Vie économique : Le monde éclaté des réseaux lorrains
# Réseaux d'accompagnement

Vie économique : Le monde éclaté des réseaux lorrains

Plus indispensables que jamais en temps de crise, notamment dans leurs dimensions solidaire et fraternelle, les réseaux jouent un rôle essentiel dans la vie économique d'un territoire. Nancy et Metz n'échappent pas à la règle. Au-delà des syndicats et associations professionnels, ils se situent dans les domaines sportif, spirituel ou artistique et regroupent des chefs d'entreprise qui viennent y trouver une mixité sectorielle, un partage d'intérêts autres qu'économiques, même si le business n'est jamais interdit, et une réflexion plus large. Nous vous invitons à découvrir ces associations et ces lieux qui comptent. Dossier réalisé par Guénola Rivière et Matthieu Leman

Peut-on réussir sans réseau? Un sondage informel parmi les personnalités les plus visibles du monde économique de Meurthe-et-Moselle et de Moselle laisserait à penser que non. Prenez Sylvie Petiot, directrice générale de Lagarde & Meregnani. Elle qui déclare ne pas apprécier la mondanité et qui «rêve d'être enfermée une semaine dans sa maison, pour souffler», est, entre autres, présidente de l'association Saint-Jacques activités, trésorière de la CCI 54, membre du Rotary Stanislas, du Conseil économique et social... Quant à ceux qui répondent sans ambage que oui, on peut réussir sans réseau, comme Richard Renaudin, président de l'association Nancy Brabois technopôle, c'est pour ajouter aussitôt que «oui, mais si on réussit, on va forcément croiser les réseaux». Paul Arker, président du Medef Moselle, partage cet avis. «Le travail, l'ingéniosité, l'enthousiasme et le courage valent bien tous les réseaux... même si c'est plus difficile. En fait le plus souvent on entre dans un réseau après avoir réussi et être connu comme tel, rarement avant.»




Atténuer la solitude

La crise a sans doute affirmé encore le rôle essentiel d'atténuation de la solitude du chef d'entreprise joué par les réseaux. «Parler de ses difficultés est important, les gens se lâchent car on est entre nous, témoigne Sylvie Petiot. Et on peut être rasséréné par les réussites d'autres membres.» Une discrétion mâtinée de solidarité que l'on retrouve dans l'association des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens. «Nous sommes un lieu de partage et de profonde fraternité, souligne Jean-Philippe Bolle, responsable de la section nancéienne. Ce qui se passe reste entre nos membres.» D'autres réseaux permettent de s'échapper du quotidien en réfléchissant à des sujets d'une autre dimension. C'est le cas des «frangins» des loges maçonniques, par exemple, comme le maire de Nancy, André Rossinot, ou le président de la Région, Jean-Pierre Masseret.




Pouvoir atomisé

Mais y a-t-il un lieu ou une structure d'influence dominant? À Nancy, cela ne semble pas être le cas. «Les réseaux fonctionnent et se recoupent, mais il n'y en a pas de prédominant», affirme Richard Renaudin. Un avis partagé par François Pélissier. «Le pouvoir économique est très diffus et atomisé, il n'y a pas de culture, de dynamique de réseaux comme à Metz avec le club Charlemagne», note le président d'Ecologgia. Au-delà des syndicats professionnels et de la chambre de commerce, les épicentres de ce monde éclaté sont à chercher au bord des terrains de football et de basket. Les Matinales, qui se sont déclinées à Metz au début de l'année, apparaissent pour beaucoup incontournables. «On n'y échappe pas», remarque Jean-Philippe Bolle. Les clubs services, comme le Rotary, conservent leur importance, même si «ce n'est plus une fin en soi de devenir président du Lions ou du Rotary», estime Sophie Mayeux. On croise également le monde économique au Cap marine et au Capucin gourmand, hauts lieux de «l'intelligentsia» médicale et consulaire, au Flo et au Foy. Le Novotel de Nancy Ouest a également ses aficionados, comme La Mignardis, Les Agaves, La maison dans le parc ou Le grenier à sel. Parmi les hôtels, la Maison de Myon et les Hôtels d'Haussonville, de la reine et des prélats semblent tenir la corde. Les nuits se passent à L'étage club ou à La place.




Un fantasme...

Pour Philippe Guillaume, président de la CCI 57 et de la CGPME Moselle, les lieux de pouvoir relèvent davantage du fantasme que de la réalité. «Ils sont très diffus et hétérogènes. Le pouvoir est par nature dans nos institutions.» Pourtant à Metz, le cercle Charlemagne fondé par Jean-Marie Rausch, ancien maire de Metz, reste incontournable. Son originalité vient de sa dimension transfrontalière. Ses membres sont issus des mondes économique, politique et culturel de Lorraine, du Luxembourg, de la Sarre et de Belgique. On y retrouve entre autres Dominique Gros, maire de Metz, Philippe Bard de l'entreprise Demathieu et Bard ou encore Godefroy Kugel, président du Club de Metz Technopôle.




Cercle fermé

Le cercle est très prisé et aussi très fermé. «Il est difficile d'y entrer», précise Roger Cayzelle, président du Conseil économique et social de Lorraine et lui-même membre du cercle. Les réunions ont lieu tous les deux mois à l'Arsenal, haut lieu de la culture à Metz. «Les soirées se déroulent toujours selon le même rituel avec un apéro où chacun peut aller à la rencontre des autres membres. Vient ensuite le repas assis, où nous sommes placés selon un plan de table défini et qui change à chaque fois. C'est une formule qui permet aux membres de mieux se connaître. Ce qui est important pour travailler ensemble», explique Fabrice Genter, premier vice-président de la CCI 57 également membre du cercle.




Amateurs de cigares

Un peu en marge des réseaux traditionnels, le Comité Lotharingien des amateurs de cigares, le Clac, est lui aussi un lieu d'échange, de discussion, de partage d'informations. Moins formel, le Méditerranée est également un haut lieu de rencontres où l'on croise les syndicalistes et une certaine classe politique et administrative messine, départementale et régionale. Autres adresses prisées, Thierry Saveurs, Le Mercure Saint-Thiebault ou encore El Theatris, Aux Rochesou la Ville de Lyon. Sans oublier Le Magasin aux vivres, quartier général de Moselle économie présidé par Bernard Moreau, directeur général adjoint de la BPLC.

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