L'industrie textile française est en berne. Ou en tout cas, c'est l'idée reçue qui prévaut. Mais Sofileta et, de manière plus large, le groupe Sopatex sont là pour démontrer que le textile est encore présent et même à la pointe de l'innovation. «Le groupe a connu différents virages techniques au cours de son histoire, explique Benoît Bouret, directeur stratégie de Sofileta, passant de la soie aux fibres synthétiques et aux mailles élastiques. Mais nous sommes aujourd'hui encore une entreprise 100% française, tout le personnel et tout l'outil industriel étant sur le territoire du Nord-Isère. La clé réside dans la technicité du produit. Il faut faire des choix à temps pour être à la pointe de la technique, ce qui permet de jongler avec les coûts. La délocalisation n'est pas la solution. En étant concentré ici, nous gardons la maîtrise de la production, de la productivité et de la qualité.» Pour ce dirigeant, «le 100% made in France inclut les notions de service et de réactivité. Nous fournissons des tissus sur-mesure et notre expertise pour une adaptation parfaite aux besoins du client. Quant aux délais de production, ils sont de l'ordre de trois à cinq semaines pour l'ensemble du cycle industriel.» Être à la pointe de la technique demande des «investissements importants et continus, de l'ordre de 10% du chiffre d'affaires tous les ans». Ceux-ci permettent à l'entreprise de «maintenir un matériel industriel performant et compétitif, tout en obtenant des gains en productivité et en qualité, et même en prix».
Six sociétés
Sopatex, propriété de la famille Bouret, est l'entité administrative qui chapeaute quatre sociétés nord-iséroises du secteur textile, Sofileta à Bourgoin-Jallieu étant la principale, tant en termes de chiffre d'affaires que de notoriété. La société Gaudin teintures et apprêts (GTA) prépare et ennoblit les tissus, au sens large. La Société industrielle de tissages PM (SITPM), basée à Apprieu, s'occupe du tissage, de l'ourdissage et de l'encollage. Rossignol tissus élastiques, appartenant également à la famille Bouret, est en charge du tricotage. SITPM et Rossignol fournissent des écrus, c'est-à-dire le tissu brut, à Sofileta qui concentre les fonctions tertiaires du groupe. Francital environnement, dernière filiale de Sopatex, fabrique des produits confectionnés pour des niches professionnelles, comme les pompiers ou les forestiers.
De la haute technologie
Pour sa part, Sofileta crée, conçoit, développe et commercialise du tissu au large, prêt à utiliser pour les secteurs de l'automobile, de l'aéronautique, du médical,etc. Capable aussi bien de petites unités que de grandes séries, elle s'est diversifiée dans un grand nombre de niches qui lui permettent d'avoir une variété géographique de sa clientèle et lui évitent des cycles saisonniers. D'ailleurs, dans le contexte économique actuel, outre l'optimisation des coûts, Sofileta recentre ses efforts commerciaux sur ses grands clients et les grandes zones géographiques. Depuis un an, l'entreprise prospecte également dans des secteurs de haute technologie pour étudier les combinaisons possibles entre le tissu et l'électronique par exemple. «Mais, dans ce cadre-là, nous restons concentrés sur les métiers textiles», souligne Benoît Bouret. Attentif aux demandes spécifiques de chaque client, il avoue que le passage en production peut être une phase délicate qui demande une formation spécifique des opérateurs et qui a amené l'entreprise à recruter des «profils complémentaires», plus orientés vers les technologies de pointe. Sofileta est également membre de Métis. Cette plateforme technologique de transfert de savoirs entre les industries traditionnelles et les nanomatériaux compte quatre autres membres, Thuasne, Sport soie, ArjoWiggins et Rexor, adossés au CEA et à Minatec. «Métis est un incubateur de projets et un puissant outil de veille technologique. Cette association d'entreprises rhônalpines, qui ne sont pas concurrentes entre elles, permet d'atteindre une taille critique pour supporter l'incubation et la veille.» Sofileta est également un des représentants du pôle PME/PMI de Minalogic et un membre récent du Pôle innovations constructives (Pic). «Appartenir à des réseaux est une forme de dynamisme et relève d'une volonté d'ouverture.» Et c'est d'ailleurs pour «préparer la révolution du textile intelligent» que Sofileta se trouve au sein du Sitelesc, organisme de professionnels de la micro et nanoélectronique.
Sofileta est la société phare de la famille Bouret, à la tête de cinq entreprises textiles du Nord-Isère. Pour se développer, elle a misé sur la production française et la technicité de ses produits. C'est ainsi qu'elle fabrique des tissus antibactérien, anti UV, régulateurs thermiques, ou encore résistants au feu ou à la chaleur. Et elle participe à la «révolution du textile intelligent» qui comporte des capteurs électroniques et s'adapte aux conditions extérieures.
Anne-Gaëlle Metzger