Loire-Atlantique

Énergie

La centrale EDF de Cordemais accélère sa transition vers la biomasse

Par Amandine Dubiez, le 20 septembre 2017

L'avenir de la centrale EDF de Cordemais est en sursis. Sera-t-elle obligée de fermer ses portes en 2022, date à laquelle le gouvernement souhaite arrêter totalement la production d'électricité à base de charbon en France? Pour ne pas mourir, la centrale thermique doit accélérer sa transition vers la biomasse et convaincre Nicolas Hulot, jusqu'ici défavorable au projet.

Lionel Olivier, directeur des centrales thermiques EDF de Cordemais (Loire-Atlantique) et du Havre (Seine-Maritime), planche sur un combustible alternatif au charbon.
Lionel Olivier, directeur des centrales thermiques EDF de Cordemais (Loire-Atlantique) et du Havre (Seine-Maritime), planche sur un combustible alternatif au charbon. — Photo : Valéry Joncheray

Le temps est compté, et la pression monte du côté de la Centrale de Cordemais. Il va falloir réussir sa mutation, ou mourir. Nicolas Hulot l’a confirmé cet été : les centrales à charbon devront fermer leurs portes en 2022. 

C’est une annonce que pressentait la centrale de Cordemais. Elle qui détient deux des cinq unités charbon encore en fonctionnement en France avait déjà, depuis deux ans, pensé à sa mutation en expérimentant la combustion, plus écologique, de déchets verts. Mais elle ne pensait pas que l’ultimatum serait annoncé aussi tôt. Un coup de pression d’autant plus rude qu’il tombe au moment où la centrale EDF vient de terminer la modernisation de ses équipements pour un coût de 350 millions d’euros.

Le montant de l'investissement reste secret

Et elle va donc devoir encore investir pour se lancer dans un autre mode de production plus vert. Elle va, surtout, devoir rapidement convaincre le ministre de la transition écologique du bien fondé de sa solution. Interrogé sur ce sujet à l'Assemblée nationale cet été, Nicolas Hulot s'était dit opposé au projet de Cordemais. 

Cela fait deux ans que la centrale thermique essaye, de manière expérimentale, de remplacer le charbon par des déchets verts, plus précisément des branchages que l’on appelle biomasse. À partir de janvier prochain, 30 des 402 salariés du site travailleront à temps plein sur un prototype industriel. Prévus à l’origine en mars prochain, ces premiers essais en condition réelle ont été avancés à début janvier. Le site ne souhaite pas communiquer le montant de l'investissement que cela lui demande.

Comment collecter ces déchets verts ?

Pour l’heure, les premiers essais techniques ont été concluants. Reste à réaliser tout le montage opérationnel. Comment récupérer ces déchets verts ? La centrale EDF attend les résultats d’une étude commandée au Grand port maritime pour estimer la possibilité de rapporter des déchets verts des autres régions de la façade atlantique. Elle aurait besoin de 200.000 tonnes de déchets verts. Il faut aussi convaincre les collectivités et surtout, faire en sorte que le coût logistique du transport soit moins onéreux que ce que coûte la collecte de charbon. Une  première convention va être signée le mois prochain avec la communauté de communes Loire et Sillon. Il va désormais falloir convaincre d'autres collectivités dans un rayon de 100km à la ronde. « C’est ce sur quoi nous allons nous atteler maintenant », précise le nouveau directeur de la centrale. Arrivé le 1er juillet aux commandes, Lionel Olivier est l’ancien directeur de la centrale du Havre, l’autre centrale thermique d’EDF. Il remplace Denis Florenty, muté à Paris en tant que directeur délégué à la direction de la production ingénierie thermique d’EDF, après 8 ans à la tête de la centrale de Cordemais.

Créer une référence duplicable à l'international

La pression est double pour la centrale thermique. Si elle parvient à convaincre le ministre et à survivre, elle peut en même temps devenir la figure de proue d’EDF. Si elle réussit sa transition, elle s’ouvrira en grand les portes de l’international. Car l’enjeu est aussi de créer une nouvelle référence de centrale thermique à la biomasse, qui soit transposable partout dans le monde. Aujourd’hui, quelques centrales thermiques fonctionnent déjà avec de la biomasse, mais qui est issue de bois coupé et non de déchets verts. Une solution qui, si elle est décarbonnée, n’est pas satisfaisante d’un point de vue environnemental puisqu’elle encourage la déforestation.

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