Vincent Bolloré : «Place à l'inflation»

Par Philippe Créhange, le 03 juillet 2009

Parrain de la Semaine de l'innovation en Bretagne, Vincent Bolloré est intervenu le mois dernier devant un parterre d'acteurs économiques. Lancement de sa voiture électrique, médias, transmission de son groupe... Le capitaine d'industrie a évoqué les défis auxquels il est aujourd'hui confronté. Il a également confié son sentiment sur la crise qui frappe le monde. Dans des termes pas tellement rassurants... Extraits de son intervention.
Le Journal des Entreprises, l'économie en régions — Photo : Le Journal des Entreprises





Voiture électrique BlueCar: top départ en septembre

«Nous sommes aujourd'hui très avancés. Quatorze ans après: un milliard d'euros dépensé. Nous allons inaugurer dans les semaines qui viennent la première usine au monde de batterie polymère lithium à Quimper. (...) L'objectif est de rentrer en production industrielle à partir de septembre, tester ces batteries et ensuite commencer à monter en production au fur et à mesure pour répondre à deux besoins. D'abord le bus que nous faisons avec Gruau à Laval, et que nous souhaitons commercialiser au printemps/été prochain et ensuite avec Pininfarina. (Cette dernière) nous semblait particulièrement bien placée parce que son nom est connu par le fait qu'elle a produit des Maserati, des Ferrari, des voitures de très haut prestige. Parce que sa ligne et sa façon de dessiner des lignes étaient évidemment extrêmement intéressantes. (Après Quimper) nous inaugurerons dans la foulée une usine qui se trouve en Amérique du Nord et qui permettra en cas de problème d'avoir deux sources d'approvisionnements et de développer également le marché de l'Amérique du Nord.»




5.000 réservations

«On a déjà 5.000 réservations. La demande est considérable. (...) C'est plus que nos objectifs. On pensait 1.000 ou 2.000.»




Le profil des acheteurs?

«Des particuliers, tous pays d'Europe avec une majorité en France. 30-50 ans, plutôt des hommes.»




Une technologie différente

«La question n'est pas ?Qui est capable de sortir un véhicule électrique??. La question c'est ?Qui a la batterie??. L'essentiel (des acteurs) est parti sur le lithium ion. Le problème c'est qu'au-dessus d'une certaine quantité d'énergie, ça brûle. Dell avait demandé à Sony il y a quelques mois de lui fabriquer des batteries un peu plus élevées pour son ordinateur. Ils ont été obligés de rapatrier 500.000ordinateurs. Hewlett-Packard, il y a quelques semaines, a demandé également à un autre fabricant des batteries lithium ion en quantité plus importante. Ça a brûlé. Et ça, c'est pour un kilo. Les voitures, ce sont 250 à 300kg. Aucun constructeur de voitures n'acceptera de prendre un risque. Nous, nous avons une technologie de polymère lithium. Le lithium est conjugué à du plastique. Notre batterie n'est donc pas liquide. Elle est solide et donc ne brûle pas».




Médias: un quotidien payant à l'automne?

«Le gratuit n'est pas pour nous un achèvement. Nous pensons que c'est le tremplin pour des journaux payants. C'est vrai que nous avons plusieurs projets en tête. L'un est un quotidien payant d'analyse qui pourrait être lancé à l'automne. L'autre est un hebdomadaire gratuit ou payant.»




CA en baisse mais résultat en hausse

«Toute l'année, je pense qu'on baissera de 10 ou 20% notre chiffre d'affaires pour une raison importante, c'est qu'une partie de celui-ci est (calculé) sur la vente de pétrole. Nous sommes intermédiaires. Mais je l'ai indiqué à la dernière assemblée, cette baisse du chiffre d'affaires cache une progression de notre résultat.»




Les médias: pour attirer la nouvelle génération Bolloré

«On s'est demandé pourquoi il y a cinq-six ans le groupe est rentré dans la communication. On est rentré d'abord dans les studios. Le débat Sarko-Ségo, les Jeux olympiques, la Star Academy, c'est nous qui les faisons. Ensuite on est allé à la télé avec Direct 8. Tout le monde expliquait que la TNT, ça n'allait pas marcher. Et bien on a 2,4% d'audience et on ne cesse de progresser. Après, on est allés dans les gratuits, puis chez Havas. L'essentiel pour moi c'était d'attirer la septième génération (de Bolloré, ndlr). Parce que, quand je leur parle de transport, de pétrole, de batterie électrique, ce n'est pas génial. Mais lorsque vous parlez à des jeunes de com', là ça les passionne!»




La crise

«Malheureusement, je crois que la crise commence à arriver. Il y a eu un désordre financier dû à une folie. On a dit à des gens ?jouez avec l'argent. Si vous en gagnez beaucoup, on vous en donnera beaucoup. Si vous en perdez beaucoup, vous ne perdrez rien?. Donc les gens se sont mis à faire n'importe quoi. Ça a duré cinq ans, dix ans peu importe. C'est un désordre financier très dommageable mais qui a représenté des pertes, à l'échelle de la planète, pas dramatiques. Par contre, maintenant, on va vivre la crise. Le chômage va commencer à arriver. Il a déjà commencé depuis quelques mois mais ça va continuer avec la cohorte des drames qui vont autour. Je pense donc que la crise est devant nous et pas du tout derrière. Ensuite, eu égard à l'argent qui a été mis au niveau mondial dans les circuits économiques, vous allez connaître ce qu'on appelle l'inflation. Parce que l'économie mondiale ne s'en sortira que par de l'inflation. Et là, évidemment, c'est très très compliqué comme gestion. Il faut aller vous endetter pour aller investir dans des biens durables. C'est un peu compliqué dans des sociétés innovantes et ou familiales.»




La région pour financer les entreprises?

«Je crois que la région, le département ou la municipalité - je ne suis pas un homme politique donc je ne suis pas capable de dire à quel niveau ça doit se passer - doivent regarder les entreprises qui sont en train d'avancer, de se développer ou celles qui sont en difficulté. Je pense qu'il y a un rôle local très important pour passer les épreuves difficiles. Dans l'entreprise que je dirige aujourd'hui et dont je porte le nom, sur les 187 ans déjà passés, il y a eu 157 ans de difficultés et puis 28 années bonnes. Il faut qu'un pays comme la France accepte que, soit des régions, soit des organismes, financent les entreprises sur le long terme.»

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