Transport

La voiture électrique professionnelle, une bonne solution ?

Par Anna Quéré, le 23 avril 2018

De plus en plus d'entreprises se dotent de véhicules électriques pour "verdir" leurs déplacements. Les aides financières pour une conversion de flotte continuent d'être intéressantes, mais des freins sont à prendre en compte avant de passer le pas.

Depuis 2017, le plafond de déduction fiscale de l’amortissement des véhicules de tourisme les moins polluants est de 30 000 € pour un véhicule électrique. — Photo : www.lipik.com.ua

Bruyante, polluante, onéreuse en carburant et en entretien : la voiture thermique n’a plus la cote. De là à opter pour la voiture électrique, il n’y a qu’un pas. Parmi les heureux pionniers : la PME bretonne Exial, qui a choisi l’électrique pour deux de ses véhicules : « Nous avons des Zoé électriques depuis quatre, cinq ans. Clairement, au début, cela a été davantage une démarche marketing qu’une solution verte », confie Cyril Pinaud, un des associés de l’entreprise. Au-delà du souci environnemental, c’est le coût du carburant qui fait la différence : celui-ci représente en moyenne 30 % des dépenses annuelles d’une flotte automobile. L’intérêt de la voiture électrique prend alors tout son sens. « Avec un coût de 2 € aux 100 km par rapport aux 7 litres aux 100 km en zone urbaine pour une voiture thermique, l’électrique est compétitive », explique Joseph Beretta, président de l’Avere, une association qui milite pour le développement de la mobilité électrique en France. « C’est une bonne solution, surtout quand vous avez une population citadine qui ne roule pas beaucoup », renchérit Patrice Leroy, associé et expert en flotte automobile chez Euklead, un cabinet de conseil spécialisé dans l’optimisation des coûts.

Aides financières

Mais l’achat d’une voiture électrique est encore freiné par les prix élevés de ces véhicules. Il existe toutefois des aides qui permettent d’en réduire le coût. Parmi les mesures phares : le fameux bonus écologique, qui récompense l’absence d’émission de CO2, avec 6 000 € d’aide à la clé. En plus de ce bonus, la prime à la conversion - également appelée superbonus - s’applique lors de mise à la casse d’un vieux véhicule diesel pour l’acquisition d’une voiture électrique. Autre avantage en direction des entreprises : depuis 2017, le plafond de déduction fiscale de l’amortissement des véhicules de tourisme les moins polluants est de 30 000 € pour un véhicule électrique. Et si l’entreprise s’équipe de bornes de recharge, elle bénéficie d’un ultime coup de pouce : au titre du programme Advenir, les entreprises sont éligibles à une aide de 40 % sur l'installation d'une borne de recharge, dans une limite de 1 360 €. Par ailleurs, une entreprise qui dispose d’un véhicule électrique bénéficie d’une exonération de taxe sur les véhicules de société).

« Avec un coût de 2 € aux 100 km par rapport aux 7 litres aux 100 km en zone urbaine pour une voiture thermique, l’électrique est compétitive », explique Joseph Beretta, président de l’Avere

Toutefois, la prudence reste de mise. « La TVS nulle, le plafond de la dotation aux amortissements plus élevé, ainsi que l’aide à l’installation de bornes de recharges sont des éléments incitatifs. En revanche, cela ne concerne que les voitures de tourisme (VP). Les véhicules utilitaires et commerciaux ne sont pas concernés par ces dispositifs », rappelle Marielle Van De Velde, experte-comptable au sein de la société KPMG.

Les freins : autonomie et recharge

La question de l’autonomie des véhicules reste aussi un frein important. Pour l’instant, elle est en moyenne de 300 km. Le maillage du territoire français en bornes de recharge s’accélère toutefois, avec l’objectif d’atteindre un point tous les 100 km. Autre inconvénient majeur : le temps de charge. Il immobilise le véhicule entre 40 et 60 minutes au minimum, voire plusieurs heures selon le type de voiture et de point de recharge. Difficile encore de concurrencer les quelques minutes nécessaires pour remplir un réservoir d’essence ! Alternative possible : la voiture hybride rechargeable. Celle-ci permet de conjuguer une très faible émission de CO2, tout en garantissant la possibilité de parcourir plus de kilomètres. Avec l’avantage de pouvoir accéder, comme le véhicule électrique, à certains centres-villes en cas de pic de pollution.

La voiture électrique s’apparenterait-elle donc à une mini-révolution ? A terme, même l’évaluation des indemnités kilométriques est à revoir : « Lorsque le véhicule de la société reste la propriété du dirigeant ou du salarié, il y a des indemnités kilométriques qui couvrent le prix d’acquisition du véhicule, son entretien et le carburant. Mais aujourd’hui, rien n’a encore été calculé pour les voitures électriques. L’indemnité est la même. Si l’État voulait encourager l’achat de voitures électriques, il faudrait alors majorer cette indemnité kilométrique », explique Marielle Van De Velde. Acquérir une voiture électrique demande en tous cas de raisonner de manière globale. Selon Joseph Beretta de l’Avere, « il s’agit d’intégrer l’entretien du véhicule, mais aussi les coûts de stationnement. Avec la voiture électrique, pas de vidange ni de changement de filtres. Et beaucoup de villes autorisent aujourd’hui le stationnement gratuit pour les voitures électriques. A la fin de l’année, ça fait des économies conséquentes. »

Depuis 2017, le plafond de déduction fiscale de l’amortissement des véhicules de tourisme les moins polluants est de 30 000 € pour un véhicule électrique. — Photo : www.lipik.com.ua