Avec 13.100 établissements qui emploient 144.956 salariés, le secteur de l'industrie génère 13,5% du PIB de Midi-Pyrénées, loin derrière celui des services (65,7%) mais devant ceux de l'agriculture (2,7%), de la construction (8,3%) et du commerce (9,8%). Trois filières concentrent la très grande majorité des effectifs industriels: l'aéronautique et le spatial, bien sûr, mais aussi l'électronique, l'informatique et les télécommunications et enfin, l'industrie agricole et agroalimentaire. C'est cette industrie forte qui a d'ailleurs permis à Midi-Pyrénées de mieux résister aux effets du ralentissement de l'activité économique en 2008. Mais il en va autrement depuis le début de cette année, les chefs d'entreprises industrielles mettant en avant une nette dégradation de leurs carnets de commandes. En première ligne, l'industrie des biens intermédiaires qui alimente des secteurs en crise comme le bâtiment ou l'automobile. En outre, «l'effet d'entraînement de la construction aéronautique s'amenuise», constate l'Insee. Si le rythme de production et les prévisions de livraisons d'Airbus restent élevés en 2009, l'aviation d'affaires subit quant à elle une vague importante d'annulations de commandes, impactant directement l'activité de la sous-traitance aéronautique régionale.
Un phénomène de cascade
Car c'est bien là que le bât blesse. En Midi-Pyrénées comme ailleurs, l'organisation industrielle repose sur un tissu de PME qui, ces vingt dernières années, se sont vues confier une part croissante de la production, les donneurs d'ordres choisissant de se recentrer sur leur coeur de métier pour gagner en compétitivité. Avec, à la clé, un phénomène de sous-traitance en cascade généralisé, les sous-traitants des uns étant bien souvent eux-mêmes donneurs d'ordres pour d'autres... Néanmoins, tous les sous-traitants ne sont pas logés à la même enseigne en période de crise, notent Gérard Soula, chef du pôle aérospatial à la Drire Midi-Pyrénées et Aurélie Bray, chef de la division développement industriel et technologique: «On distingue généralement sous-traitance de capacité et sous-traitance de compétence (dite aussi de spécialité, ndlr - cf. encadré). Dans le premier cas, les entreprises preneuses d'ordres sont généralement très impactées par les mouvements conjoncturels puisque leur niveau d'activité dépend du volume de production que les donneurs d'ordres n'ont pas la capacité de réaliser en interne et qu'ils préfèrent donc sous-traiter. En période de crise, les cadences ralentissant, faire appel à des sous-traitants de capacité ne se justifie plus.»
Des fonds propres souvent insuffisants
Et de poursuivre: «Dans le second cas, c'est un peu plus complexe. Parce qu'elle dispose d'une compétence que son donneur d'ordres n'a pas en interne, l'entreprise sous-traitante devient pour ainsi dire un maillon indispensable de la chaîne de valeur. C'est une position qui peut sembler plus confortable mais elle implique une prise de risques pour le sous-traitant, voire même un partage du risque dans le cas d'Airbus. De plus, c'est une position difficile à conquérir dans un contexte fortement concurrentiel. D'où l'importance d'innover, de se diversifier, parfois de se regrouper, et presque toujours de se consolider sur le plan financier.» Consciente de ce «mal français» qu'est la sous-capitalisation des PME, la Caisse des dépôts a d'ailleurs lancé, début juillet, une plate-forme d'orientation financière pour aider les entreprises dans leur recherche de fonds propres (lire page3). Elle est encore méconnue des entreprises et ne s'adresse pas exclusivement aux sous-traitants mais peut être une réponse à leur problématique de haut de bilan. «En matière de sous-traitance, on ne peut pas dire ?ce schéma fonctionne mieux qu'un autre?, mais les PME solides financièrement s'en sortent souvent mieux et ce quel que soit leur secteur d'activité», confirment Aurélie Bray et Gérard Soula.
www.midi-pyrenees.drire.gouv.fr
Le Siane, salon interrégional de l'industrie, se tiendra du 13 au 15octobre au Parc des expositions de Toulouse. Comme chaque année, de nombreux rendez-vous d'affaires auront lieu entre donneurs d'ordres et sous-traitants. L'occasion de revenir sur les réalités du secteur industriel de Midi-Pyrénées et de s'interroger sur les points clés d'une bonne stratégie pour faire rimer sous-traitance avec compétence plutôt que dépendance.
Dossier réalisé par Aline Gandy et Marie Lepesant