Un vent de colère entrepreneuriale se lève à l'Est. À son origine se trouve une Alsacienne: Patricia Koch, la gérante de MGAD, une petite entreprise d'usinage de précision de six salariés qui n'a survécu à la crise que par un prêt de 50.000 € accordé par deux de ses clients. Et qui garde de l'expérience un souvenir cuisant. «Face à la crise, aucune mesure gouvernementale n'a été à la hauteur pour aider les TPE et les PME! Et les banques n'ont rien fait: lorsque j'étais en difficulté, un banquier a même osé me demander d'emprunter à mes salariés pour sauver l'entreprise! Ça a été la goutte d'eau», explique-t-elle. Cette exaspération a pris une forme officielle en janvier, avec la création de l'association Collectif PME, qui compte à ce jour déjà 390 membres en France, dont 130 en Alsace. Un contingent qui devrait se développer, comme en témoigne une récente campagne de recrutement dans la presse nationale, marquée par un ton radical voulu en rupture avec celui porté par les syndicats patronaux existants: «La CGPME et le Medef font partie du système et ronronnent dans leurs fauteuils. Ce qu'ils cherchent, ce sont des places, des arrangements avec les ministères», estime Patricia Koch.
Les banques en ligne de mire
Les doléances du collectif sont tout aussi musclées: en tête, on retrouve la réduction de 20% des charges sociales et de l'impôt sur les sociétés pour les PME de moins de 100 salariés et la création d'un pôle de financement 100% public des TPE et PME dont Oseo serait totalement exclu. «Oseo n'est qu'une caution: ça ne fonctionne que pour les entreprises qui ont déjà un prêt. Mais quand vous êtes en déficit comme énormément de TPE et PME qui ont subi la crise, les banquiers ne vous prêtent rien! Oseo, c'est juste de l'argent public qui fait la carpette devant les banques pour les rassurer. Il faut une vraie structure publique qui accepte de soutenir en direct les petites entreprises en difficulté», réclame Patricia Koch, qui a plus que jamais les banquiers privés en ligne de mire. D'ailleurs, lorsqu'on lui rétorque que les chiffres publiés par la Banque de France soulignent tous une augmentation des encours de crédit faits aux entreprises, sa réplique est immédiate: «Oui, ça augmente. Mais ces crédits-là, ils vont aux riches, aux grosses PME, aux ETI, mais pas aux PME de moins de 50 salariés, qui sont celles qui emploient le plus en France. Elles, on les laisse dans leur jus.»
Système mafieux
Enfin, le Collectif PME milite pour une refonte du système actuel des sociétés en liquidation. «La crise, c'est la belle aubaine pour plein de margoulins qui guettent et qui arrivent à reprendre des boîtes qui ont 20 ou 30 ans d'existence pour 3.000malheureux euros parce que les commissaires priseurs sont incapables d'estimer correctement des outillages, ou qu'ils sont même parfois de mèche. Et ces margoulins, on leur ouvre alors les robinets des subventions, des aides à la reprise, alors qu'on n'a rien fait pour aider celui qui avait monté et créé l'entreprise. Lui, il a juste été le moins que rien qui a eu le droit aux majorations pour retard de paiement et aux huissiers», tempête Patricia Koch.
Course à la croissance
Toutes ces revendications, qui ne manqueront pas d'attirer les accusations de poujadisme, le collectif entend les appuyer in fine par une action phare: la grève du paiement des charges sociales. «Pour cela, il faut grossir. Si nous ne sommes que 400 à le faire, ils vont nous liquider d'un coup de cuiller à pot. Mais si on dépasse déjà le millier d'entreprises, on va voir qui commande! Et là, on pourra discuter avec l'État et avoir notre banque à nous», annonce la pasionaria alsacienne. Pour grossir, le Collectif a d'ailleurs d'ores et déjà changé ses tarifs d'adhésion, initialement fixés à 100 €. Désormais, les entrepreneurs intéressés sont libres de fixer le montant de leur cotisation, en fonction de leurs moyens et de la santé de l'entreprise. Car dans sa course aux membres, Collectif PME doit en effet composer avec un élément de poids: celui de la crise, qui a déjà emporté sept de ses membres historiques. Pour Patricia Koch, le temps presse donc plus que jamais.
www.collectif-pme.com
Né en Alsace, un collectif d'entrepreneurs en colère essaime en France. Pour faire entendre ses revendications, il projette une grève du paiement des charges sociales.