« Si on ne joue pas ensemble, on disparaîtra ensemble »
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« Si on ne joue pas ensemble, on disparaîtra ensemble »

L'ancien président de la CCI du Havre puis de la CCI de l'Estuaire depuis décembre 2015, Vianney de Chalus, est devenu en novembre dernier l'homme fort de la structure consulaire régionale CCI Normandie.

Le Journal des Entreprises : Le scrutin consulaire au sein des CCI territoriales a été marqué par un faible de taux de participation d'environ 10 % sur la Normandie. Ce phénomène vous interpelle-t-il et comment l'analysez-vous ?

Vianney de Chalus : C'est compliqué... Lors du précédent scrutin sur le territoire de l'Estuaire, nous étions à près de 20 % de participation. Cette année, nous ne sommes qu'à 15 %. Ce n'est pas brillant mais il faut bien voir qu'il y avait trois scrutins en même temps : les élections des CCI, celles des Chambres de métiers, sachant que certains votent pour les deux, et enfin les élections dans les tribunaux de commerce. On peut aussi regretter que le Gouvernement ait organisé le scrutin en pleine période de vacances scolaires, sans compter les grèves de la Poste qui nous ont posé beaucoup de problèmes, notamment sur Le Havre.

Au-delà de ces circonstances particulières, le manque d'appétence pour ces élections n'est-il pas, selon vous, le signe d'un désamour des dirigeants d'entreprises vis-à-vis de l'institution consulaire ?

V.d.C. : Les circonstances n'expliquent pas tout. Ceci dit, les 15 % de votants sur le territoire de l'Estuaire représentent tout de même 60 % du PIB ! Il ne faut pas croire que nous ne sommes pas légitimes. De la même manière, ce n'est pas le manque de choix qui est en cause. Prenons l'exemple de la CCI Seine Mer Normandie (Rouen, Dieppe, Elbeuf). Ce n'est pas parce qu'il y a deux listes que les chefs d'entreprises votent davantage. La question est, me semble-t-il, plus large : pourquoi autant de chefs d'entreprises ne se sentent-ils pas plus concernés par le collectif ? C'est un phénomène qui n'est pas propre au milieu consulaire et que l'on rencontre aujourd'hui dans les organisations patronales comme dans beaucoup d'institutions représentatives. Ça attire moins qu'avant, et notamment les jeunes qui ne vont ni au Medef, ni à la CGPME, ni dans les CCI. À nous de réfléchir à ce qui les intéresse pour les faire revenir.

Ce n'est donc pas l'image des CCI qui est en jeu, selon vous ?

V.d.C. : Aujourd'hui, les CCI touchent environ 20 % des entreprises du territoire à travers leurs actions. Et celles que l'on accompagne reviennent. À titre personnel, j'ai travaillé plus de vingt ans dans les assurances maritimes, beaucoup à l'international, sans jamais passer par la CCI. À compter du jour où je l'ai fait, j'ai réalisé que c'était très pro et j'y ai converti mes collaborateurs. Le problème, c'est que nous ne touchons pas assez les entreprises qui auraient besoin de nos services. C'est tout l'enjeu des années à venir, à travers la mise en place de nouveaux outils dans le cadre de l'action CCI Digitale, notamment. La question est : comment susciter l'intérêt de ces jeunes entreprises ? Nous allons, par exemple, mettre en service en juin 2017 sur toute la France la plateforme CCI Store sur laquelle toutes nos actions seront en ligne, et même accessibles via des applis spécifiques. Près de 80 % de tout ce que l'on propose aujourd'hui sera accessible demain via cette plateforme. C'est avant tout un outil qui nous permettra de mieux connaître ces entreprises pour mieux nous adapter à leurs besoins et ainsi déterminer plus finement à quel moment elles ont réellement besoin d'un conseiller.

D'une manière globale, les CCI sont-elles toujours l'interlocuteur incontournable du monde de l'entreprise vis-à-vis de la sphère publique ?

V.d.C. : Ce qui est certain, c'est que nous devons nous adapter à la nouvelle donne. Depuis le début de l'année, c'est la Région qui dispose de l'ensemble des compétences économiques. Alors pourquoi faire la même chose avec le risque de doubler les actions ? Nous avons donc commencé à travailler à une contractualisation avec la région Normandie qui va nous confier l'exécution de certaines taches dans le cadre de l'exercice de ses compétences. Notre force à nous, CCI, c'est la proximité. Nous pouvons être un relais efficace pour la Région sur tous les territoires. Et je sais que la Région compte sur nous. De la même manière, nous allons encourager les CCI territoriales à contractualiser avec les agglomérations ou les communautés de communes, et avec la Métropole s'agissant de Rouen. Nous avançons vite, dans un esprit collaboratif pour aller vers plus d'efficacité.

Les CCI elles-mêmes sont donc prêtes à évoluer pour être plus efficaces ?

V.d.C. : Ce dont je suis convaincu c'est que nous devons travailler collectivement, car si on ne joue pas ensemble, on disparaîtra ensemble ! Il faut rationaliser et amplifier nos actions, tout en conservant cette proximité qui est notre légitimité. Pas de Cloche merle, pas de baronnies, nous sommes un réseau et nous devons travailler ensemble.

Si vous deviez retenir un projet majeur de cette nouvelle mandature, quel serait-il ?

V.d.C. : Incontestablement l'axe Seine. C'est "le" projet de la Normandie. C'est un territoire économique qui représente 36 % du PIB de la France. L'enjeu des années à venir consiste à favoriser les flux de marchandises, les flux financiers, pour créer de la valeur et qu'elle soit ensuite bien répartie sur l'ensemble du territoire. C'est une chance historique pour la Normandie. L'État et les régions (Normandie, Ile-de-France) ont signé un contrat de plan (CPIER) de près d'un milliard d'euros ; une délégation interministérielle a été mise en place ; et l'on vient de signer un accord avec les chambres de l'axe Rhénan (Allemagne, Autriche...) pour développer les flux Est-Ouest. C'est une des priorités de Bruxelles. Sans parler du Grand Paris et des chantiers à venir qui bénéficieront à nos entreprises.

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