Emploi

Interview Antoine de Riedmatten (In Extenso) : « Les TPE pourraient bien être le moteur du rebond économique »

Entretien avec Antoine de Riedmatten, président du groupe In Extenso et membre du Cercle Perspectives

Propos recueillis par Pierrick Lieben - 09 juillet 2020

Le déconfinement de mai aura eu l’effet escompté : une reprise d’activité, accompagnée d’un retour au travail bel et bien enclenché. C’est ce que constate le deuxième baromètre social du collectif d’experts-comptables Cercle Perspectives, réalisé à partir des données de 460 000 salariés. À sa lecture, le président du cabinet In Extenso Antoine de Riedmatten s’avoue « rassuré », et surpris aussi par la « résilience » des TPE. À tel point qu’il les voit jouer les premiers rôles dans la relance à venir.

Antoine de Riedmatten, président du groupe In Extenso et membre du Cercle Perspectives.
Antoine de Riedmatten, président du groupe In Extenso et membre du Cercle Perspectives. — Photo : JJR071

Le Journal des Entreprises : Le cercle Perspectives a publié son deuxième baromètre social mensuel, établi à partir des bulletins de salaire émis par plus de 80 000 sociétés. De quoi suivre l’activité de 460 000 personnes en France. À la lumière des derniers chiffres, quel bilan tirez-vous du mois de mai, marqué par la sortie du confinement ?

Antoine de Riedmatten : Il est rassurant, puisque le taux d’inactivité a été divisé par deux en un mois. En avril, nous avions une France à mi-temps, avec 50 % de collaborateurs en chômage partiel, arrêt maladie ou congés payés. Nous sommes tombés à 27 % en mai.

Peut-on alors dire que la reprise d’activité et le déconfinement ont été une réussite ?

A. de R. : Oui, avec des nuances en fonction des régions. L’activité partielle a touché 26 % des salariés d’Ile-de-France et de Provence-Alpes-Côte d’Azur (Région Sud, NDLR) en mai. C’est cinq points de plus que la moyenne nationale. On sent dans ce chiffre que le déconfinement a été plus restrictif dans la région parisienne (passée en « zone verte » seulement le 15 juin, NDLR).

« Déconfiner, c’est bien, mais cela ne suffit pas. Il faut aussi regagner la confiance des Français, retrouver leur envie de consommer. »

On voit aussi, avec la Région Sud, que déconfiner, c’est bien, mais cela ne suffit pas quand vous dépendez beaucoup du tourisme. Il faut aussi regagner la confiance des Français, retrouver leur envie de se déplacer et de consommer. Elle est déterminante pour certaines professions. On la retrouve dans les bars, les restaurants, certains magasins, et même l’automobile. C’est plus difficile pour l’hôtellerie notamment.

Ce secteur doit convaincre que l’on peut consommer sans risque chez eux. Aujourd’hui, la saison en Région Sud n’a pas démarré. Comme à Paris, la clientèle du tourisme y a une forte connotation étrangère. Or, nous savons que ce sont eux qui reviendront en dernier. Si vous avez un camping en Bretagne, avec des visiteurs plutôt français, vous êtes moins exposé que si vous avez un cinq-étoiles à Cannes, dépendant de vacanciers extérieurs qui soit ne pourront, soit ne voudront pas venir en France.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans les résultats de ce deuxième baromètre ?

A. de R. : Les TPE. Elles s’étaient arrêtées beaucoup plus brutalement que les grandes entreprises pendant le confinement. En contrepartie, elles ont redémarré sans doute plus vite et plus fort après.

Les TPE sont moins "stratèges" que les autres. Nous l’avions souligné en avril : pendant le confinement, plus l’entreprise était grande, plus elle utilisait différents systèmes pour atténuer sa chute d’activité - notamment l’arrêt maladie ou les congés, en plus du chômage partiel. Les TPE, elles, n’ont pas de DRH. Elles appliquent donc souvent le tout ou rien. Ce qui est plutôt rassurant quant à leur résilience. Prenez les prêts garantis par l’État : beaucoup y ont recours, pour des montants relativement réduits, mais qui leur suffisent pour redémarrer.

Les TPE repartaient aussi de plus loin, avec un taux d’inactivité au-dessus de 50 % en avril. Taux qui reste, en mai, légèrement supérieur à celui des PME… N’est-ce pas inquiétant pour leur avenir ?

A. de R. : On a pu entendre dire que les plus vulnérables face à la crise seraient les plus petites entreprises. Ce n’est pas aussi évident, puisque ce sont elles qui semblent s’y adapter le plus vite. L’agilité, qu’elles semblent démontrer aujourd’hui, fait que je suis moins inquiet pour la santé des TPE, dans les prochains mois.

« Les TPE s’appuient sur des circuits plus courts et plus locaux, qui leur ont permis de redémarrer plus vite. »

On a vraiment le sentiment que, sur la relance de l’économie, elles ont une carte à jouer. Elles pourraient être l’un des moteurs du rebond, ce qui n’est pas forcément là où on les attendait. Mais le tissu économique français est aussi constitué de ces plus de 3 millions de petites entreprises. Leur activité de proximité les aide : elles sont beaucoup moins soumises aux problèmes d’approvisionnement à l’étranger, qui ont pénalisé la reprise d'un certain nombre de sociétés plus grandes. Les TPE s’appuient sur des circuits plus courts, plus locaux, qui leur ont permis de redémarrer plus vite.

Diriez-vous alors qu’elles ont pris de l’avance sur ce « monde d’après », dont tout le monde parle ?

A. de R. : Oui, sauf dans un domaine : le numérique. Là, elles sont en retard, même si la période en a poussé certaines à créer leur propre site web, ce qui a contribué à leur redémarrage aussi d’ailleurs. Mais les TPE françaises restent insuffisamment branchées technologies. Nous avons un rôle à jouer pour les aider dans cette transformation numérique.

Quels conseils donneriez-vous aux TPE-PME pour affronter les prochains mois sereinement ?

A. de R. : Elles doivent axer leurs efforts sur le cash, leurs équipes et leurs clients. Aujourd’hui, il faut s’assurer d’avoir la trésorerie nécessaire pour tenir et survivre aux prochains mois, avec toute l’incertitude qui demeure sur la suite des événements.

Les entreprises vont aussi demander des efforts à leurs collaborateurs. Pour les leur faire comprendre, il faut les associer à la fois aux prises de décision, mais aussi aux bonnes nouvelles, quand elles reviendront. La solidarité fonctionne dans les temps difficiles, comme quand ça va mieux.

Enfin, prenez soin de vos clients, appelez-les. Ils s’en souviendront et vous seront plus fidèles demain, même s’ils ne sont pas en train de vous acheter aujourd’hui. Tous les efforts que vous faites maintenant, vous en bénéficierez quand l’économie redémarrera. Autrement dit, même s’il y a moins d’activité en ce moment, il faut en profiter pour investir dans la relation-client.

Antoine de Riedmatten, président du groupe In Extenso et membre du Cercle Perspectives.
Antoine de Riedmatten, président du groupe In Extenso et membre du Cercle Perspectives. — Photo : JJR071

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