Il faut seulement une poignée de secondes pour qu'un bloom de six tonnes soit transformé en un rail de plus de 100 mètres de long : sur le laminoir, le bout d'acier porté à plus de 1.200ºC ressemble à un spaghetti rougeoyant, façonné par quatre galets pilotés par un opérateur. « Au final, le rail ne reste pas plus de quelques minutes sur le laminoir », précise David Petitjean, le directeur de l'usine Tata Steel d'Hayange. « Une fois que le bloom est chaud, on ne peut plus reculer, il n'y a plus le droit à l'erreur : il faut en faire un rail ». Installé aux commandes du site hayangeois depuis le 26 octobre, David Petitjean refuse de concéder une quelconque fierté à diriger une usine qui fait office de locomotive dans la vallée de la Fensch. « Évidemment, je suis content que le groupe Tata Steel investisse à Hayange. Mais je suis surtout satisfait de porter des produits nouveaux, qui renforcent nos positions dans le secteur ferroviaire. » En quatre ans, l'industriel indien aura injecté pas moins de 50 M€ dans son site mosellan. Premier objectif, pour 35 M€, réalisé en 2011 : produire des rails de 108 mètres de long. « Cette évolution vers la grande longueur est logique », analyse David Petitjean. « Un rail plus long, c'est moins de soudure entre deux rails, c'est plus de rapidité pour poser une voie. »
Choc thermique pour résistance améliorée
Le prochain défi de Tata Steel va prendre la forme d'un bâtiment de 260 m de long, pour 8.000 m², qui abritera un atelier de traitement thermique. « Une fois les rails sortis du laminoir, donc froids, nous allons pouvoir les réchauffer à 900ºC par induction électrique. Très chaud, le rail deviendra très homogène. Ensuite, le refroidissement se fera rapidement, par air comprimé », détaille David Petitjean. Jusque-là réservé aux rails de 36 mètres, ce traitement doit permettre aux rails de mieux résister à l'usure : un critère important pour les clients de Tata Steel qui utilise les rails de 108 mètres pour des lignes à haute vitesse. Destinés à l'Europe, puisqu'intransportables par bateaux, les rails de 108 mètres ont déjà trouvé leurs marchés. Eiffage Rail Express en a déjà commandé pour 50.000 tonnes, destinées à construire la future ligne LGV Bretagne-Pays de la Loire. Le site d'Hayange compte aussi des pays d'Europe du Nord dans son portefeuille clients. Mais ces succès commerciaux ne font pas perdre la tête à David Petitjean : « Nous avons des commandes jusqu'en 2016, mais je n'ai pas le carnet que je voudrais avoir ». Si l'investissement a été réalisé au bon moment, le directeur concède tout de même ne pas être « chargé à fond ». La situation financière de l'Europe du Sud est en effet préjudiciable au développement de lignes à grande vitesse. Alors pour garder une longueur d'avance, David Petitjean ne connaît qu'une seule recette : « Écouter le client. Notre service R & D travaille sans cesse sur de nouvelles solutions pour décrocher de nouveaux marchés ». Car avec une gamme de 80 profils de rails, Tata Steel ne couvre pas l'ensemble des demandes. Un exemple : « Nous cherchons actuellement des solutions pour faire diminuer le crissement des roues des trams sur les rails. Le fait de circuler en milieu urbain impose souvent des rayons de courbure très courts qui génère des frottements importants ». D'un tram tournant à 5 km/h à un TGV lancé à 320 km/h, David Petitjean veut toujours pouvoir répondre « c'est possible ».
Tata Steel France Rail SA
(Hayange) Effectifs : 430 personnes CA : 250 M€