« On en a assez ! » Voilà résumé d'un trait l'état d'esprit qui anime les représentants des entreprises portuaires havraises en ce début d'année. La formule, c'est à Jean-Louis Le Yondre, le patron des transitaires Havrais et vice-président de l'UMEP, qu'on la doit. Dénonçant plusieurs décennies d'inertie de la part des pouvoirs publics, les portuaires ont donc pris le parti de s'ingérer dans la campagne présidentielle à venir. Autant pour redynamiser les ports de l'Axe Seine (Le Havre, Rouen et Paris) que pour relancer une véritable politique maritime en France. Les faiblesses des ports français face à leurs concurrents européens sont connues. Elles tiennent autant au droit en vigueur qu'à la manière dont on aborde chez nous les rapports sociaux, souligne le président de l'UMEP Michel Segain qui prône « le rassemblement et la paix sociale ». L'UMEP qui rappelle que les mouvements sociaux de mai dernier en lien avec l'adoption de la Loi Travail ont causé des dégâts durables au Havre. Des dégâts financiers et « immatériels », insiste Michel Segain, « car l'incertitude n'a pas sa place dans la stratégie des entreprises ». Une référence aux détournements de cargaisons enregistrés au printemps dernier au plus fort des grèves.
L'UMEP réclame un ministre de la mer et des transports
Au premier rang des accusés, les gouvernements successifs qui n'ont pas pris la pleine mesure de l'importance de l'économie maritime en France : « il n'y a pas de politique maritime et portuaire en France. Il faut arrêter de tourner le dos à la mer ! », fustige le président de l'UMEP. L'organisation qui réclame du même coup « un véritable ministre de la mer et des transports », et pas un secrétaire d'État soumis à un autre ministère de tutelle. Les symboles ont leur importance. Au plan national, toujours, cette politique doit s'articuler autour des deux ports du Havre et de Marseille-Fos qui doivent devenir « les futures portes d'entrée de l'Europe ». Un choix qui devrait faire grincer quelques dents du côté des autres Grands Ports Maritimes Français (Dunkerque, Rouen, La Rochelle, Bordeaux et Nantes-Saint-Nazaire). Sur l'Axe Seine, l'autre préoccupation des portuaires Havrais, c'est la gouvernance d'Haropa (le GIE portuaire qui réunit les ports de Paris, Rouen et Le Havre). « Une seule autorité » est nécessaire, plaide Michel Segain. Avec une organisation sous forme de holding et une action concentrée « sur son rôle d'autorité et ses fonctions de service public ». Ce que promet pour les semaines et mes mois qui viennent un Michel Segain déterminé, c'est d'interpeller les candidats à l'élection présidentielle pour qu'ils viennent au Havre expliquer ce que sera leur politique maritime. Des portuaires qui seront plus qu'attentifs aux propositions des uns et des autres en la matière, assure Jean-Louis Le Yondre : « c'est nous qui faisons la richesse ; nous voterons pour qui nous défendra ! »