Technologies

Interview Laurent Alexandre : « L'intelligence artificielle va détruire massivement les emplois à faible valeur ajoutée »

Entretien avec Laurent Alexandre

Propos recueillis par Simon Janvier - 28 juin 2017

Chirurgien-urologue de formation, Laurent Alexandre officie depuis dix ans en tant que vulgarisateur des nouvelles technologies. Conférencier reconnu et gourou de l’intelligence artificielle, il nous dévoile sa vision des chamboulements que l’intelligence artificielle va engendrer dans notre économie et notre société.

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Le Journal des entreprises : On entend de plus en plus parler d’intelligence artificielle (IA), mais de quoi s’agit-il au juste ?

Laurent Alexandre : « Il y a quatre âges à l’intelligence artificielle. Le premier âge, ce sont les algorithmes traditionnels. Le deuxième, c’est le deap learning que l’on connaît aujourd’hui, c’est-à-dire des méthodes statistiques qui reproduisent des centaines de neurones virtuels et qui permettent par exemple à une voiture de conduire toute seule, de reconnaître des images, de gagner au jeu de Go. Ensuite il y a deux âges de l’IA qui ne sont pas encore arrivés. Le troisième âge va nous amener vers une intelligence artificielle transversale, contextuelle. C’est-à-dire capable non seulement de réfléchir sur des problèmes techniques, comme regarder un scanner, mais aussi d’intégrer des données qui viennent d’autres horizons. Et puis le quatrième âge, qui arrivera dans longtemps, c’est l’arrivée de la conscience artificielle comme on peut le voir au cinéma, quand l’intelligence artificielle sait qu’elle existe. Mais, pour l’instant, nous n’en sommes qu’au deuxième âge. » 

Est-ce que l’évolution de l’IA va chambouler la vie économique ?

L.A. : « Bien entendu. Ce qui est en train d’arriver, c’est la gratuité de l’intelligence. C’est une révolution économique. Aujourd’hui, l’intelligence est rare, chère et il faut trente ans pour la produire à partir du spermatozoïde et de l’ovule. Il faut trente ans pour produire un cerveau, pour former un ingénieur et c’est très coûteux pour la société. Les nouvelles technologies annoncées récemment par Google vont permettre de produire une intelligence artificielle en moins d’une journée. Et puis, sur des choses techniques, non transversales, l’intelligence artificielle est imbattable et elle va l’être de plus en plus. Aujourd’hui pour analyser un cancer de la peau, l’IA fait déjà mieux que les meilleurs dermatologues de Californie. »

N’est-ce pas la mort annoncée des métiers peu qualifiés ?

L.A. : « Il va y avoir deux étapes. La première, 2020-2030, où les métiers techniques et verticaux vont être très challengés. Il va falloir que les gens s’orientent vers des tâches à plus forte valeur ajoutée. Cela suppose un immense effort de formation. Puis la seconde étape, c’est l’arrivée des implants neuronaux. Si le milliardaire Elon Musk arrive à les produire avec sa société Neurolink, vous aurez une autre évolution du marché du travail : l’augmentation massive du quotient intellectuel par les implants intracérébraux. » 

Ce n’est pas un peu de science-fiction tout ça ?

L.A. : « Ce n’est pas moi qui le dis ! C’est la nouvelle société d’Elon Musk qui travaille sur ces implants cérébraux. C’est un changement radical de l’ordre économique, c’est même un changement radical de civilisation. Si mon jardinier se retrouve demain avec le quotient intellectuel de Bill Gates, cela change l’organisation de mon jardin et de la société. » 

Selon vous, les salariés doivent devenir complémentaires des intelligences artificielles. C’est-à-dire ?

L.A. : « Dans un premier temps, il faudra effectivement être complémentaire. Cela veut dire, être capable de faire ce que l’IA ne sait pas faire. Il faut que l’IA plus moi apporte plus que l’IA sans moi, sinon il n’y a pas de raison que l’on me donne un emploi.  » 

On parle de plus en plus d’ubérisation. Mais avec l’IA et les évolutions que vous nous annoncez, est-ce que l’ubérisation n’est pas déjà un débat dépassé ?

L.A. : « L’ubérisation de l’économie ce n’est pas le Uber actuel ! C’est Uber avec des voitures qui conduisent toutes seules. Quand on parle ubérisation on ne voit que la pointe immergée de l’iceberg. En réalité, Uber a bien l’intention dans le futur de se passer des chauffeurs. Google a passé récemment un accord avec Lyft, le principal concurrent d’Uber dans le monde, de manière à motoriser avec une intelligence artificielle les véhicules. C’est ça l’ubérisation ! Ce n’est pas la plateforme, c’est mettre de l’IA à la place des travailleurs. » 

Des métiers sont amenés à disparaître, mais est-ce que l’intelligence artificielle va créer davantage d’emplois qu’elle ne va en détruire ?

L.A. : « L’IA va détruire massivement les emplois chez les gens qui ont des capacités cognitives faibles. Dans une société de la connaissance, la prime va à ceux qui savent manipuler de la data et qui ont des capacités cognitives fortes. C’est la raison pour laquelle des gens comme Musk disent que l’on ne peut pas laisser des gens à faible quotient intellectuel seuls face à l’IA, il faut modifier leur cerveau. L’IA est allée très vite, plus vite qu’on ne le pensait. Et derrière se pose tout un tas de questions sociales. Que fait-on des gens qui ne savent pas manipuler de la data ? Est-ce qu’on leur donne le revenu universel et ils restent chez eux ou est-ce que l’on augmente les capacités de leur cerveau ? C’est ça l’enjeu du 21e siècle car la démocratie ne pourra pas survivre à des écarts de quotient intellectuel trop important. Ceux qui ne savent pas manipuler de la data seront éjectés du système. » 

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Lire cet entretien dans son intégralité dans notre hors-série de juin sur "les business de demain"

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