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Interview Descamps Bois : « Les entreprises sortent plus souples de cette crise »

Entretien avec Stéphane Descamps, dirigeant du groupe familial Descamps Bois

Propos recueillis par Elodie Soury-Lavergne - 14 octobre 2020

Le groupe familial Descamps Bois, basé à Liévin (Pas-de-Calais), fête ses cent ans avec deux projets : accélérer sa transformation numérique et lancer une démarche éco-responsable. Malgré un anniversaire terni par la crise sanitaire, le négociant en bois n’a pas renoncé. Son dirigeant, Stéphane Descamps, revient sur la mise en œuvre de ces deux projets.

Stéphane Descamps (à droite), dirigeant du groupe familial et centenaire Descamps Bois, aux côtés de son grand-père, son père, son frère et sa sœur.
Stéphane Descamps (à droite), dirigeant du groupe familial et centenaire Descamps Bois, aux côtés de son grand-père, son père, son frère et sa sœur. — Photo : Descamps Bois

Comment la crise sanitaire a-t-elle bousculé les projets liés au centenaire de Descamps Bois ?

Stéphane Descamps : La plus grande difficulté, c’était de ne pas perdre le fil de cette centième année, caractérisée à la fois par le lancement d’une démarche éco-responsable et par une accélération du volet numérique. Être une entreprise centenaire, c’est bien, mais c’est surtout l’héritage des générations précédentes. Le plus important pour moi, en tant que dirigeant, c’est de me demander ce que l’on va faire ces 100 prochaines années. La crise sanitaire a provoqué la fermeture complète de l’entreprise pendant trois jours, mi-mars, avant une réouverture marquée par un fonctionnement dégradé. Le retour à la normale n’est pas intervenu avant le mois de juin.

Durant cette période, nous nous sommes préparés à rebondir. Nous avons aussi réfléchi au maintien, ou non, de nos deux grands projets. Si le numérique a pris tout son sens durant la crise, nous avons choisi de pas abandonner, ni même de reporter, le lancement de la démarche éco-responsable. Ce serait dommage que la crise sanitaire fasse faire marche arrière aux entreprises sur ce type de sujet, mais il existe de toute façon une certaine pression des clients. Des collaborateurs ont par ailleurs défendu cette cause, même si je constate qu’elle résonne davantage chez les salariés les plus jeunes ou les plus âgés. Chez les autres, il n’y a pas de réticences. De toute façon, en tant que consommateur de cette ressource naturelle qu’est le bois, nous nous devons de la préserver.

Quel est votre degré d’implication sur le volet éco-responsable ?

Stéphane Descamps : C’est un vrai défi d’être dans le bon ton, de savoir où placer le curseur. Il faut avoir une vraie démarche, pour ne pas être simplement dans le marketing, sans toutefois concentrer tous nos efforts sur le sujet. Planter des arbres, ça ne nous fait pas vivre… Il faut par ailleurs que cette démarche ait une logique par rapport à notre métier. On ne peut pas être propre sur tout, ce n’est pas possible. Mais on peut, par exemple, acheter le bois au plus près de chez nous. Nous travaillons également avec l’association Reforest’Action, qui nous a déjà permis de planter 2 000 arbres. Cette association est actuellement à la recherche d’un terrain, en France, pour que nous puissions y planter notre propre forêt. D’ici 20 ans, la forêt de Chantilly pourrait disparaître à cause de la sécheresse, il est donc important de mener ce genre d’action.

Pour susciter l’adhésion des clients et fournisseurs à cette démarche, nous avons voulu montrer l’exemple en interne. Depuis septembre, nous distribuons chaque mois une « green box » thématique auprès de nos 180 collaborateurs, à raison d’une box pour chacun de nos sites : le siège à Liévin (Pas-de-Calais), notre usine de transformation qui se situe juste à côté, nos quatre agences commerciales au nord de Paris et la base logistique de Bois-Grenier (Nord). La première box était dédiée au fait de consommer de manière raisonnée et la deuxième, au recyclage. Ces box contiennent des conseils et astuces en lien avec le thème, mais aussi des outils pour simplifier la démarche, comme un gobelet réutilisable pour chaque salarié, des ramettes de papier recyclés, des touillettes à café en bois, etc.

Comment la crise a-t-elle accéléré la transformation numérique de l’entreprise ?

Stéphane Descamps : En janvier 2020, nous avons lancé un nouveau site Internet, qui était marchand, contrairement à l’ancien. C’est arrivé au bon moment : durant le confinement, la fréquentation de ce site a doublé, voire triplé. Concernant les ventes, les chiffres sont moins significatifs, car nous avons rencontré des difficultés d’approvisionnement sur certaines matières. Avec cette crise, nous avons franchi une barrière en termes de transformation numérique, mais notre objectif n’est pas de devenir l’Amazon du bois car, de toute façon, Amazon le ferait mieux que nous. Il nous faut un site marchand, mais aussi des commerciaux qui continuent à aller à la rencontre de nos clients, qui sont tous au nord de Paris. L’idée est plutôt d’offrir un mode de prise de commande multicanal à notre clientèle : web, mail, téléphone, rendez-vous physique… Durant le confinement, nous avons également mis un service de drive à leur disposition, qui n’existait pas auparavant. Il continue à bien fonctionner : cela fait partie des choses que nous allons conserver.

Quelles sont les conséquences de la crise sanitaire sur l’exercice 2020 ?

Stéphane Descamps : Nous étions en croissance jusque-là. En 2019, Descamps Bois a fait un chiffre d’affaires de 54 millions d’euros, contre 48 millions en 2018. Nous allons terminer l’année 2020 avec un chiffre d’affaires un peu en dessous de celui réalisé en 2019. On ne rattrape pas trois mois d’arrêt comme ça… Pour faire face, nous avons eu recours au chômage partiel et au prêt garanti par l’État, à hauteur de 12,5 % du chiffre d’affaires hors taxe 2019, afin de sécuriser nos stocks. Pour le moment, nous ne l’avons pas utilisé. La plus grande difficulté depuis le début de cette crise, c’est l’absence de délai. On ne sait pas combien de temps ça va durer. Malgré tout, nous avons investi 200 000 euros dans des machines cet été, pour offrir à nos clients un service de prédécoupe des menuiseries. Et nous continuons à recruter, sur une dizaine de postes.

Comment envisagez-vous l’année 2021 ?

Stéphane Descamps : Je crois que nous sortons tous plus souples de cette première vague de la crise sanitaire. Les entreprises sont donc plus à même de se réinventer. Ce qui va être compliqué, en 2021, c’est le contexte bancaire et assurantiel. Pour le moment, la plupart des entreprises n’ont pas rencontré de problèmes de trésorerie, car elles ont été bien accompagnées par les différentes mesures gouvernementales. En 2021, ça va être plus compliqué : des échéances vont tomber et certaines entreprises pourraient mettre la clef sous la porte, notamment parmi nos clients. La crise pourrait aussi entraîner une hausse des prix du bois, liée au ralentissement de l’activité des fournisseurs. Nous allons donc sécuriser nos stocks, tout en étant incapables de prédire le comportement des consommateurs : s’ils ont beaucoup investi dans les terrasses au printemps, cela ne signifie pas qu’ils vont se tourner massivement vers les parquets ou les placards cet hiver…

Stéphane Descamps (à droite), dirigeant du groupe familial et centenaire Descamps Bois, aux côtés de son grand-père, son père, son frère et sa sœur.
Stéphane Descamps (à droite), dirigeant du groupe familial et centenaire Descamps Bois, aux côtés de son grand-père, son père, son frère et sa sœur. — Photo : Descamps Bois

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