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Simedys simule la vie dans des cadavres pour former des chirurgiens
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Simedys simule la vie dans des cadavres pour former des chirurgiens

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Issue de l’université de Poitiers, la start-up Simedys s’appuie sur un procédé unique simulant la vie dans les corps utilisés lors de la formation des étudiants en médecine. Forte de ses brevets et de son expertise, elle noue des contacts prometteurs à l’international.

Cyril Brèque, cofondateur de Simedys, a fait évoluer son modèle économique de la vente d’équipements à la prestation de service — Photo : Simedys

Simedys développe une activité rarissime qu’elle s’apprête à exporter : elle simule la vie dans des cadavres - "modèles anatomiques" — pour des besoins de formation. Son origine remonte à 2012. Cyril Brèque était maître de conférences et biomécanicien au laboratoire d’anatomie de l’université de Poitiers. Lui et ses collègues ont été sollicités par l’École française de prélèvement multi-organes : cette dernière cherchait un moyen de mieux former les praticiens. "Pour savoir opérer, un vidéoprojecteur ne suffit pas." En boutade, il lance : "Il faudrait pouvoir redonner vie à un cadavre."

"Pour ce démonstrateur, notre principal fournisseur a été Castorama."

Cette idée a été le point de départ de plusieurs années de R & D, aboutissant à la création du premier simulateur Simlife, breveté en 2015. Il est constitué d’un ensemble de robinets électriques et manuels, reliés à un ordinateur pilote. Il injecte un avatar de sang dans le corps. "Pour ce démonstrateur, notre principal fournisseur a été Castorama", se souvient Cyril Brèque. Pas banal pour une start-up... Il aura fallu du temps et de l’ingéniosité car les ressources étaient rares. "Qui aurait financé un projet pour simuler la vie dans un corps donné à la science ?"

Décidés à monter leur entreprise, les inventeurs suivent un parcours de start-up classique. Ils intègrent l’incubateur régional Poitou-Charentes, sont accompagnés par Neoloji et le cluster Allis-NA. Ils établissent un business plan, déposent une extension internationale pour leur brevet et finissent par créer Simedys en janvier 2018. Ils sont quatre associés, dont Cyril Brèque qui quitte la vie académique pour se consacrer à la nouvelle entreprise.

Pour appuyer son lancement, la start-up lève 300 000 euros auprès de business angels. Mais pour la suite, le dirigeant se tourne vers les banques. "Nous n’avons pas de technologie lourde à développer, la levée de fonds n’est pas si pertinente pour nous. J’ai vu le banquier avec des promesses de vente, ça l’a convaincu."

Le wedding planner de la formation chirurgicale

Répondant à une demande, Simlife équipe rapidement 12 des 27 laboratoires d’anatomie d’universités françaises. "Notre business plan consistait à vendre nos machines, accompagnées d’une formation des techniciens sur place. Nous avions négligé le facteur humain. Les techniciens changent souvent, ou oubliaient les procédures au bout de quelques mois."

Simedys a donc modifié son activité : avec ses propres techniciens formés, l’entreprise propose une prestation de service en intervenant directement en soutien du chirurgien lors de la formation. "Nous branchons les machines, préparons le corps. Nous le remettons en état ensuite, nettoyons la pièce. Nous sommes les wedding planners de la formation chirurgicale." La start-up poitevine dispose de quatre blocs opératoires mobiles. Discrète sur son chiffre d’affaires, elle "se porte bien", assure Cyril Brèque. Deux salariés l'accompagnent.

Pour tester des innovations ou réaliser des captations vidéo

Simedys a arrêté de commercialiser les Simlife en 2023. Centrée sur son activité de prestation, elle travaille désormais à exporter son expertise. Un premier contrat de partenariat a été signé avec l’université de Bologne (Italie) en 2024. Des contacts prometteurs ont été pris avec le Japon, la Belgique et le Canada.

L’entreprise propose de nouveaux services, dont le soutien à la R & D. "Nous accompagnons des start-up qui ont besoin de tester leur solution sur un corps humain pour valider leur modèle théorique", explique le dirigeant. Six prestations ont été effectuées en 2024, il y en aura plus en 2025.

Autre service dérivé : la captation vidéo des interventions des étudiants. La séquence peut être analysée et notée par le professeur. Demain, l’IA aidera à optimiser ce processus d’apprentissage. Elle revisionnera directement les vidéos et les gestes attendus. Le machine learning est en cours, notamment auprès de l’APHP (Hôpitaux de Paris), "le plus gros prescripteur européen", qui prépare, par ailleurs, la construction d’un bâtiment de formation, avec 20 tables pour former 2 000 internes.

Bientôt les animaux

Simedys poursuit ses innovations. "Nous mettons en place un modèle hybride pour s’affranchir du don du corps à la science : nous récupérons des animaux morts pour former des vétérinaires, voire des chirurgiens." En effet, l’intervention sur des animaux peut participer à l’apprentissage de certains gestes. "On adapte l’outil aux objectifs pédagogiques", résume Cyril Brèque.

Soutenu par le pôle de compétitivité Medicen et par le French Healthcare Association, Simedys a été couronné du Prix de la Cérémonie et du Trophée de l’innovation technologique au salon MedInTechs en mars 2025.

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