Dix-sept fractures, la rate éclatée, une hémorragie au foie, ce 25novembre 1980, la vie de Vincent Durozey manque de s'arrêter sur une petite route de campagne. Il vient de percuter un semi-remorque alors qu'il roule à vive allure. Visage et membres fracturés, il garde de ce terrible accident les stigmates encore visibles du choc et poursuit ses visites régulières chez son médecin. Après l'accident, tout s'arrête pendant deux ans, entre les séjours à l'hôpital et la convalescence. «À ce moment-là, soit on arrête tout et on se laisse aller, soit on a plus peur de rien et on prend les choses en main».
S'en sortir
«À vingt ans, on n'a pas envie de mourir. Mais, c'est le caractère qui fait la différence». Cette première leçon de vie, Vincent Durozey va par la suite s'évertuer à l'appliquer dans ses affaires. «Je suis issu d'une famille d'entrepreneurs, mais je voulais suivre mon propre chemin». Alors que son frère décide de reprendre l'affaire familiale de meubles et décoration, il choisit des études de comptabilité et obtient un BTS en 1985. Rapidement, il s'aperçoit que le métier ne l'intéresse guère et s'oriente vers les assurances. Il ouvre son cabinet à vingt-six ans à Bacqueville en Caux en 1986. «J'étais spécialisé dans les grosses entreprises». Une première approche de l'entreprise déterminante pour la suite.
Devenir chef d'entreprise
Vincent Durozey a su, en près de vingt ans, capitaliser sur des débuts modestes. Lassé des assurances, il décide d'investir en rachetant en 1992 les établissements Godoin à Fécamp, spécialisés dans le hareng fumé: «Ce qui m'a plu, c'est qu'il y avait tout à faire. Un vrai défi à relever». En un an, le nouveau patron double l'effectif, rachète le fond de commerce Louis Levacher (hareng et morue), et fusionne les entreprises. L'aventure entrepreneuriale est lancée.
Les coups du sort
Installé en 1994 sur la zone de Babeuf, il doit dans la nuit du 9juin, vivre une nouvelle épreuve. Un incendie ravage entièrement ses nouveaux locaux: «Je me dis qu'on m'a jeté un sort. Après l'accident, on m'en remet une couche». Mais comme en 1980, il décide de: «Repartir à neuf», en reconstruisant et en changeant de nom pour devenir «Pêcheurs d'Islande». À la tête d'une entreprise de 90 personnes, il rachète en 2006 les Salaisons Ledun et reprend 180 salariés. Vincent Durozey réorganise le nouvel ensemble en une seule entité et deux sites de production. La nouvelle société traite quatre types de produits: le hareng (seconde place nationale), le saumon fumé (4e place nationale), la morue et la crevette cuite. Dernière acquisition, la reprise fin mai du site ID Toast à Cany: «Cet investissement d'un million d'euros nous permet de démarrer une activité dans les produits tartinables».
Des succès et des ratés
350 salariés, 53M€ de chiffre d'affaires, Vincent Durozey offre l'image d'une belle réussite même s'il s'en défend: «Je ne considère pas que j'ai réussi car tout est toujours en mouvement». Alors qu'il décide de faire HEC entrepreneur en 2002, il arrête ses études par manque de temps et désaccord avec les méthodes d'enseignement: «Trop loin du terrain». Homme de challenges, il décide de se lancer en 2004 dans le vêtement en ouvrant plusieurs magasins «Quai Ouest»: «C'est un métier où il faut être très présent. Je n'avais pas le temps. Mais, l'idée c'était de prendre des risques». En 2006, c'est l'ouverture de «La Boucane», un restaurant de poissons: «Là encore, c'est un métier à temps plein. Et puis l'endroit s'est trop éloigné du concept simple d'origine. Aujourd'hui, même si ça fonctionne, je souhaite vendre le fond de commerce».
Pas d'auto-analyse
Alors qu'il passe son enfance à Doudeville, ses parents décident de l'envoyer à Rouen en pension: «L'éducation religieuse m'a rebuté, une erreur qu'aujourd'hui je ne fais pas avec mes deux fils». Passionné de Golf, il pratique aussi occasionnellement la conduite sur circuit: «L'accident m'a désinhibé; quand on connaît la douleur, on n'a plus peur». Si l'échec de son mariage en 2004 est pour lui un coup affectif difficile, il avoue continuer à regarder devant mais sans se connaître lui-même véritablement: «Je n'ai jamais fait mon auto-analyse. En fait, je me pose beaucoup plus de questions sur les autres que sur moi-même».
Reprises d'entreprises, salaisons, vêtements, restauration, Vincent Durozey est un touche à tout. Plus gros employeur privé de Fécamp, il a pris les rênes du Medef local depuis le 23juin dernier.