Les structures grenobloises de valorisation de la recherche ont jusqu'au 15janvier pour proposer un projet de création de Sociétés d'accélération du transfert de technologies (SATT) à l'Agence nationale de la recherche (ANR). Mais pour l'heure, deux projets s'opposent... Avec le risque de passer à côté d'une enveloppe de 100M€ pour le transfert de technologie à Grenoble! En effet, dans le cadre du programme Investissements d'avenir du grand emprunt national, un milliard est dédié au Fonds national de valorisation, dont 900M€ pour la création d'une dizaine de Sociétés d'accélération du transfert de technologies (SATT)», explique l'ANR. Le but est notamment de mettre fin au morcellement des structures de valorisation sur les territoires. Elles devront se substituer aux dispositifs coexistant sur un même site pour constituer des guichets uniques. Cet appel d'offres n'est pas du goût de tous les acteurs de la valorisation tant celle-ci est devenue, depuis peu, un business à part entière qui rapporte. Le problème est aussi qu'à Grenoble, le transfert de technologie est déjà structuré avec des outils mutualisés comme Gravit et l'incubateur Grain. Grenoble a aussi la particularité d'accueillir un champion en la matière, le CEA. «Le transfert est dans les gênes du CEA de Grenoble, explique Patrick Pierre, fondateur d'Avenium consulting. ST et Soitec en sont issues!» «Le CEA a toujours eu comme politique de travailler avec les autres structures de recherche et de valorisation, explique Jean-Charles Guibert, directeur de la valorisation du CEA et directeur de Minatec. Mais le CEA ne veut pas devenir actionnaire d'une SATT. On veut garder la maîtrise de la gestion de la propriété intellectuelle et des contrats. On propose un statut de partenaire au niveau national.» Au CEA, une centaine de personnes se chargent de la valorisation, dont 70sur Grenoble. Études de veille, ingénierie brevets, marketing, droit d'affaires... Toutes ces compétences sont en interne, même si l'établissement a également deux filiales: CEA Investissement et Avenium consulting. «En bref, l'appel d'offres dit: ?le public ne sait pas valoriser, on fait tout faire au privé!?, s'insurge Jean-Charles Guibert. On risque surtout d'éloigner encore plus les chercheurs de la valorisation. Mais à Grenoble, notre stratégie n'empêche pas qu'on fasse tout pour que les deux projets s'unissent.» De même, l'Inria propose d'être partenaire de la SATT. «C'est vrai qu'aujourd'hui, le transfert de technologie est une vraie jungle, admet Philippe Broun, directeur du transfert de technologie à l'Inria Rhône-Alpes. Notre position nationale est d'être partenaire des SATT et non actionnaire. On pourra avoir recours à la SATT pour porter des projets de transfert spécifiques. On ne peut pas tout fusionner.Et l'Inria veut conserver la gestion des contrats.» Au niveau strictement local, l'université Joseph-Fourier (UJF) et Grenoble INP s'affrontent sur l'appel à projet avec, en arrière plan, une opposition privé/public. L'UJF porte un projet de réponse intitulé Grenoble Alpes, soutenu par le Pôle de recherche et d'enseignement supérieur (PRES) qui regroupe également l'Université Pierre-Mendès-France, Stendhal et l'Université de Savoie. Ce projet est aussi forcément celui de Floralis, la filiale privée de transfert de technologie de l'UJF. En croissance régulière, celle-ci a reçu pour la 2e année consécutive le prix Fast Technology 500de Deloitte. Floralis défend un modèle ?privé ?. «La valorisation n'est pas une activité administrative, commente Éric Larrey, le directeur. Elle est forcément économique. Aujourd'hui, on transfère une technologie aboutie. On peut même aller jusqu'à transférer une activité industrielle en soi.» En face, le projet Grenoble innovation partenariale (GRIP), porté par Grenoble INP et soutenu par le CEA et l'INRIA, voudrait, en résumé, que rien ne change. À Grenoble INP, la valorisation est gérée en partie par l'établissement public (gestion des brevets, propriété intellectuelle) et en partie par sa filiale privée INPG Entreprise. «L'objectif est d'être rentable, de rapporter de l'argent à GrenobleINP», assure Henri-Marc Michaud, le P-dg. À chacun ainsi de garder sa stratégie en matière de transfert de technologie. À chacun d'en tirer des ressources pour leurs budgets respectifs. À chacun d'utiliser les outils mutualisés existants. Ils défendent le projet d'une SATT a minima dont l'objet serait de gérer l'argent du fonds et de partager les bonnes pratiques. «Je ne pense pas que Gravit soit menacée de disparition, assure Jeanne Jordanov, sa présidente. Je comprends la démarche de l'appel d'offres, car là où il n'existe rien, il faut bien organiser la valorisation. Mais la situation de Grenoble est exceptionnelle.»
L'État a réservé une enveloppe d'un milliard d'euros pour créer une dizaine de Sociétés d'accélération du transfert de technologies (SATT) en France. Faute de proposer un projet commun, les structures de valorisation grenobloises risquent de passer à côté!