Gestion

Comment faire de l'affacturage un outil de sortie de crise

Par Caroline Scribe, le 23 juin 2021

L'affacturage est devenu la première source de financement à court terme des entreprises françaises. Dans le contexte actuel, il peut donner de l'oxygène à des trésoreries malmenées par la crise et aider à financer la reprise. Pour quel coût ? A quelles conditions ? Explications.

Le coût d'un contrat d'affacturage revient généralement entre 0,9 et 4 % du montant des créances cédées par l'entreprise.
Le coût d'un contrat d'affacturage revient généralement entre 0,9 et 4 % du montant des créances cédées par l'entreprise. — Photo : LIGHTFIELD STUDIOS

Le principe de l'affacturage est simple. Il consiste à céder, via un contrat annuel, tout ou partie de ses créances clients à un établissement spécialisé, appelé factor, qui se charge de l'encaissement, du recouvrement et, en fonction des contrats, de la garantie du risque client, moyennant une commission. En contrepartie, l'entreprise émettrice reçoit sous 48 heures le paiement de sa facture, déduction faite d'un fonds de garantie, restitué totalement ou partiellement, selon les événements liés à la vie du contrat. Pour soutenir la trésorerie des entreprises mises à mal par la crise sanitaire et détendre les délais de paiement, notamment dans l'industrie, le bâtiment et la construction, les pouvoirs publics sont allés plus loin en mettant en place un dispositif d'affacturage accéléré. A titre exceptionnel, les entreprises peuvent ainsi solliciter un financement de la société d'affacturage dès la confirmation de la prise de commande par le client. Le risque lié à ces financements anticipés est couvert par une garantie de l'État, allant de 70 à 90 %, selon la taille de l'entreprise. Ce dispositif, qui a été prolongé pour les commandes prises jusqu'au 30 juin 2021, "peut permettre d'obtenir l'équivalent de cinq à six mois de chiffre d'affaires à des prix attractifs", commente Arnaud Luda, dirigeant associé du groupe Finance Conseil et de sa filiale CMC, spécialisée dans le financement et la sécurisation des postes clients des entreprises.

Pour les PME aussi

Toutes les entreprises travaillant en B to B sont éligibles à l'affacturage, quels que soient leur forme juridique, leur taille ou leur secteur d'activité. Dans la pratique, l'entreprise doit émettre un volume de factures suffisamment important pour que l'affacturage soit intéressant. Les TPE et PME représentent toutefois 90 % des dossiers en nombre. S'il n'est pas l'apanage des grands groupes, l'affacturage, contrairement à une autre idée reçue, n'est pas non plus réservé aux sociétés en difficulté. Il peut effectivement aider à traverser une période de difficultés financières, au cours desquelles il n'est pas facile d'obtenir une autorisation de découvert ou un crédit court terme.

"L'affacturage est le seul outil de financement pour lequel on n'envisage pas l'entreprise à travers le prisme de sa santé financière, mais à travers son poste clients. L'affacturage permet ainsi de financer des entreprises en difficulté, même si ce n'est pas la règle. La majorité des contrats sont mis en place pour des entreprises en croissance, souvent pas encore matures, qui financent l'accroissement du BFR généré par le développement de leur activité par la mobilisation des factures clients. L'affacturage est également adapté aux entreprises ayant un cycle d'exploitation long donnant lieu à une facturation décalée par rapport aux achats de matières premières, à celles ayant ou des marges réduites ou encore un lourd niveau de stock à financer", analyse Arnaud Luda.

Financer la reprise

L'affacturage se prête, en effet, à de nombreux cas de figure. Il peut aider les entreprises connaissant une forte saisonnalité dans leur activité à lisser leur trésorerie sur l'année. Il représente également une solution pour consolider une croissance rapide. En effet, si l'augmentation du BFR est plus rapide que l'excédent brut d'exploitation et que la société n'est pas suffisamment capitalisée, la trésorerie d'exploitation devient vite négative. C'est cet effet ciseaux qui fait parfois chuter des entreprises prometteuses.

L'affacturage pourrait, par ailleurs, prendre tout son sens dans les mois à venir. En effet, les entreprises vont être confrontées au remboursement des dettes contractées pendant la crise, tout en finançant une reprise qui pourrait être d'autant plus coûteuse en BFR, qu'elle serait portée par un effet volume plus que par les marges. "Dans ce contexte, l'affacturage peut permettre aux entreprises de dégager des capacités d'investissement pour construire leur développement et leur rentabilité à venir", analyse Arnaud Luda. Et ce, d'autant plus que l'affacturage n'accroît pas l'endettement des entreprises. "Le système est sain car auto-liquidatif. Il s'éteint quand la facture est réglée. D'une façon générale, l'affacturage permet de financer le BFR et d'externaliser la gestion administrative du poste client pour se concentrer sur son cœur de métier. L'entreprise peut également choisir de se protéger contre le risque d'impayés, un élément intéressant dans le contexte actuel où beaucoup d'entreprises sont fragiles et alors que les retards de paiement sont responsables d'un tiers des faillites en France", complète Françoise Palle-Guillabert, déléguée générale de l'Association française des Sociétés Financières (ASF) et présidente d'EUF, l'association européenne d'affacturage.

Vigilance sur les coûts et les garanties

Pour autant, l'affacturage a un coût et implique certaines précautions d'emploi. Le coût d'un contrat d'affacturage est composé de plusieurs frais : une commission de gestion d'affacturage, une commission de financement et des frais de dossier à verser au factor. A titre indicatif, la somme totale de ces dépenses varie entre 0,9 à 4 % du montant des créances cédées par l'entreprise. Ce coût dépend de nombreux éléments : la taille moyenne des factures, leur nombre, le secteur d'activité de l'entreprise, le volume du chiffre d'affaires à financer, la qualité financière des clients et du cédant...

Pour les plus petites entreprises, il existe également des forfaits, plus lisibles en termes de tarification. Mais attention, "les produits au forfait sont souvent assez chers et parfois, il est plus intéressant de souscrire un contrat classique même si l'on est une petite entreprise. Plus généralement, il est important de comparer les offres pour trouver un contrat qui s'adapte à la problématique de l'entreprise et non l'inverse. L'accompagnement par un courtier permet d'optimiser la solution choisie", prône Arnaud Luda, qui poursuit : "Il est également impératif de prendre en compte le niveau de garantie obtenu par le factor, notamment pour les créances des clients clés de l'entreprise. S'il est insuffisant, il est possible de solliciter, via une délégation, le dispositif de soutien public à l'assurance-crédit, mis en place dès avril 2020 par le gouvernement. Ce complément d'assurance-crédit public (CAP) s'adresse aux entreprises qui se voient notifier des réductions ou des refus de garanties sur certains clients."  "L'affacturage s'adresse aux entreprises qui ont un portefeuille client sain. S'il est risqué, il aura du mal à passer auprès des factors. En tout état de cause, l'affacturage est un acte de gestion qui doit s'analyser avant de le mettre en œuvre ", conclut Jean-Christophe Pierres, président d'Audecia, groupement de cabinets indépendants d'expertise-comptable et de commissariat aux comptes.

Le coût d'un contrat d'affacturage revient généralement entre 0,9 et 4 % du montant des créances cédées par l'entreprise.
Le coût d'un contrat d'affacturage revient généralement entre 0,9 et 4 % du montant des créances cédées par l'entreprise. — Photo : LIGHTFIELD STUDIOS

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