Stéphan Brousse : Un homme libre

Stéphan Brousse : Un homme libre

Alors qu'il quitte la présidence de l'Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône le mois prochain et qu'il brigue celle du Medef Paca, rencontre avec le P-dg de la société marseillaise Brousse Vergez, par ailleurs conseiller spécial TPE-PME auprès de Laurence Parisot. Stéphan Brousse, «un homme libre». Par Alexandre Léoty

«Tenez, regardez ce qu'elle m'a répondu: ?Fonce!?. Elle est comme ça, Laurence, et c'est ça qui est super chez elle!». Installé dans la salle de réunion de son entreprise Brousse Vergez, spécialisée dans le négoce de fruits frais, secs et de conserves de fruits, Stéphan Brousse brandit son téléphone mobile. Il vient à l'instant de recevoir un SMS de Laurence Parisot, présidente du Medef national. «Je souhaitais prendre position publiquement sur un sujet d'actualité, et elle m'a répondu dans la seconde: ?Fonce!?», sourit-il. En cinq ans de mandat à la tête de l'Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône (UPE 13), Stéphan Brousse s'est affirmé comme une figure incontournable du monde économique local. Un homme de conviction, engagé au quotidien dans l'action. Sur tous les fronts.




L'école de l'engagement

Son sens de l'engagement, ce Marseillais de 57 ans dit le puiser dans son enfance. «Deuxième d'une famille de huit enfants, j'ai appris très tôt ce que signifiait vivre en collectivité, explique-t-il avec humour. Mon premier clan, c'est ma famille. Ca vous forge un mental, ça vous donne de la force. Des points d'appuis très importants pour traverser les épreuves. Très tôt, je me suis engagé. Déjà, chez les Jésuites, au Collège de Provence, j'étais chef de classe. J'avais compris que représenter les autres pouvait avoir du bon». Après ses études à l'École supérieure de commerce de Marseille, au cours desquelles il a rencontré celle qui est devenue sa femme, Stéphan Brousse a travaillé deux ans à Paris, dans une filiale de la société familiale, spécialisée dans l'importation de fruits secs. Puis il est revenu à Marseille, où il a développé, pendant dix ans, un département de conserves de fruits pour le marché de la pâtisserie, toujours au sein de l'entreprise Brousse Vergez. «C'est à ce moment-là que j'ai compris que dans le système capitaliste, l'entreprise appartient au porteur d'action, pas à celui qui crée le business. J'ai donc décidé de racheter les parts de l'entreprise qui appartenaient aux deux familles, Brousse et Vergez. J'ai redémarré l'entreprise sans argent, en jouant la durée...»




Esprit de challenge

Bien décidé à ce que l'argent «ne pollue pas la famille», l'homme décide alors d'inverser l'ordre des facteurs: «D'une entreprise familiale, nous sommes devenus une famille d'entrepreneurs. Nous avons en effet créé une holding qui est intervenue dans la création de cinq entreprises familiales, tout en conservant 30% de leur capital. C'est une vraie solidarité qui s'est tissée. Un véritable projet de vie». Un projet qui, pour Stéphan Brousse, est allé de paire avec le développement de sa propre société, qui compte aujourd'hui 18 salariés, et génère 26M€ de chiffre d'affaires. «Lorsque j'ai pris la tête de l'UPE 13, en 2005, on m'a prévenu: ?Les deux engagements sont incompatibles: tu vas couler ta boîte?. Résultat, en cinq ans, nous avons fait croître considérablement la marge brute de la société. Car l'UPE m'a beaucoup appris. Je ne suis plus le même manager. J'ai compris qu'il fallait structurer mon entreprise, ne pas hésiter, même si cela peut faire mal à l'ego, à embaucher meilleur que soit. Car bien sûr, le principal moteur d'une PME, c'est le chef d'entreprise. Mais c'est aussi le principal frein. Mon objectif, désormais, est de doubler notre CA d'ici à 3 ans». Un esprit de challenge que revendique pleinement ce sportif, qui pratique l'aviron trois fois par semaine dans le Vieux Port de Marseille: «J'aime l'effort, ramer plus vite que les autres, rechercher la performance personnelle. Je vis chaque journée comme si c'était la dernière. Je suis à fond dans tout ce que je fais, pour n'avoir aucun regret. Car tout peut s'arrêter demain. C'est le fondement de la vie: savoir que c'est une chance».