Lorient
Thonier Biche : Un pan du patrimoine économique restauré
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Thonier Biche : Un pan du patrimoine économique restauré

Vestige totalement restauré d'une époque où la pêche et les îles dictaient leurs lois à l'économie bretonne, le thonier Biche s'inscrit aujourd'hui dans le développement d'un tourisme du troisième type. Des entreprises emblématiques du Morbihan ont participé à sa remise à flots.

Le thonier Biche sera-t-il le bateau de l'année ? Après le 15 février, on saura en tout cas s'il s'est imposé dans la catégorie reine, la restauration pour plus de 12 mètres, des "Awards 2013" de la prestigieuse revue "Classic Boat". C'est à un véritable voyage dans le temps qu'invite l'aventure du thonier "Dundée" Biche. Survivant d'une époque où la pêche constituait encore le moteur d'une économie puissante à Groix, avec 100 bateaux de travail dans le port. « Jusqu'en 1950, il y avait 6.000 habitants et six conserveries sur l'île », rappelle Marc Maussion, ancien président de l'association Les amis du Biche. « À l'époque, les bateaux étaient vite amortis, le bois et la main-d'oeuvre ne coûtaient pas cher, moins cher en tout cas que tout l'armement. » L'actuel président, William Vogel, complète : « Pour se payer un bateau, les pêcheurs se mettaient à cinq ou six, à travers des financements croisés. Les thoniers étaient construits très vite, en quatre mois. Les éléments de charpente n'étaient pas très soignés, le bateau ne tenait en général pas dix ans. Mais c'était avant tout des outils de travail, un navire qui pêchait bien était payé en trois ans. C'était des métiers durs mais qui pouvaient permettre de très bien gagner sa vie. »




Budget






? 1,65million d'euros

Certains adhérents de l'association des amis du Biche gagnent, eux aussi, très bien leur vie. Mais il aura en revanche largement fallu plus de trois ans aux 450 adhérents pour accomplir l'odyssée du Biche. L'association s'est créée en 2003 et c'est l'année suivante que démarraient les premiers travaux de consolidation avant le rapatriement depuis le port musée de Douarnenez. C'est le Chantier du Guip de l'île aux Moines qui s'est chargé de la reconstruction du bateau, créant pour l'occasion une base à Lorient en plus de son implantation brestoise. La restauration aura nécessité un budget d'1,65million d'euros. Les mécènes auront joué ici un rôle majeur. « 60 % de leurs dons viennent en déduction de l'impôt sur les sociétés », remarque William Vogel. La Banque Populaire, la Fondation du Patrimoine ou la Saur figurent parmi les gros contributeurs, à hauteur de 100.000euros chacun. Mais le projet compte aussi une foule de soutiens plus ou moins importants, provenant de structures aux tailles variables, de DCNS à Auray Pneus en passant par Ouest Imprimerie. « L'investissement est quasi bouclé, il ne manque que 100.000euros », constate en tout cas William Vogel.




Location aux entreprises

Pourtant, cet imposant navire de 21 mètres de long sur 6,30 mètres de large supporte aussi des coûts annuels importants : plus de 100.000euros d'assurance, 20.000euros de coûts fixes d'entretien, près de 7.000euros la place de port. Sans parler du gazole puisque le moteur du Biche consomme la bagatelle de 14 litres par heure. « Maintenant, nous entrons en phase d'exploitation », poursuit William Vogel. « Et ça, on en fait notre affaire. » Le prochain budget avoisinera les 130.000 euros. Outre le mécénat, plusieurs types de rentrées financières ont été identifiés. D'abord la location du bateau à des entreprises, à quai ou en mer, pour des séminaires, qui doit représenter 45 % de l'équilibre d'exploitation. L'an dernier, Eveno Fermeture de Ploemeur a pu expérimenter la formule. Le Biche sera bientôt équipé d'outils audiovisuels comme un écran fixe. La vente d'une trentaine de produits dérivés, de la bouteille de vin au tee-shirt en passant par la boîte de pâté Hénaff labelisée Biche, pèsera 15 %. L'accès aux particuliers doit, lui, occuper 25 % des équilibres financiers. Reste entier le problème de l'assimilation à du travail clandestin pour la participation des passagers aux manoeuvres. L'inspection du travail maritime n'hésite pas à porte plainte.




Éclaireur pour la Scapêche ?







Cet axe particuliers ira pourtant de pair avec les campagnes de pêche au thon (15 % du budget), trois à quatre fois par an, comme celles qui ont débuté l'été dernier. « Le Biche devra partir en campagne pour conserver la mémoire des techniques de pêche », souligne William Vogel. « On réfléchit aussi à comment lui faire retrouver un rôle économique au sein de la pêche contemporaine. » Certains rêvent déjà que le navire fasse office d'éclaireur et repère les bancs de thons pour la flotte de la Scapêche d'Intermarché. Qui vient d'ailleurs de monter à bord en tant que partenaire financier. « Mais c'est compliqué car il y a des normes bien précises concernant les bateaux de pêche », remarque William Vogel. « Sans parler du respect des quotas... » Car si la campagne de son retour à la pêche lui a permis de "prélever" jusqu'à 300 kilos de thons germons, l'association n'a pas pour autant le droit de vendre les poissons qu'elle capture. À moins d'un statut dérogatoire encore incertain. Mais l'objectif n'est pas d'enflammer le port de pêche en s'attirant les foudres des pêcheurs. Bien plutôt de capitaliser sur le lustre de ce navire témoin d'une ère économique révolue. Pour développer des croisières d'un autre genre. Les travaux d'aménagement doivent d'ailleurs être terminés à la mi-mars2013 pour que le bateau puisse participer au Spie Ouest-France.

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