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TGV Est-européen : Cinq ans après, quel bilan?
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TGV Est-européen : Cinq ans après, quel bilan?

Le désir et l'attente, durant vingt ans, avaient fait naître de grands espoirs. Le désenclavement par le TGV devait propulser la région sur le devant de la scène et signifier son essor économique. Cinq ans après, que reste-t-il des prévisions euphoriques ? Un impact positif, bien que peu chiffrable, mais aussi quelques déceptions ou inquiétudes.

Strasbourg et l'Alsace ne sont plus au bout de la France. Les acteurs économiques s'accordent sur cette nouvelle perception, notamment des Franciliens. L'arrivée du TGV a placé la région au seuil ou au coeur de l'Europe. C'est selon. Jean-Louis Hoerlé, président de la CCI de Région Alsace l'a rappelé le 29février dernier à Toulouse, invité à s'exprimer sur les effets du TGV Est. «Strasbourg est rentrée dans cette classe des grandes villes du TGV. Mulhouse bénéficiera davantage de l'interconnexion TGV pour accéder à Paris», analyse-t-il. «Le TGV véhicule une image de modernité surtout lorsqu'il y a un TGV-Tramway», affirme Marie Delaplace (voir interview ci-dessous). «Il a dynamisé l'image de l'Alsace», estime Bruno Russo, président de l'UIMM du Bas-Rhin.




Une mobilité plus fluide

La mobilité est un des «tops» du TGV cité spontanément par les dirigeants. Olivier Klotz, président du Medef Alsace, l'énonce en premier: «Pour les entreprises qui ont des bureaux, sièges ou filiales à Paris et réciproquement à Strasbourg, le TGV a fluidifié les relations. De plus, le TGV est un lieu de rencontres et de travail». En tant que dirigeant de l'entreprise Fels, à Illkirch, Bruno Russo est content de ne plus avoir à parcourir 4h30 de trajet en train pour se rendre dans sa filiale parisienne. Les PME aussi soulignent ce bénéfice. Philippe Llerena, président de la CGPME 67 et P-dg du groupe ECF n'hésite plus à réunir en Alsace ses équipes parisiennes ou lilloises.




De nouvelles entreprises?

Il est toutefois difficile «d'isoler les effets directement liés au TGV de l'impact d'autres facteurs en l'absence d'observatoire et faute d'un état "zéro" avant la mise en service du TGV», prévient Jean-Louis Hoerlé. «Souvenez-vous de l'époque où l'on voyait partir des directions à Metz ou Nancy...», rappelle tout de même Vincent Froehlicher, directeur de l'Adira. «Sans indicateurs de mesures, il est difficile d'établir un lien de causalité avec les implantations que l'on a eues récemment», confirme Monique Jung, directrice-adjointe de l'Adira. L'analyse se fonde alors sur l'observation du terrain et sur les témoignages. En commençant par ce rappel: «Pour les entreprises, c'est désormais naturel qu'il soit là, c'est un prérequis. On a observé des investissements et des consolidations capitalisées sur le TGV, notamment dans des groupes internationaux», estime Monique Jung. Les TPE et PME ont pu «élargir leur zone de chalandise», relève de son côté Philippe Llerena.




Une offre immobilière nouvelle

Le TGV-Est a déclenché une dynamique d'offre immobilière tertiaire dans les villes qu'il dessert. «De nombreux projets de bureaux sont apparus entre2005 et2007, observe Yves Noblet, directeur régional de BNP Paribas Real Estate. «En volume, ils ont été multipliés par 7, contre 2 sur l'ensemble des grandes villes comparables». Des quartiers d'affaires se développent, souvent à proximité de la gare. «À Strasbourg, après le développement ces dix dernières années de l'Espace Européen de l'Entreprise (à Schiltigheim), la première phase du Quartier d'affaires international Wacken-Europe représentera 100.000m². À Mulhouse, la ZAC de la Gare est clairement le prochain axe de développement de la ville», explique-t-il. «Au parc des Collines aussi se développent des programmes neufs. Globalement, cette offre future répondra à des projets d'implantation d'entreprises extérieures mais aussi au marché endogène», analyse Yves Noblet.




Un boom dans le tourisme

La fréquentation touristique a, pour sa part, encore été exceptionnelle en 2011: 11millions de visiteurs, 6,3millions de nuitées. «Mais en l'absence d'études spécifiques, rien ne nous permet de dire que c'est uniquement grâce au TGV», répond Philippe Choukroun, le directeur du Comité Régional du Tourisme. Le marché du tourisme d'affaires a lui aussi été dynamisé: +30% de manifestations congrès et salons. «Finalement, la crédibilité de l'Alsace sur ce terrain s'est améliorée grâce à son accessibilité. C'est un argument de poids, insiste-t-il. À partir de 2016-2017 naîtra un équipement compétitif et il faut maintenant anticiper en communiquant. C'est un travail de longue haleine».




Les zones d'ombre

Avec l'arrivée du TGV Est, la fréquentation a chuté de 40% à l'aéroport Strasbourg Entzheim, soit une perte d'environ 1million de passagers. Les scénarios les plus optimistes lui prédisaient un avenir d'annexe des plateformes de Bâle ou Karlsruhe. Depuis 2011 l'aéroport est sous statut de société aéroportuaire, portée par des capitaux de l'État et des collectivités. «Nous vivons une phase nouvelle», affirme Thomas Dubus, le directeur de l'aéroport engagé dans une nouvelle dynamique commerciale. «Le trafic a progressé de 2% en 2011 avec une croissance de 5% sur les lignes régulières et de 11% sur les lignes européennes» rappelle-t-il.




À deux vitesses

Pour la Fédération nationale des associations des usagers des transports (1) «le TGV peut avoir un rôle de ?désaménagement du territoire? en favorisant les métropoles». Elle pointe la suppression d'arrêts dans les villes moyennes, «vérifiée en particulier en 2007 lors de l'ouverture de la LGV Est». Le Commissariat général du développement durable (2) relève un gain de temps moindre pour Mulhouse et sa région et «le passage par Strasbourg causant un détour important par rapport à la ligne Corail Paris-Troyes-Mulhouse».




Risque d'érosion?

Pour l'Insee Lorraine, qui a publié en mars2009 une évaluation de l'impact de la LGV sur le tourisme, la ligne nouvelle a eu des impacts différenciés sur la fréquentation touristique des zones concernées. Les effets ont été particulièrement importants sur Strasbourg et Metz, mais limités dans le temps. Seule l'agglomération strasbourgeoise résiste à l'érosion. L'Observatoire régional du tourisme note aussi cette évolution des taux d'occupation de l'hôtellerie: +2,1 points en 2008, +0,6 en 2009, -0,8 en 2010 et +1,1 en 2011.




Des cadres à séduire

«Le vivier des candidats mobiles pour la région Est se situe en Ile-de-France et à l'Ouest», observe Mathieu Moisan, directeur de Michael Page Grand Est. Est-ce dû au TGV? «Rien ne permet de le dire, en l'absence d'études sur cette question précise», répond-il. L'étude publiée par l'APEC en mars dernier sur l'attractivité des régions françaises pour les jeunes cadres et jeunes diplômés, place l'Alsace au neuvième rang sur les dix territoires reconnus pour leur qualité de vie et leur dynamisme économique.


(1) Étude publiée le 29avril 2011 avec la Datar. (2) Dans son étude publiée le 11décembre 2011

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