Dans le Languedoc, "on va chez Union". Implanté depuis plus de cent ans à Montpellier, Union Matériaux (480 salariés, 144 millions d’euros de chiffre d’affaires 2024) est devenu l’enseigne incontournable du bâtiment. Ses pancartes s’affichent partout, des chantiers individuels aux travaux du tramway de Montpellier. Le groupe commercialise les matériaux de construction dans quarante magasins, de Marseille à Perpignan.
Créé par un tailleur de pierre en 1922
L’histoire débute le 24 décembre 1922. Pierre Vachet, tailleur de pierre, crée L’Union des entrepreneurs et entrepositaires du Midi de la France, avec un associé, Louis Gautier. "Il disait : en tant qu’artisan, je ne trouve pas mon bonheur pour me fournir, on a besoin de magasins. Alors, il l’a créé. Mon grand-père était un entrepreneur né", raconte Alexandre Vachet, actuel PDG du groupe.
L’association ne dure que deux ans. Jean Vachet devient l’unique dirigeant de l’entreprise, qui prend le nom d’Union Matériaux. Il la développe, ouvre des agences à Béziers, Sète, Narbonne. L’activité, figée par la Seconde Guerre mondiale, repart en flèche ensuite, portée par l’effort de reconstruction d’après-guerre.
La parenthèse des "Menuiseries françaises"
Lors d’un voyage aux États-Unis à la fin de la guerre, Jean Vachet découvre les menuiseries préfabriquées. Séduit, l’entrepreneur importe l’idée et créé une société dédiée dès 1945 : Les Menuiseries françaises. Le succès est au rendez-vous, au point que "l’entreprise est devenue plus importante qu’Union Matériaux", poursuit Alexandre Vachet. Toutefois, "mon grand-père avait un point faible : il n’a jamais réussi à s’entourer". En difficulté par la suite, il revendra son bijou à Saint-Gobain.
Occupé par les Menuiseries françaises, Jean Vachet avait confié la direction d’Union Matériaux à des cousins. Le groupe vivotait, seulement deux agences sur dix étaient rentables. Constatant les lacunes des dirigeants, Jean Vachet demande à son fils Pierre de prendre les commandes, en janvier 1971. Pierre n’y avait toutefois pas été préparé, "le passage à la deuxième génération a été difficile", raconte le PDG.
Union Matériaux devient une entreprise solide
Ces circonstances, accentuées par les chocs pétroliers, contribuent à définir la ligne de conduite du nouveau dirigeant. "À la différence de mon grand-père, il a su s’entourer de personnes compétentes. Mon père s’attelle alors à retrouver la rentabilité des agences", retrace Alexandre Vachet.
Sous sa direction, le groupe ne connaît pas d’évolution extraordinaire. "Il a développé l’existant, avec une gestion rigoureuse. Par ailleurs, il a mis l’accent sur les hommes et créé une culture d’équipe. Cette facette a beaucoup compté pour créer de l’activité, car dans notre métier, la relation aux autres a du poids", poursuit-il. Résultat : Union matériaux devient une entreprise performante, saine et rentable.
Ne souhaitant pas faire subir à son fils Alexandre ce qu’il a enduré, Pierre Vachet anticipe sa transmission. Il lui propose la succession à terme, alors que celui-ci est encore étudiant aux États-Unis. Le jeune homme accepte et passe sept ans dans l’entreprise à divers postes pour en découvrir toutes les facettes.
Une taille doublée avec l’acquisition de Gervais
Alexandre Vachet accède à la direction en juillet 2008, et très vite, fait l’acquisition du groupe Gervais en 2009. "C’étaient nos concurrents historiques, eux à Nîmes, nous à Montpellier. Nous avions la même taille : 17 agences et 80 M€ de CA pour nous, 16 agences et 65 M€ de CA pour eux." Mais Gervais était en difficulté, sous plan de sauvegarde. "Nous les avons sauvés. Et c’était cohérent pour notre couverture géographique", commente l’entrepreneur. En doublant de dimension, passant de PME à ETI, "il a toutefois fallu changer toute l’organisation".
Ce rachat fait grossir le groupe, mais Alexandre Vachet ne compte pas s’étendre plus. Il retient aussi les leçons du passé : mieux vaut rester solide sur ses bases. "Nous voulons être leader régional. Avec la concurrence, il y aurait peu de valeur ajoutée à s’implanter sur de nouveaux territoires. Pour notre développement, je préfère diversifier et renforcer nos métiers", confie-t-il.
Le showroom Volum, un concept à dupliquer
Ainsi, il met sur pied le concept store Volum. Sur 1 200 m2, ce showroom présente les éléments d’aménagement intérieur. "Un lieu d’inspiration, mais dont on peut acheter les produits sur place". Installée en 2016 à Pérols, la formule fonctionne (une dizaine de salariés, 4,5 millions d’euros de CA). Le dirigeant espère en installer aussi à Toulouse et/ou Aix-en-Provence.
Par ailleurs, Union Matériaux s’est dotée des trois bases logistiques, la dernière à Béziers début 2024. Elles servent essentiellement de lieu de stockage à J + 2 pour les matériaux lourds. "Cela permet à nos agences d’être réactives pour livrer nos produits", explique le dirigeant.
Alexandre Vachet veut profiter de la conjoncture compliquée pour préparer l’avenir : "C’est un moment charnière. Nous menons des réflexions sur des pistes de croissance ou de diversification".
Il a créé courant 2024 la filiale Union Solaire pour distribuer des panneaux photovoltaïques pour le petit tertiaire et les particuliers. L’annonce de la baisse des soutiens du gouvernement à la filière le laisse sans voix : "On ne comprend pas. Toute la filière s’était organisée pour se caler sur le décret Tertiaire. Le gouvernement ne peut pas changer de direction tous les six mois…"
Le futur siège, ce serpent de mer va enfin aboutir
Malgré ce coup de froid, les projets ne manquent pas, à commencer par le déménagement du siège. Ce serpent de mer vieux de trente ans devrait aboutir. Le siège d’Union Matériaux, qui cohabite avec l’agence de Montpellier sur 2,3 ha, est cerné par l’urbanisation. Avec le poids des ans, il n’est plus fonctionnel. Un accord a enfin été trouvé avec la métropole pour un terrain de 2,5 ha sur la future ZAC Cambacérès, au sud de la gare TGV. La concrétisation reste soumise à diverses étapes administratives, dont la validation du futur PLUi. "Nous espérons déménager d’ici trois ans", annonce Alexandre Vachet. Ce dernier travaille à écrire l’avenir aujourd’hui. "Mon père disait souvent qu’on est locataire de l’entreprise, pas propriétaire, confie-t-il. Sa pérennité et sa transmission priment. C’est notamment pourquoi, bien que j'aie une fille, j’ai ouvert début 2025 le capital aux cadres. 8 % vont être donnés à 80 collaborateurs". Le moment venu, qu'elle s'avère familiale ou interne, la transmission aura été préparée.