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Véhicules électriques : Deux Lyonnais se câblent sur ce marché
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Véhicules électriques : Deux Lyonnais se câblent sur ce marché

Le marché du véhicule électrique est encore anecdotique mais suscite bien des appétits. Les grands constructeurs ne sont pas les seuls à s'y frotter. À Lyon, Courb et SITL se sont lancées dans l'aventure. Avec, chacune, sa propre stratégie.

En France le secteur automobile a enregistré une chute des immatriculations de voitures particulières de 13,9 % en 2012. Dans le même temps, les immatriculations de véhicules électriques ont plus que doublé, plaçant même la France en tête des pays européens de la mobilité électrique. Si le marché est contraint - on estime que le tout électrique représentera à terme 1 % du marché -, la production de véhicules électriques suscite des appétits. Et pas uniquement au sein des grands constructeurs automobiles. À Lyon, Courb et SITL se sont toutes deux lancées dans l'aventure. La première a été créée en 2007 pour développer la voiture C-Zen. La seconde est née de la reconversion du site Fagor Brandt. Deux entreprises, deux stratégies.




C-Zen made in Saint-Priest

Courb a ainsi injecté 23 M€ depuis sa création dans le développement de C-Zen. Un véhicule électrique dont la première version a été présentée au mondial de l'auto en 2008 et qui entre en phase de production à Saint-Priest. En 2011, C'Elect Drive, filiale industrielle, a en effet été créée pour en assurer la fabrication. Courb, présidée par Hervé Arnaud, emploie 17 personnes et va monter en charge. « Nous prévoyons d'être une trentaine d'ici à la fin de l'année, puis 60 à fin 2014 », précise Alexandre Desneux, directeur technique. C-Zen, véhicule deux places au design très soigné, a l'avantage d'être très léger (700 kg). L'autonomie théorique est de 120 km. Courb travaille en étroite collaboration avec de nombreux laboratoires régionaux et bénéficie du soutien de l'Ademe, d'Oséo et de l'Aderly pour faciliter son développement. Elle s'est récemment installée dans 6.500 m² chez Renault Trucks, à Saint-Priest, où elle dispose de 3.000 m² de réserve pour une potentielle extension. La jeune entreprise, qui vient de décrocher le label Origine garantie France, est donc en ordre de marche pour lancer la commercialisation de C-Zen et de C-Top, sa version utilitaire. « Nos exigences de rentabilité sont différentes de celles de Renault par exemple, confie Alexandre Desneux. Nous sommes sur un marché à faible cadence car il est émergent. Nous sommes dimensionnés pour fabriquer 2.000 voitures par an et 5.000 à terme. Notre point mort est de 300 véhicules par an actuellement. On pense survivre ! » La production démarrera en septembre : 200 véhicules sont prévus à fin 2013 puis 1.000 en 2014. Pour un tarif très concurrentiel : 25.000 €, hors aide de l'État, batterie incluse. Courb attaque dans un premier temps le marché français, puis s'attellera au marché européen. « Nous mettons en place un réseau de revendeurs en France et nouons des contacts avec de gros clients comme le Grand Lyon, qui envisage d'acheter 30 véhicules, ou encore les groupes Accor et Groupama. » Courb joue sur l'affectif : on n'achète pas un véhicule électrique comme un véhicule classique. Des possibilités de "covering", de choix des couleurs, de "logotiser" les sièges sont proposées. Et en attendant les premières ventes, la R & D continue. Parmi les pistes évoquées : l'intégration de modules photovoltaïques sur le véhicule, le développement d'un moteur thermique et à pile à combustible.




Du lave-linge au véhicule utilitaire électrique

À quelques kilomètres de là, c'est dans une aventure technologique que s'est lancé Pierre Millet en reprenant le site industriel de Lyon Gerland à Fagor Brandt en 2010 pour créer SITL, la Société d'innovation et de technologie de Lyon. « Nous avons réussi le challenge technique, puisque nous sommes passés de la fabrication d'un produit, les lave-linge, à un autre, les véhicules électriques, sous la marque Brandt Motors, détaille le dirigeant. Avec la formation des personnels, un tiers de nos 450 collaborateurs opère aujourd'hui pour nos nouveaux produits. Il faut maintenant réussir le challenge commercial avec un volume suffisant. » Citélec, le véhicule utilitaire du constructeur, a vu le jour en 2012 après un long processus de réflexion et d'études de marché. « Nous avons fait le choix des véhicules utilitaires pour plusieurs raisons, détaille Pierre Millet. Le marché des professionnels et des collectivités est le plus enclin à raisonner coût d'utilisation de son parc de véhicules sur quatre ou cinq ans. De plus, les collectivités demandent l'empreinte carbone de leurs sous-traitants dans les appels d'offres. Et puis on parle de plus en plus de limiter les véhicules polluants dans les centres-villes. C'est un enjeu pour les transporteurs dans les livraisons du dernier kilomètre. »Et pour que ces professionnels utilisent et surtout achètent un produit créé de toutes pièces, autant aller leur demander directement leurs attentes. « Nous avons visité des clients potentiels et avons recueilli leurs souhaits pour le véhicule électrique idéal, confie le dirigeant. Nous avons relevé trois grandes caractéristiques qui font aujourd'hui de Citélec un produit unique sur le marché : une vitesse moyenne de 80 km/h, une autonomie moyenne réelle de 250 km et un volume de charge de 3,2 m³ pour 600 kg et deux palettes. Pour les caractéristiques de la charge, nos concurrents présentent l'un des trois atouts, mais Citélec est le seul à proposer les trois. » Autre innovation technique : la modularité. « C'est la cerise sur le gâteau, s'amuse Pierre Millet. Le châssis cabine est le véhicule électrique. L'arrière se remplace pour y poser une citerne, un ensemble réfrigéré, une benne... Un seul véhicule remplit plusieurs missions pour optimiser le parc auto des petites communes par exemple, des coursiers ou des paysagistes en centre-ville. » Le principe de modularité a été breveté par SITL qui a investi quelque 29 M€, dont 9 M€ consacrés à la formation. Près de 40 véhicules ont été fabriqués et vendus en France. « Le Grand Lyon nous a commandé deux véhicules qui seront livrés en avril, détaille Pierre Millet. C'est un début avec la collectivité. Sur la France, nous avons un carnet d'offres de prix pour 2.000 véhicules. Mais c'est long car il faut expliquer, prêter les véhicules, faire de la pédagogie. » Les premiers chiffres d'affaires seront comptabilisés dans l'exercice 2013. « Nous sommes à l'équilibre à 1.800 véhicules vendus par an, dévoile le dirigeant. Notre objectif est d'en commercialiser 2.500 à 3.000 sur toute l'Europe. C'est beaucoup mais ce n'est pas énorme. » Brandt Motors passe par des distributeurs de proximité et s'apprête à signer des contrats avec deux grands réseaux couvrants la France et l'Europe pour assurer le SAV de ses véhicules. Produire, commercialiser, mais aussi proposer des services innovants, voilà tout l'enjeu de ces constructeurs automobiles lyonnais nouvelle génération qui défrichent un marché. Face aux gros industriels, ils dénotent. Mais pourraient aussi susciter leur appétit.

Courb



(Lyon) Président : Hervé Arnaud 17 salariés www.courb.net

SITL



(Lyon) Président : Pierre Millet Chiffre d'affaires 2012 : 53 M€ 450 salariés www.sitlyon.com

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