Depuis au moins en 1800 d’après les premières traces écrites retrouvées, l’entreprise Fouilleul est logée dans le faubourg du Gué-d’Orger, un quartier voisin de l’hôpital de Laval. La PME réalise la moitié de son activité dans les joints d’étanchéité destinés aux professionnels, notamment des grands formats pour les réseaux d’eau ou les machines. Et 20 % sur le marché des pièces sur-mesure pour des industriels. Le spécialiste produit en matériaux souples, des fibres ou du caoutchouc (EDPM).
À la marge, des joints d’étanchéité en cuir peuvent lui être commandés "pour des réseaux qui ont plus de quatre-vingts ans ou encore des machines spécifiques en fonctionnement depuis plus de cinquante ans ou encore des pressoirs à cidre", indique le dirigeant, Matthias de Chavagnac. "Nous sommes les derniers en France à réaliser des joints en cuir. Ce sont des pièces valorisantes à produire pour nos équipes, et qui ont leur marge spécifique. Cela nous permet aussi d’entretenir la relation de services avec certains clients", précise-t-il.
L’industrie et le luxe au ralenti
À l’origine, l’entreprise était une tannerie. Un métier historique qui lui a permis de s’adapter aux demandes dans les pièces en cuir, jusqu’à la production de joints, mais aussi de servir la filière de la maroquinerie de luxe. Cette clientèle génère à ce jour 30 % du chiffre d’affaires, qui s’établit à 2,3 millions d’euros. "Il devrait se stabiliser au même niveau en 2025, grâce à un gros contrat pour un client qui va entretenir des réseaux. Cela va compenser la baisse d’activité dans les secteurs de l’industrie et de la maroquinerie de luxe", précise Matthias de Chavagnac.
La chasse à l’efficacité
Ce savoir-faire entretenu sur le site a conduit à s’écarter des lignes habituelles et a favorisé la création d’une marque de maroquinerie. "C’est une idée que j’avais en tête, sans penser forcément à la mettre en place aussi rapidement ", raconte Matthias de Chavagnac, qui a repris en janvier 2021 la PME d’aujourd’hui douze salariés. "La conjoncture, dans l’industrie et dans la maroquinerie cette année fait que nous avons été moins surchargés. En parallèle, ma stratégie d’amélioration continue nous a encore libéré du temps. C’est une politique que j’ai gardée de ma précédente expérience : vingt ans chez Lactalis, où l’amélioration continue est profondément ancrée dans la culture d’entreprise et est source de motivation quotidienne pour chacun. J’ai la chance d’avoir une équipe très compétente, ici. Mais on peut toujours chercher ce qui peut être modifié pour gagner en efficacité, de points d’organisation personnelle à des leviers plus importants dans la chaîne de production."
Trois facteurs déterminants
Trois éléments ont permis la création de cette marque, baptisée Cuirasse. Les compétences en travail du cuir et le sourcing matière étaient acquis. Le responsable de production, embauché en janvier dernier, a par ailleurs réalisé l’essentiel de sa carrière dans des unités de maroquinerie. Enfin, un ami de Matthias de Chavagnac lui a fait don d’une machine à coudre le cuir industriel.
Le chef d’entreprise, chasseur amateur, propose alors de concevoir un fourreau pour son fusil. "C’est une pièce en cuir entière, repliée sur elle-même. Nous y avons ajouté une poignée, en cuir, et une bandoulière qui peut se détacher et servir de laisse pour ramener un chien égaré." Le produit est amélioré, dans son design, et adapté aux deux types de canons, juxtaposés ou superposés. "Nous avons alors imaginé quels produits plus petits nous pourrions produire, poursuit le dirigeant. Un collaborateur m’a alors expliqué que lui ne chassait mais pratiquait un tout autre sport : la pétanque. Nous avons alors conçu un étui de trois boules."
À chaque fois, la qualité du cuir utilisé est essentielle pour assurer sa résistance. "Cela représente un coût par rapport aux produits standards que l’on peut trouver dans le commerce, mais ce sont des pièces qui pourront se transmettre de père en fils", souligne le dirigeant.
Un nouveau projet dynamisant
De fil en aiguille, les idées fusent et créent une réelle émulation dans l’équipe, rapporte le chef d’entreprise. "Il fallait aussi que nous ayons des produits de toutes tailles pour éviter au maximum les chutes et donc les pertes sur une matière qui coûte cher." Sacoche de boules de pétanque, vide-poches de trois tailles différentes, porte-cartes, jeux en cuir de taureau (du cuir plus épais) pour pratiquer en intérieur avec des palets en cuir : un jeu de douze pièces numérotées et deux jeux de trois pièces se distinguant par leurs couleurs.
Les noms de la marque et de domaine déposés
"En un mois, nous avions une gamme de produits variés, pour plusieurs usages, avec une large fourchette de prix. Nous avions un nom de marque. Et j’ai déposé le nom pour protéger le nom commercial et le nom de domaine du site Internet, relate Matthias de Chavagnac. Ce site est la dernière pierre de l’édifice. Il est en cours de finalisation. C’est dommage, nous aurions aimé l’avoir pour les fêtes de fin d’année… Mais encore une fois, nous n’avions pas vraiment anticipé la création de cette marque."
Un lancement non millimétré
La commercialisation s’effectuera essentiellement via ce site Internet. "La marque va vivre sa vie, nous ne pouvons pas prévoir à quel degré cela marchera. Nous avons un petit stock des différentes pièces, seuls les fourreaux de fusil seront faits sur commande par rapport aux volumes de cuir que cela représente. Mais nous ne pouvons pas alimenter de magasins, c’est une initiative pour laquelle nous ne pouvons pas consacrer de temps pleins", commente le patron.
Matthias de Chavagnac espère un jour pouvoir distribuer ses objets de cuir à travers la France, pourquoi pas en y ajoutant des ceintures ? Car l’entrepreneur le confie : "Fabriquer des objets en cuir est une passion que j’avais avant de reprendre l’entreprise Fouilleul. Mais aujourd’hui, je n’ai plus suffisamment de temps à consacrer à ce hobby."