Ubérisation : S'adapter ou mourir ?

Ubérisation : S'adapter ou mourir ?

Hôtellerie, location de bateaux, transport... Les secteurs concurrencés par l'uberisation et l'économie collaborative sont de plus en plus nombreux et réagissent avec plus ou moins de virulence. Comment les entreprises locales peuvent-elles en profiter ou s'adapter ?

« Bordeaux est devenue le Far West ! Tous les jours, des chauffeurs VTC se font attaquer. Intimidation, blocage, insulte... Un noyau dur de taxis fait régner la terreur ». Pour Jean-Pierre Berteau, président de la Maison du Transport, la toute nouvelle association qui fédère les chauffeurs VTC (voiture de transport avec chauffeur), il est plus que temps que le Préfet et les syndicats de taxis imposent un retour au calme. Si Nadège Roy-Lagneau, présidente du SAAT33 (Syndicat autonome des artisans taxis de Bordeaux et de la Gironde) condamne également les agissements de « brebis galeuses » parmi les taxis, elle rappelle que son combat est mené contre la clandestinité d'une part et l'uberisation d'autre part. « Qui va financer notre modèle social quand les professionnels qui paient des charges auront disparu ? »

Complémentarité ?
Si tous les nouveaux services qui émergent grâce au numérique ne vont pas aussi loin que Uber, ils imposent de nouvelles règles à des acteurs historiques de nombreux marchés. Ainsi les hôteliers, qui affrontent la concurrence des logements privés que les Bordelais peuvent proposer à la location via des plateformes comme AirBnB. 88.000 voyageurs ont séjourné à Bordeaux via ce site web l'année dernière, pour 3,2 nuits en moyenne. « L'un n'exclut pas l'autre, déclare Nicolas Martin, Dg de l'Office de Tourisme et de congrès de Bordeaux Métropole. Notre ambition est de développer le tourisme et d'utiliser les différents canaux ». Un discours que reprend à son compte Samuel Roumeau, responsable Ouishare Bordeaux, groupe de réflexion dédié à l'émergence de la société collaborative : « Il existe une complémentarité entre start-up et acteurs existants. Les consommateurs qui privilégient les nouveaux modèles veulent vivre une autre expérience. Avec AirBnB, par exemple, ils souhaitent vivre des rencontres avec des habitants ».

Concurrence ?
Une complémentarité qui n'est pas du goût de tous. A Arcachon, le règlement du Port de plaisance a été amendé afin d'interdire la location de bateaux entre particuliers. Un moyen d'évincer la start-up bordelaise Samboat, qui propose justement ce genre de service. « Les loueurs de bateaux ne tolèrent pas que des particuliers puissent louer leur bateau pour amortir leurs frais », estime Laurent Calendo, cofondateur de Samboat. A la direction du port comme au Département, qui en assure la tutelle, on refuse de parler d'un règlement anti-Samboat. « Le débat est plus compliqué qu'il n'y parait car nous sommes situés sur le domaine public qui est imprescriptible et inaliénable, explique Frédéric Perrière, DG adjoint du Département en charge des services techniques. Le port ne loue pas une place mais un droit d'occupation donné intuitu personae. Et on ne peut céder ce droit ». Mais peut-on considérer que les usagers de Samboat "sous-louent" leur emplacement, ou simplement leur bateau ? La question devra forcément être tranchée tôt au tard par la justice.

En attendant, le Département entend faire appliquer son règlement avec zèle et exclure les particuliers qui loueraient leur bateau. Mais comment établir qu'un plaisancier a payé pour utiliser un voilier ou un moteur ? C'est l'une des difficultés majeures que fait apparaître la nouvelle économie : comment en contrôler les abus ? Si l'Office de tourisme de Bordeaux ne voit pas d'un mauvais oeil le développement de l'offre proposée par AirBnB, il souhaite que la légalité soit respectée. « Les propriétaires doivent déclarer leur logement et payer la taxe de séjour, déclare Nicolas Martin. A Paris, AirBnB collecte la taxe et la reverse. Les choses ne sont pas si simples ailleurs. Quelques métropoles dont Bordeaux veulent aller plus vite mais nous ne sommes pas entendus par AirBnB pour l'instant ». Face à ces représentants de la nouvelle économie, quelle stratégie adopter ? Trois mots clés : proximité, qualité et adaptation. « Notre professionnalisme et le niveau de nos prestations et de notre accueil prévalent en toutes circonstances », estime Thierry Gaillac, vice-président de l'Umih 33. « Les consommateurs restent très sensibles à l'offre de service de proximité », ajoute Sébastien Chenot, directeur adjoint du service développement économique de la CMA Gironde. Mais encore faut-il faire connaître cette offre. D'ou la nécessité de s'adapter aux nouveaux modes de consommation.

Gagner en visibilité
Samuel Roumeau a constaté que « les grands groupes se mettent à la page plus rapidement que les indépendants. Leroy Merlin ouvre ainsi avec TechShop des espaces de bricolage collaboratifs destinés à ses clients. Les artisans, eux, ne disposent pas d'une telle culture de l'innovation ». Il leur faut donc trouver de l'aide, par exemple à la Chambre de métiers et de l'artisanat (CMA). « Les artisans doivent apprivoiser et exploiter les nouveaux outils, explique Sébastien Chenot. Nous leur apportons information et formation pour qu'ils répondent aux besoins de consommation actuels. Et nous les incitons à se regrouper pour gagner en visibilité et en moyens ». C'est ainsi qu'est né le site web artisansadomicile.net. Une première initiative louable, même si le résultat est loin d'atteindre les standards auxquels les consommateurs sont désormais habitués.