Séparée de sa maison mère américaine Eichrom qui souhaitait se recentrer, la société bretonne Triskem International vole désormais de ses propres ailes. À ses commandes, deux femmes, Michaela Langer (présidente) et Céline Vignaud (directrice administrative et financière), associées à Stéphane Happel (directeur R & D), ont racheté en novembre dernier l'activité de négoce et le transfert de technologie, soit un million de dollars par crédit vendeur sur sept ans. « Nous sommes autonomes et entretenons maintenant une relation de client à fournisseur », confie le dynamique duo, fort de 657.000 euros de capitaux propres.
Un consommable stratégique vendu au gramme Par an, Triskem écoule à peine 100 kilos de son produit phare, vendu au gramme à prix d'or, tel un caviar. Il s'agit de poudres de réactifs chimiques - appelées aussi résines -, utilisées pour mesurer des éléments radioactifs dans un échantillon donné : de la terre, un prélèvement humain... « Nous intervenons dans la surveillance de l'homme et de son environnement. » Avantage concurrentiel de Triskem : les résultats de ses analyses s'obtiennent en 24 heures, « grâce à l'efficacité de nos filtres », quand il faut généralement deux semaines à ses confrères. Ce consommable, placé dans de petits tubes portatifs, est vendu aux géants du nucléaire Areva, EDF, mais aussi à l'Ifremer, à la DASS, à l'armée... On imagine les enjeux liés à cette surveillance sensible autour des centrales nucléaires, de l'eau du robinet notamment utilisée dans les process agroalimentaires, de la nourriture contrôlée ces temps-ci en provenance du Japon... Les concurrents de Triskem sont russes et américains. « Nous sommes uniques en Europe et souhaitons le rester ! » Le marché européen étant mature, même si on entre dans l'ère du démantèlement nucléaire, Triskem vise le monde : « Nous sommes en train de développer les marchés russe et chinois, mais aussi l'Afrique. » Pour l'instant trop onéreuse pour les pays en développement, sa technologie peut toujours s'adapter pour cibler d'autres polluants par exemple.
Regroupement européen à Rennes
Grâce à son futur siège-labo, Triskem fait « le choix d'être plus proactif » dans sa recherche et innovation. Ce site de 650 m² dont 85 m² pour la R & D, qui sera livré en novembre 2015 sur la ZAC de l'Eperon à Bruz, représente un investissement de deux millions d'euros (en crédit-bail) dont 1,4 million pour le seul bâtiment et la différence en équipements et machines, avec le soutien de Bpifrance et des collectivités. Il pourra potentiellement doubler et permettra déjà de regrouper des services aujourd'hui éclatés et étriqués : « Notre R & D est hébergée à l'université de Marbourg en Allemagne, le contrôle qualité en Hongrie... », explique Michaela Langer, qui travaille aussi avec l'école de chimie de Rennes où 500.000 euros avaient été investis en machines en 2007.
Cap sur 3,5 M€ à trois ans
Ces projets se traduisent par des embauches : cinq ETP prévus sur un effectif de dix personnes à septembre dernier. « Nous avons recruté un responsable du développement commercial et recrutons un chimiste organicien et des techniciens de laboratoire : des profils de culture internationale. » Son chiffre d'affaires d'1,85 million en 2013, a dépassé les deux millions en 2014 et doit atteindre 3,5 millions sous trois ans.
Géry Bertrande
L'enjeu En investissant deux millions d'euros dans son propre siège rennais, la société Triskem veut garder la maîtrise de ses process sensibles, liés au nucléaire.