Ingénieur électronicien, Philippe Piganeau a repris la société S. Industrie en 2000. Cette PME installée à Yerville (76) est spécialisée dans la réalisation de câblages électriques et électroniques, de faisceaux électriques et de sous-ensembles électriques et électroniques intégrés. Ses clients vont du ferroviaire au secteur médical en passant par l'éclairage haut de gamme, l'électroménager, le militaire, le matériel agricole, ou encore les terminaux de paiement. Une activité qui emploie essentiellement du personnel féminin soumis à des tâches répétitives.
Une démarche ergonomique initiée en 2004
« Plusieurs de mes employées souffraient de troubles musculo-squelettiques et notamment du syndrome du canal carpien, explique Philippe Piganeau. En 2004 nous avons initié une première démarche ergonomique avec le soutien de la CRAM et de Philippe Lesné. En 2014 nous avons pris la mesure que l'entreprise était pénalisée par des temps de traversée trop longs. Le temps écoulé entre le lancement de la fabrication et le départ des produits finis de l'atelier devait être fortement raccourci. Nous avons donc repris contact avec l'ergonome qui avait travaillé avec nous dix ans plus tôt. Cédric Leborgne, de l'agence rouennaise H3DT, est un spécialiste de l'ergonomie des postes de travail et de l'optimisation des flux. Nous avons également fait appel à Guillaume de Ménibus, du cabinet normand Adaptim, cabinet de conseil en performance des entreprises sur l'optimisation des flux ».
Partisan d'un « management bienveillant »
Pendant dix-huit jours, Cédric Leborgne et Guillaume de Ménibus ont étudié le fonctionnement de l'atelier. Un groupe-projet, comprenant des salariées, a été constitué. « Nous avons suivi les recommandations de tous ceux qui avaient travaillé sur le sujet », raconte Philippe Piganeau, qui reconnaît qu'il avait « une idée plutôt négative de l'ergonomie ». Avant d'admettre que le résultat s'est avéré « formidable » et que son expérience de 2004 lui a fait gagner beaucoup de temps dans sa manière de gérer ce projet avec ses salariés. Des améliorations ont été apportées sur les postes de travail, toutes les chaises ont été changées, des machines électriques permettent maintenant de manipuler sans risques les bacs de pièces détachées, le poste d'emballage a été transformé pour éviter, là aussi, les mouvements dangereux... « La mise en place de notre projet a aussi démontré que l'ergonomie ne concerne pas uniquement les postes de travail mais également l'environnement de ces postes », insiste Philippe Piganeau, partisan d'un « management bienveillant qui n'enlève rien à l'exigence professionnelle ».
65.000 euros d'investissements
Ergolean a été en majeure partie financé par l'UIR (Union des industries régionales) dans le cadre de l'opération « Équilibre humain ». Celle-ci est destinée à accompagner les chefs d'entreprises concernés par les « enjeux de santé au travail et la dynamique de performance économique ». L'investissement de 65.000 euros, consacré à la transformation du matériel et à l'achat de matériels neufs, a été financé à hauteur de 36 % par une convention passée avec la CARSAT, qui a mobilisé plusieurs institutions (Direccte, Aract, Agefip, UIR, Conseil régional) Avec Ergolean, Philippe Piganeau, a mis en oeuvre ce qu'il considère comme sa règle d'or : « Les idées viennent du terrain. Et nous avons fait un travail de terrain qui a trouvé chez nous un très bon écho ».
S. Industries SAS (Yerville); Psd : Philippe Piganeau; CA 2015: 6,3M€; Effectif : 55; www.s-industries.fr