UNESCO : Une inscription opportune pour le 76?

UNESCO : Une inscription opportune pour le 76?

Portée par le Département 76, la demande d'inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO pour le classement de la Vallée de la Seine et de la Côte d'Albâtre semble à première vue un atout de valorisation du territoire. Pour les entreprises, cela se discute.

Valoriser le littoral et la Seine, améliorer l'attractivité du territoire et la fréquentation touristique, développer un sentiment de fierté et d'appartenance auprès des habitants, fédérer les acteurs locaux... Le projet d'inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO de la Vallée de Seine et de la Côte d'Albâtre mené par le Département de Seine-Maritime présente de nombreux aspects séduisants avec pour objectif final: «La consolidation et la création d'une marque «Seine-Maritime», explique Didier Marie, président du Département.




Fédérer les acteurs






?

Fer de lance de la démarche d'inscription à l'UNESCO, Didier Marie souhaite fédérer l'ensemble des acteurs locaux autour de son projet: «Une démarche de ce type offre à tout un territoire la possibilité de se fédérer autour d'un projet commun et, seul un travail collectif, mené en réseau entre tous les acteurs locaux peut le faire aboutir favorablement». Dont acte, avec le premier colloque organisé sur le sujet le 9 février dernier ayant rassemblé près d'une vingtaine d'intervenants. Un panel d'invités composé d'éminentes personnalités telles qu'Yves Dauge, le président de l'association des biens français du patrimoine mondial et conseiller spécial à l'UNESCO, d'experts, d'élus, de représentants de territoires inscrits à l'UNESCO ou ayant fait acte de candidatures mais, parmi lesquels, le monde économique et de l'entreprise était étrangement absent. Seul Philippe Deiss, directeur général du Grand port maritime de Rouen était invité à une table ronde sur la Vallée de la Seine. L'occasion pour lui de faire entendre une voix un peu différente de l'enthousiasme général: «La Vallée de Seine est le lieu d'implantation de nombreuses industries avec des infrastructures en mouvement. Je suis sensible au développement économique touristique et je rappelle que les ports sont des acteurs majeurs de la préservation, de la réhabilitation et de la mise en valeur de cet espace de biodiversité. Mais, avec Bordeaux, j'ai vécu les difficultés d'une inscription et les menaces de retraits liées à tout changement sur le territoire. Quelles garanties avons-nous pour la possibilité d'un développement des activités portuaires en cas d'inscription à l'UNESCO? Comment expliquer demain à un repreneur de Petroplus qu'il aura des contraintes pour son développement? Avant de déposer la demande d'inscription, il faut s'interroger. L'économie de Seine-Maritime ne peut pas vivre uniquement du tourisme».




Quelles conséquences ?

Si, Jean-Pierre Girod, président du parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande propose que l'inscription UNESCO soit l'occasion d'une activité économique plus vertueuse, «tout en conservant le tissu industriel indispensable», pour Christian Leroux, président de l'Union maritime et portuaire duHavre, les choses sont un peu plus complexes et si le classement de la Côte d'Albâtre ne pose pas de problème «s'il ne bloque pas les actions commerciales», il est en revanche très réservé sur la Vallée de Seine. «Déjà au moment du classement des boucles de la Seine, le milieu économique s'était inquiété mais là, si on classe la Vallée de Seine, on risque de nombreuses restrictions pour notre développement, il faudra faire des demandes d'autorisations. Ce qu'il ne faut surtout pas, c'est sanctuariser le territoire! Ce que je ne comprends pas, c'est la concomitance entre le projet Axe Seine et l'inscription à l'UNESCO de la vallée de la Seine. Je suis aussi écologiste qu'un autre mais, ce qu'il faut, c'est d'abord s'assurer que ce classement prestigieux puisse permettre de conserver l'économie et l'emploi local. Je trouve curieux qu'une fois de plus, on fasse fi des milieux économiques sur ce type de dossier à un moment où la priorité, c'est l'emploi!»



Sébastien Colle