UMIH vs Airbnb : "Mettre le doigt là où ça fait mal"

UMIH vs Airbnb : "Mettre le doigt là où ça fait mal"

Face à l'impact des plateformes collaboratives de location sur l'activité hôtelière, l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie (UMIH) monte au créneau. Et n'exclut pas de mener des actions lors des prochains grands rendez-vous professionnels de Cannes. Interview de Michel Chevillon, président du syndicat des hôteliers cannois.

Quel est l'impact des plateformes collaboratives type Airbnb sur l'activité hôtelière en générale et azuréenne en particulier ?
Elles ont un impact sur l’ensemble de l’hôtellerie, notamment l'hôtellerie haut de gamme parisienne. On estime entre 15 et 20% de chiffre d'affaires disparaissant dans cette économie grise. Sur Cannes, on est un peu plus bas, entre 10 et 15%. Pour l'instant. Nous ne nous faisons pas d'illusions, l'impact ira crescendo, de pair avec la notoriété de ces sites. On considère qu'à Cannes une quinzaine d'hôtels seront amenés à fermer dans les trois ans à venir si rien n'est fait.

Ce qui explique la montée au créneau de l'UMIH qui appelle le gouvernement à légiférer pour mieux encadrer les pratiques de la location touristique via ces plateformes collaboratives...
D'abord, nous ne somme pas corporatistes dans l’âme, ni opposés de fait à l'économie collaborative. Nous en dénonçons les abus, comme le cas ubuesque de cette jeune femme de 23 ans déclarant posséder 40 appartements sur Paris, en location sur Airbnb. C'est une plaisanterie ! Tout le monde sait très bien que derrière se cachent une ou plusieurs agences immobilières qui profitent d'un flou législatif pour se faire de l'argent et ainsi participent à cette économie parallèle.

Que demandez-vous ?
En premier lieu, que les transactions n'échappent plus à la fiscalisation. Des pays ont d'ores et déjà légiféré en ce sens. A New York, San Francisco, Berlin ou encore Barcelone, les montants encaissés par les propriétaires sont déclarés à l'administration fiscale, et les appartements ne sont plus loués à la nuitée mais à la semaine, sans que cela n'excède les 52 jours par an. La location à la nuitée, c'est le job des hôteliers. C'est pour cela que l'on paie nos impôts, qu'on crée de l'emploi. Enfin, il s'agit de mettre fin à l'asymétrie règlementaire, notamment en matière d'hygiène et de sécurité.

Autant l'UMIH avait-elle opté pour une offensive juridique afin de régler la problématique Booking, autant elle privilégie cette fois-ci le lobbying. Est-ce la bonne formule selon vous ?
Il en faut. Le lobbying est nécessaire pour faire prendre conscience du problème. Les organisations syndicales concernées sont toutes intervenues auprès des ministères et parlementaires pour leur faire comprendre les enjeux : des emplois en moins, de la précarité en plus. A l'occasion des débats relatifs au projet de loi République Numérique, un amendement nous concernant a été voté par l'Assemblée Nationale (l'hôte devra justifier à la plateforme de sa qualité de propriétaire ou de l'autorisation de son bailleur, ndlr). Un sur huit proposés. C'est un premier pas mais c'est encore trop peu. C'est pourquoi nous allons très probablement engager des actions pour montrer que ce qui se passe n’est pas acceptable car c’est au détriment de la réalité économique.

Quels types d’actions ?
Rien n'est encore arrêté. Toutefois, il ne s'agira pas de bloquer l'aéroport ou les autoroutes. Mais plutôt de faire constater par huissiers ou inspecteurs des impôts ce qui se passe réellement dans les appartements cannois lors des prochaines grandes manifestations professionnelles. Il faudra bien, à un moment donné, mettre le doigt là où ça fait mal car nous en avons assez d'être les seuls à payer des impôts.