Il était forcément du voyage, sur toutes les lèvres, de toutes les conversations, de toutes les interventions. Le Brexit a alimenté la chronique des 17e rencontres internationales de l'UE35 qui avait choisi la place boursière de Londres pour son voyage annuel, qui a rassemblé le mois dernier 160 cadres, dirigeants et politiques bretons. « En organisant ce voyage, nous ne pensions pas que nous serions dans une telle actualité », reconnaît Philippe Jolivet, président de l'UE35.
« Business friendly »
Du Brexit, bien malin celui qui pourra en prédire les conséquences. À moins d'une boule de cristal... Il est urgent d'attendre l'article 50, qui ouvrira la porte de sortie de l'Union européenne, pas avant des semaines voire plusieurs mois. Rappelons que 48 % des Britanniques ont voté contre. Et à en croire la première ministre britannique Theresa May, son peuple ne veut pas un « hard Brexit », soit pas de sortie « dure ». À Londres, la délégation bretonne a pu s'en rendre compte avec son ministre du commerce extérieur Greg Hands qui a exhorté les Français à continuer à investir dans son pays, toujours « business friendly ». Le pragmatisme anglais est à l'oeuvre. « Nous quittons l'Union européenne, nous ne quittons pas l'Europe ! », a-t-il souligné. Business is business. Même son de cloche à la bourse de Londres (London Stock Exchange Group), dirigée par Serge Harry, un Français qui appelle les PME à se servir du levier boursier londonien pour lever des fonds.
« Aucun plan de sortie »
Dans les salons de la résidence de l'ambassadrice de France à Londres, Sylvie Bermann représentant 300 000 ressortissants français, le discours est plus prudent : « Il y a beaucoup d'incertitudes... Les Brexiters n'ont aucun plan de sortie. Pour le moment, l'économie britannique ne s'est pas effondrée en 2016 - la croissance passant tout de même de 3 à 1,7 % -, mais un ralentissement plus net est attendu en 2017 et l'inflation touchera les plus pauvres. » Le Brexit a aussi réveillé des relents de racisme, y compris à Londres, qui a pourtant largement voté contre. Des incertitudes confirmées par Gilles Leclerc, DG adjoint à la BPO, partenaire de l'UE35 avec sa filiale Pramex : « Les investisseurs sont attentistes et j'ai en mémoire une entreprise qui a reporté son investissement pour des questions de prix. »
Samsic et Legendre témoins
L'ambassadrice s'attend également à une négociation tendue avec l'Union européenne, mais les liens bilatéraux continueront à être forts selon Sylvie Bermann, à l'instar de la défense : « Jean-Yves Le Drian a sans doute la relation la plus étroite avec son homologue. » Les Français, et les Bretons en particulier, aussi font preuve de pragmatisme à Londres. Deux groupes rennais en témoignent : Samsic (80.000 salariés, CA : 1,6 Md?) et Legendre (1.500 salariés, CA : 470 M?). Le premier y travaille depuis 2004 ; le deuxième depuis deux ans avec « une volonté d'international » et l'envie de profiter d'une « économie en surchauffe », notamment dans l'immobilier (lire aussi ci-dessous). « Nous venons avec des savoir-faire, une ingénierie embarquée », indique Vincent Legendre. « On n'exporte pas quand on est Français en Angleterre, on travaille en Angleterre et on s'adapte ! », lance Christian Roulleau, qui réalise 50 millions d'euros de chiffre d'affaires sur ces terres britanniques qui lui offrent « la plus forte profitabilité ». Brexit ou pas, « Londres restera toujours Londres », pour le géant Samsic qui s'exporte actuellement au Qatar.
« Pas un marché pour débutant »
Attention, « ce n'est pas un marché pour débutant », prévient Patrick Manon, directeur de Business France UK. Et mieux vaut avoir des « produits de spécialité » (comme le cidre breton) ou un sérieux avantage concurrentiel. Quant aux boulangeries Paul - du groupe nordiste Holder - elles viennent de réinvestir 500.000 euros dans un outil de production à Londres qui alimente ses 36 boutiques (600 salariés). L'entreprise concurrente de Le Duff va poursuivre son business local, mais « comme tout coûte 30 % plus cher à importer de France, nous calculons tout ce que nous pouvons acheter et produire sur place », explique Suzanne Sauerland, directrice financière de Paul UK Ltd.