Pour la première fois de l'histoire, Vannes, Lorient et Quimper réfléchissent à créer des partenariats économiques afin de peser face aux grandes instances que sont Rennes et Nantes. Les querelles de chapelles et les guerres politiques fratricides seraient-elles terminées ? Certains ont pris le parti de se serrer les coudes pour anticiper la métropolisation de la capitale bretonne d'ici à 2030. Qui aurait pour effet de capter la majorité des budgets nationaux et européens liés aux investissements d'avenir : centres de recherche, transferts de technologies, éducation, innovation... Et bientôt LGV ainsi qu'aéroport du Grand Ouest offriront également aux métropoles la possibilité de prendre encore plus de poids. Sans ce front commun des agglomérations bretonnes, construisant entre elles un réseau dématérialisé, le risque est de voir le territoire se désertifier économiquement.
Atteindre une taille critique
Vannes, Lorient et Quimper sont déjà entrées en résistance. Ensemble, les trois technopôles financent les travaux d'un thésard, Clément Marinos. «Il doit analyser les coopérations, les flux réels et futurs de ces trois territoires», indique Philippe Leblanche, directeur de l'Audélor, agence d'urbanisme et de développement économique du pays de Lorient. «L'idée est de voir quelle taille critique on obtiendrait en travaillant ensemble et sur quels axes nous pourrions développer des projets communs», explique Michel Brébion, directeur de la technopôle vannetaise Vipe, convaincu que le modèle économique de demain sera collaboratif. «Et ainsi parvenir à contrebalancer les effets de la métropolisation, phénomène de toutes façons inéluctable», observe-t-il, lucide. Phénomène plus rapide qu'on ne le croit, selon Jean-François Le Tallec, président de la CCI, qui s'inquiète de la place future de l'université dans un tel contexte. «Nous surveillons déjà la redistribution des budgets», indique-t-il. Par ailleurs, se tourner vers les capitales bretonne ou ligérienne pour développer des projets aurait pour effet une cannibalisation des petites et moyennes agglomérations. «Plutôt que de se battre contre Rennes et Nantes, nous devons continuer d'amplifier une dynamique de territoire. La Bretagne Sud fonctionne», observe Philippe Leblanche. «Nous devons nous organiser pour profiter des effets positifs de la métropolisation», ponctue Jean-François Le Tallec.
L'économique en avance sur le politique
Une organisation qui doit passer outre la bipolarité du Morbihan. Philippe Rouault, ex-président du Medef Morbihan, l'a remarqué: «le monde économique est plus en avance que le monde politique. Davantage de cohésion au sein de ce tendem est nécessairepour avancer ». Comme si l'appel était entendu, Norbert Métairie, président de Lorient Agglomération et Pierre Le Bodo, président de Vannes Agglo, commencent à se rapprocher petit à petit sur ces sujets. Une première pierre à l'édifice pour Jean-François Le Tallec. L'arrivée d'acteurs économiques lorientais à des fonctions au sein de réseaux vannetais, comme Hervé Cuvelier, ou à l'inverse le vannetais Olivier Suquet chez Bretagne Sud Angels à Lorient, sont quelques-uns des ponts jetés entre les deux villes. «J'ai toujours su qu'il était indispensable que ces deux villes se parlent. Si je peux permettre d'accélérer l'histoire, alors tant mieux», reconnaît Hervé Cuvelier qui cherche des solutions à long terme pour faire exister la Bretagne Sud au sein du Grand Ouest. Un bassin qui doit son développement essentiellement aux TPE et PME. Derrière ce rapprochement stratégique se joue ainsi l'équilibre des territoires face à Nantes et Rennes. «Vannes et Lorient ont forcément une carte à jouer», estime Philippe Rouault. Même si le scénario anticipe un futur à dix ou 20 ans, Michel Brébion s'inquiète : «Le risque, si l'on ne fait rien aujourd'hui, est que l'économie morbihannaise se réduise à une économie résidentielle.»
L'heure est à la coopération. Pour peser face à l'émergence des métropoles nantaise et rennaise, Vannes et Lorient organisent un front commun. Sinon, le risque est de se voir arracher de nombreuses lignes de crédits ou de projets d'envergures.