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aniel Gergès, rappelez-nous l'esprit de Silicon B ? Il s'agit d'un dispositif pour permettre d'inventer le futur du groupe Beaumanoir, à 3-5 ans, autour de la mutation du commerce, du changement de comportement du consommateur... Silicon B est au service du groupe mais il n'y a pas de raison qu'il ne serve pas à d'autres industriels, à terme, sans doute dès 2016. Nous voulons faire naître des activités qui peuvent porter le groupe demain. Pour y parvenir, l'accélérateur permet d'attirer autour de nous des porteurs de projets qui pensent différemment. Silicon B doit faire sortir du cadre.
Vous avez lancé un premier appel à projets, quel bilan en tirez-vous ? Pour cette première saison, nous avons reçu 40 dossiers. Je ne m'attendais pas à un tel engouement. L'autre grande surprise vient du fait que 60 % des dossiers n'émanent pas de la Bretagne. Nous avons reçu des dossiers de Toulouse, Nice, Paris, etc. Il ne s'agissait pas uniquement pour nous de capter des projets à 50 kilomètres du siège de Beaumanoir, à Saint-Malo. Nous voulons attirer et faire venir des gens de partout !
La sélection a dû être difficile donc...
Oui, c'était compliqué car les projets étaient, à 90 %, de grande qualité. Huit projets sur dix sont du domaine de la personnalisation. Nous en avons retenu dix pour pitcher devant 45 invités et notre jury composé de dix personnes et moi, des entrepreneurs du numérique breton pour la plupart (Digitaleo, Niji, Ubiflow...) et quatre collaborateurs du groupe Beaumanoir. Au final, deux ont été choisis. Le choix a été difficile...
Quels étaient vos critères ?
On parle beaucoup de digital en ce moment, mais ce qui est important à nos yeux c'est le service. Notre vision du monde repose sur quatre briques : les nouvelles expériences de shopping, les nouveaux services apportés au client, la convergence entre les magasins et le on-line et les technologies de productivité du commerce. Nos critères y sont donc liés : des projets et activités relais de croissance pour le groupe demain, sans être ultra-niches, des services pour le retail, et des porteurs suffisamment agiles et explorateurs de marché.
Vous cherchez à créer le Uber de demain en quelque sorte ?
Je ne sais pas si nous cherchons à créer les Deezer, Airbnb et autres, mais l'idée est bien de capter le Uber du commerce, oui ! Aujourd'hui, les technologies sont abouties et dès que l'on découvre un nouvel usage, chacun de nous le veut dans sa vie de tous les jours. Dans le commerce, cela n'a pas encore convergé mais nous savons que ça va bouger.
Alors, qui sont les deux heureux lauréats qui feront partie de l'aventure Silicon B ?
Les deux start-up sélectionnées répondent à l'apport de nouveaux services et de nouvelles expériences de shopping. Il s'agit du site ClicknDress et de La Boutonnière. Créé il y a un an par deux jeunes parisiens, le premier est un site multimarques de conseils morphologiques, un domaine d'exploration assez important pour Beaumanoir, qui touche la personnalisation. La Boutonnière, à Lyon, est une plateforme de co-création de vêtements qui permet d'engager le consommateur dans le processus de création, en collectant des données, jusqu'à la mise en fabrication en passant par un vote public.
Que gagnent-ils ?
La promesse que nous faisons à toute start-up, c'est de pouvoir tester leur modèle au sein de notre groupe. Nous voulons les aider de façon très pragmatique et les amener face au client, sans barrière, pour expérimenter en réel leurs produits et les connecter à nos marques. Les lauréats vont bénéficier d'un programme de 16 semaines. Les quatre premières vont nous servir à identifier, au sein du groupe Beaumanoir, quelles marques peuvent être intéressées par leurs solutions. Ils viendront à Saint-Malo mais n'ont pas d'obligation de domiciliation sur place. L'accélérateur est gratuit, sans prise de participation. Si ça marche, nous pouvons par exemple devenir leur client...
Et pour les perdants ?
Cela ne signifie pas qu'avec les 38 autres projets, nous ne ferons rien. Nous ne nous interdisons rien et il ne leur est pas interdit de travailler avec le groupe Beaumanoir. Nous ne prenons pas les projets comme des jouets ! Nous voulons vraiment les aider et nous parlerons d'eux. Deux autres projets qui nous ont plu mais n'ont pas été sélectionnés, ont eu le coup de coeur du jury, un "Silicon B award" en quelque sorte. Il s'agit du site rennais Marcel & Jupon, la première box cadeau pour seniors, et de Cocolico, une marque de vêtements totalement personnalisables pour enfants basée à Montauban.
Quelles sont les prochaines étapes pour vous ?
Je commence à constituer une équipe pour Silicon B. Céline Haentzler m'a rejoint en tant que chargée de mission start-up. À terme, quatre ou cinq personnes seront nécessaires pour gérer deux pôles, l'accélération et l'investissement. L'idée est de lancer trois saisons de pichs par an, comprenant aussi l'essaimage de projets internes au groupe. Pour le prochain appel à projets, il n'est pas exclu que nous lançions une thématique spécifique. Fin 2015, nous nous donnerons les capacités de financer ou d'investir dans ces dossiers, mais nous n'allons pas monter un nouveau fonds. La prochaine étape, pour nous, est de mettre un pied en Chine, en 2016... Tout démarre maintenant !
Propos recueillis par Géry Bertrande
L'accélérateur de start-up du groupe de distribution textile Beaumanoir (13.600 salariés, CA : 1,3 Md?), à Saint-Malo, vient de choisir les deux premiers projets qu'il accompagnera. Daniel Gergès, qui pilote cette initiative, revient sur ce choix difficile, parmi 40 dossiers de qualité...