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Interview Dominique Carlac'h (Medef) : "Ce qui peut rebooster les chefs d'entreprises, c'est la reconnaissance"

Entretien avec Dominique Carlac'h, vice-présidente et porte-parole du Medef

Propos recueillis par Olivier Hamard - 30 mars 2022

Vice-présidente et porte-parole du Medef, Dominique Carlac’h était l’invitée du Medef Anjou à l’occasion de sa Soirée des entrepreneurs le 29 mars. Elle a évoqué devant les quelque 200 dirigeants présents les conséquences de la crise en Ukraine.

Dominique Carlac’h, vice-présidente et porte-parole du Medef.
Dominique Carlac’h, vice-présidente et porte-parole du Medef. — Photo : Olivier Hamard

Quel est aujourd’hui le moral des dirigeants ?

Un chef d’entreprise vit en permanence avec des aléas, des imprévus et des incertitudes. Lorsque l’on est dirigeant, on est naturellement optimiste, c’est dans notre ADN. Mais il faut dire que ces dernières années ne nous ont pas épargnés, avec successivement les grèves pour les retraites, le mouvement des gilets jaunes, la crise sanitaire et aujourd’hui la guerre en Ukraine. La pandémie comme la guerre en Ukraine sont des problèmes macroéconomiques sur lesquels le dirigeant ne peut pas intervenir. Le business est reparti mais, à un moment donné, il y a des choses qui nous dépassent. Invisibilité après invisibilité, même s’il n’y a pas d’angoisse sur le court terme, cela mine un peu le moral et ce sont ces accumulations qui créent plutôt une forme de blues chez les dirigeants.

Quelles sont les conséquences économiques de la guerre en Ukraine ?

Nous étions dans une phase de croissance après la pandémie et nous revenions aux chiffres de 2019. Aujourd’hui, aucun économiste ne s’avance à prédire l’impact de cette guerre. La Russie est le 11e pays vers lequel nous exportons et l’Ukraine le 57e. Pour nos importations, la Russie est 14e et l’Ukraine 48e. Les recettes liées à la Russie ne représentent que 0,5 % du PIB. Il n’y a donc pas de dépendance forte mais nous importons des matériaux essentiels : en plus du gaz et du pétrole, la France est très dépendante de la Russie pour l’alumine, pour le titane, dont 40 % proviennent de la Russie, ou encore pour le cuivre, le nickel ou le cobalt. Nous avons encore du stock mais ces produits pourraient manquer à plus long terme. Le risque est que nous entrions dans une période de "stagflation", avec une croissance qui stagne et une inflation qui augmente.

Comment s’implique le Medef dans cette crise ?

Le Medef a apporté sa contribution au plan de résilience, en demandant de changer de concept et d’arrêter le 'quoi qu’il en coûte', avec des aides sectorielles et pour les entreprises les plus touchées, un allongement du remboursement des prêts garantis par l’État et une mise en place plus facile de l’activité partielle de longue durée. À plus longue échéance, il faudra changer le modèle car la mondialisation heureuse, c’est terminé ! Nous ne pouvons pas être hyperdépendants ni totalement autonomes, ce sont des réflexions à mener au moins à l’échelle européenne pour parvenir à une indépendance sur les plans énergétique, sanitaire, alimentaire, industriel et des services. Nous avons un rôle d’information et de partage d’information auprès des entreprises où qu’elles soient implantées, mais aussi de consultation auprès de nos 190 000 adhérents. Nous pouvons remonter aux pouvoirs publics les informations qui viennent du terrain.

Comment redonner le moral aux dirigeants d’entreprise ?

Ce qui peut rebooster les chefs d’entreprise, c’est la reconnaissance ! Pendant la crise du Covid, l'utilité du chef d'entreprise a été reconnue et le dialogue social a très bien fonctionné dans les entreprises. Dire au dirigeant qu’il est utile à la nation, sentir cette reconnaissance de la société, même si ce n’est pas suffisant, ça fait du bien.

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