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Usine Duval : une industrie du luxe dans un écrin architectural
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Usine Duval : une industrie du luxe dans un écrin architectural

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Le représentant de la troisième génération de dirigeants familiaux d’Usine Duval a maintenu les emplois de sa manufacture textile de Saint-Dié-des-Vosges en négociant le virage du luxe, préservant par là même le bâtiment Le Corbusier qui abrite ses ateliers. Un centre d’interprétation doit mettre en valeur cette architecture et ces savoir-faire.

Les modélistes collaborent avec les couturières pour concrétiser l’idée d’un styliste — Photo : Philippe Bohlinger

De son propre aveu, la sauvegarde de l’usine construite entre 1946 et 1952 par Le Corbusier à Saint-Dié-des-Vosges (Vosges) a été pour Rémi Duval une motivation centrale pour maintenir coûte que coûte l’activité textile qu’elle abrite. À la tête d’Usine Duval depuis 1981, le représentant de la troisième génération de dirigeants familiaux peut se féliciter d’avoir réussi ce challenge.

Rémi Duval représente la troisième génération de dirigeants familiaux — Photo : Philippe Bohlinger

Son parti pris d’orienter cette bonneterie vers le prêt-à-porter de luxe a assuré le maintien de 60 emplois et de savoir-faire uniques tout en débouchant sur le classement du bâtiment aux Monuments historiques et son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco.

Pour couronner cette réussite, la manufacture vosgienne, la seule usine jamais construite par l’architecte franco-suisse (1887-1965), va se voir adjoindre un centre d’interprétation (Le C) dédié au maître du mouvement moderne et aux savoir-faire industriels.

Un investissement de 8 millions d’euros

"Ce lieu signé de l’architecte norvégien Kjetil Thorsen donnera sur l’arrière de l’usine ce qui permettra d’expliquer le projet de Le Corbusier dont mon père était un ami. Les 1 300 m² du centre permettront également de montrer des œuvres prêtées par la Fondation Le Corbusier et d’exposer notre expertise industrielle et celles d’autres entreprises locales emblématiques", résume le dirigeant. L’investissement de 8 millions d’euros porté par une association présidée par Rémi Duval, filleul de Le Corbusier, devrait démarrer ses travaux de terrassement début 2026 pour une ouverture mi-2027.

La manufacture de Saint-Dié-des-Vosges est historiquement spécialisée dans les produits à base de maille — Photo : Philippe Bohlinger

L’activité de la manufacture (chiffre d’affaires de 4 millions d’euros) se porte "plutôt bien" assure l’entreprise portée par la tendance des grandes maisons de prêt-à-porter à renouveler leurs collections plus rapidement que l’habituel rythme Printemps-été et Automne-hiver. "Il est possible d’avoir aujourd’hui jusqu’à six collections sur une année ! Pour autant, nous devons rester agiles et être capables de nous adapter lorsque qu’un nouveau directeur artistique est nommé à la tête d’une grande maison", poursuit Rémi Duval.

Séries de 50 à 1 500 pièces

Le virage du luxe a préservé cette bonneterie fondée en 1882 du vent de la délocalisation qui a emporté l’industrie textile vosgienne. La manufacture spécialisée dans les produits fabriqués à base de maille, autrement dit tricotés et non tissés, a débuté dans la confection de sous-vêtements sous la houlette de Paul Duval. Son fils, Jean-Jacques, passionné d’architecture et de mécanique aéronautique, prendra le virage des vêtements de sport dans les années 1970. Mais c’est Rémi Duval qui prendra le virage du luxe à l’aube des années 1980, en collaborant avec le styliste Jean-Jacques de Castelbajac, puis en gagnant la confiance de grandes maisons de couture comme Hermès, Chanel, Yves Saint Laurent, Balmain, Vuitton ou encore Lanvin.

La manufacture de Saint-Dié-des-Vosges est historiquement spécialisée dans les produits à base de maille — Photo : Archives Rémi Duval

Le dirigeant nuance, expliquant que ses aïeuls avaient déjà compris "qu’il valait mieux travailler sur des moutons à cinq pattes plutôt que sur des gros volumes et qu’une multitude de clients était préférable à un seul gros donneur d’ordres". Afin de rendre hommage à son père, Rémi Duval a rebaptisé la société Claude-et-Duval en Usine Duval. "La famille Claude qui a apporté une partie des capitaux au départ n’intervenait pas dans la direction. C’est mon grand-père et mon père qui ont présidé aux destinées de l’entreprise", rappelle le dirigeant dont l’arbre généalogique a des ramifications communes avec les fondateurs des Pastis Duval (groupe La Martiniquaise).

À Saint-Dié-des-Vosges, les salariés travaillent à la confection de petites séries de 50 à 1 500 pièces. "Notre force tient dans la capacité de nos modélistes à rechercher des solutions avec nos couturières pour concrétiser l’idée d’un styliste", résume Rémi Duval. En raison des difficultés de recrutement, le personnel, majoritairement féminin, est pour moitié d’origine étrangère : Syrie, Turquie, Ukraine ou encore Tunisie. Et depuis les années 2000, ces salariées sont épaulées par des couturières à domicile pour les travaux à la main.

Robe Bleu Gitane pour Balmain et Beyoncé

Parmi les faits d’armes d’Usine Duval, une robe plongeante sans manche pour Yves Saint Laurent portée en 2024 par Angelina Jolie à la Mostra de Venise. Les doigts de fée de la manufacture vosgienne ont également conçu une spectaculaire robe drapée en jersey bleu-gitane pour Olivier Rousteing, directeur artistique de la maison Balmain, dans le cadre d’une collection co-créée en 2023 avec sa muse Beyoncé.

La manufacture a réalisé cette robe plongeante sans manche portée par Angelina Jolie pour Yves Saint Laurent — Photo : Philippe Bohlinger

Usine Duval échappera-t-il à la tendance qui pousse les grandes maisons à racheter leurs sous-traitants comme cela a été le cas dernièrement à Saint-Dié-des-Vosges, avec la manufacture de bijoux Aurigane reprise par le géant Richemont (Cartier, Van Cleef & Arpels, Mont Blanc, etc.) ? Tel n’est pas le souhait de Rémi Duval, 77 ans, qui dirige l’entreprise avec son épouse Béatrice. Leur fille Rose Duval, diplômée en commerce international et passée par Hermès ainsi que le spécialiste britannique du cachemire de luxe Barrie, est actuellement assistante industrialisation chez Lunas France, spécialiste de l’accessoire et de la décoration textile. La jeune femme pourrait reprendre un jour le flambeau et continuer à écrire l'histoire d'Usine Duval.

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