Trois fois Charlie...

Trois fois Charlie...

J'ai toujours été Charlie. J'ai d'abord été Charlie, ce petit homme dégingandé, triste et tendre, souvent drôle et parfois tragique, doté d'une canne et d'un chapeau melon, et dont la moustache fut usurpée par Hitler. Pour répondre à cette injure, il brandit alors la meilleure des armes, la satire et la dérision, en dénonçant dans un film comique le danger du régime nazi, avant même l'entrée en guerre des Etats-Unis. Un film contre lequel la diplomatie allemande a tout mis en oeuvre. En vain. Charlie-Charlot a tenu bon et son oeuvre nous rappelle que lorsque les dictateurs entament un ballet avec le Monde, même sur une musique de Wagner, celui-ci finit toujours par leur exploser à la figure. J'ai aussi été Charlie, ce grand homme noir, un saxophone collé aux lèvres, qui en créant le be-bop a prôné l'indépendance des solistes contre l'uniformité anonyme des grands orchestres de swing. Une musique différente qui revendique une plus grande liberté d'expression. Ce Charlie " oiseau " Parker nous rappelle à longueur de solo qu'il ne faut jamais se contenter du point de vue des " standards ", et faire entendre sa voix. Ne jamais baisser les bras. Je suis enfin Charlie, ces journalistes, ces dessinateurs qui à la pointe de leurs crayons ont choisi de toujours repousser la barbarie et l'intolérance.

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