D’ici la fin de l’année, un test de co-combustion sera fait pendant 8h avec un mélange de 20% de biomasse locale et 80% de charbon. « Imaginons que l’on arrive à faire de la co-combustion biomasse-charbon à hauteur de 50% alors notre bilan carbone serait nul », projette Denis Florenty, directeur de la centrale EDF de Cordemais.

Récupérer les déchets verts des collectivités

Dès l’hiver prochain, il se pourrait donc que la France se chauffe grâce à ses déchets verts, alors que les deux tranches fioul, elles, seront définitivement mise à l’arrêt en avril 2018. Pas question en revanche d’arrêter les deux tranches charbon, alors qu’EDF vient d’investir 350 millions d’euros dans des travaux de rénovation. Si techniquement, l’utilisation de la biomasse ne semble pas poser de problème, c’est la logistique en amont qui pose question. Car la centrale tient à créer un système vertueux en utilisant seulement les déchets verts des environs. Il en faudrait 3,5 millions de tonnes pour produire de l’électricité avec de la biomasse.

Pour s’approvisionner, la centrale compte sur les collectivités. « On a fait le tour des intercommunalités, sur le principe tout le monde est prêt à nous aider, les associations environnementale aussi », note Denis Florenty. Pour les collectivités, la récolte de ces déchets verts représente, à l’heure actuelle, une charge de 10 à 15 euros la tonne. Reste à savoir concrètement comment réaliser la collecte, et quel en sera le coût. Le sujet est à l’étude jusqu’à la fin de l’année. Ce qui est d’ores et déjà certain, c’est que les ressources locales ne suffiront pas. Le Grand Port de Nantes-Saint-Nazaire réfléchit donc de son côté à faire venir des déchets verts d’Aquitaine par bateau. Et des étudiants de l’école Centrale de Nantes travaillent sur la réutilisation possible du bouchon vaseux de l’estuaire.

Une nouvelle référence de centrale thermique

Si EDF ne souhaite pas communiquer le montant de l’investissement pour cette transformation vertueuse, c’est que le sujet est en fait hautement stratégique. « On veut prouver ici que l’on est capable de créer une nouvelle référence de centrale thermique à échelle internationale, reproductible partout », explique Denis Florenty, par ailleurs responsable national du projet biomasse pour EDF. Le potentiel est énorme, on dénombre des milliers de centrales thermiques dans le monde. « Dans le monde, 70% de l’énergie produite l’est par les énergies fossiles, dont la moitié avec du charbon », précise Denis Florenty. Le jour où ces centrales, indiennes chinoises ou autres, devront changer de modèle, EDF aura le mode d’emploi pourra les accompagner.

En mode start-up

Un mode d’emploi qui s’écrit au jour le jour. Sur ce projet, EDF fonctionne en mode start-up. « Quand on a voulu se lancer dans la biomasse, tout le monde nous a dit que c’était impossible », se souvient Julien Langlois, le chef du projet. Il a commencé par contacter un laboratoire à l’Université de Nancy, puis un centre de recherche canadien. « On fait des tests, et si cela ne marche pas, on accepte, on se re questionne, on reste agile », explique-t-il. 

Après de nombreux tests, un premier bilan de la biomasse devrait être fait à l’automne. C’est à ce moment-là que la centrale EDF décidera si oui ou non, elle peut se lancer dans la biomasse. Cet hiver, la centrale de Cordemais a fonctionné presque deux mois à temps complet, preuve que cette variable d’ajustement est toujours indispensable.

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