Haute-Garonne
Transmission d'entreprise : Trois témoignages en Haute-Garonne
Témoignage Haute-Garonne # Reprise

Transmission d'entreprise : Trois témoignages en Haute-Garonne

La transmission d'entreprise est protéiforme : succession familiale, MBO, cession à un acheteur externe, à des associés... Ardéa, Groupe Rouzès et Toulouse Santé ont trois profils différents de reprise. Parole à ces cédants et repreneurs installés en Haute-Garonne.

Aréa : Reprise familiale « Mon père avait tout préparé »

Aréa a été fondé en 1987 par Michel Boudou qui créait, concevait et produisait du mobilier urbain. Il est décédé en 2009. Les enfants de Michel Boudou, Laure (39 ans) et Gilles (42 ans) se sont retrouvés à la tête de l'entreprise. Ils étaient déjà salariés d'Aréa depuis plus de huit ans mais le choc a été terrible : « Personnellement bien sûr, mais aussi pour l'ensemble de l'entreprise car mon père tirait toutes les ficelles. Il jouait un rôle de patriarche et était un passionné du métier, évoque Gilles Boudou. Quand on a dû prendre sa place, on n'a eu qu'une seule idée en tête : assurer le succès du catalogue qu'il avait commencé à ébaucher ».

Ni l'un ni l'autre n'avaient une expérience de manager. « On a appris au fur et à mesure, et on a été aidé par ceux qui entouraient mon père depuis ses débuts. » Laure est restée sur la partie création et fabrication, et Gilles sur la partie commerciale. Leur mère, qui a toujours fait partie de l'entreprise, les a aussi aidés pour la reprise. Entre 1987 et aujourd'hui, l'activité d'Aréa reste inchangée mais s'est largement développée : un effectif de 100 personnes, deux unités de fabrication à Flourens et à Muret et un chiffre d'affaires de 7 millions d'euros cette année qui devrait passer à 12 millions en 2020. La relève se passe bien et Gilles associe ce succès à la force d'anticipation de son père : « Il avait tout prévu, et ça nous a sauvés ». Sans en parler dans le détail à ses enfants, Michel Boudou avait déjà échangé avec son commissaire aux comptes et son expert-comptable. Tous les dossiers étaient prêts à être repris : pas de crédits à découvrir, pas de propriété de terrain à payer... Le conseil de son fils : « Faire comme mon père, préparer la transmission, en imaginant le pire. »

Groupe Rouzès : MBO « Je préfère passer le relais avant d'être en overdose »

Âgé de 58 ans, Jean-Paul Rouzès, fondateur du groupe éponyme qui conçoit et installe des cloisons amovibles (220 personnes, chiffre d'affaires de 40 millions d'euros en 2015) a décidé de passer le relais. « Je préfère le faire en pleine santé, avant d'être en overdose. » Il vient de transmettre son capital à quatre cadres dirigeants de la société : deux de ses fils, Jérôme (dg de Rouzès SAS) et Pierre-Jean (responsable du bureau d'étude pour l'ensemble du groupe), et deux dirigeants de filiales : Dominique Delestaing à Bordeaux (Rouzes Océan) et Yazid Foughali à Saint-Etienne (Rouzes Rhônes-Alpes). À eux quatre, ils détiennent désormais 90 % du capital. Le fonds d'investissement Multicroissance participe à hauteur de 10 %. Jean-Paul Rouzès continue d'exercer au titre de président : « Lâcher son bébé, c'est difficile. Je prends le temps de transmettre , même si je suis certain des capacités de mes successeurs». Leur complémentarité et leur bonne entente le rassurent.

Toulouse Santé : Reprise externe « On a eu des surprises »

Didier Eschangeon est revenu de Chine où il était cadre dirigeant chez Air Liquide, pour racheter une entreprise à Toulouse et se rapprocher de sa famille. Il a acquis la société Toulouse Santé en juillet 2015, une activité de vente de matériel médical orientée orthopédique. Ses produits sont vendus dans son magasin allées Charles de Fitte et aux patients des hôpitaux et cliniques toulousains. Lui et son épouse sont les nouveaux cogérants de cette société en activité depuis 20 ans, vendue pour cause de départ à la retraite.

Pour démarrer, les nouveaux propriétaires ont financé 20 % du montant de l'investissement (390 K? au total). « C'était peu risqué financièrement, mais cela ne veut pas dire que tout a été facile, on a eu des surprises ! » Financièrement, c'est la banque qui les a accompagnés mais ils ont aussi bénéficié des prêts à taux zéro de Réseau Entreprendre et Initiative Haute-Garonne (deux fois 30.000 ?). « Je ne savais pas que le besoin de trésorerie allait être aussi problématique et cela m'a beaucoup aidé », évoque le chef d'entreprise. Un an après la reprise, le bilan est bon avec une hausse de 12 % du chiffre d'affaires, qui est aujourd'hui de 650.000 ? et un maintien de l'emploi (3 salariés). Didier Eschangeon vise la même croissance en 2016 et espère embaucher pour se décharger : « Quand on devient dirigeant, il faut être polyvalent. C'est beaucoup de travail. »

Haute-Garonne # Reprise