Avec pas moins de cinq catégories de bateaux, la route du Rhum attire les skippers les plus divers. Un mélange que l'on retrouve également dans les six profils des marins d'Ille-et-Vilaine. Si on ne présente plus les Malouins Franck-Yves et Servane Escoffier. Si Loïc Féquet, de Saint-Lunaire, est un nom qui circule déjà dans le milieu de la voile. Les Cancalais Gilles Lamiré et Jean-Paul Froc, tout comme Gilbert Cholet, de Saint-Père, sont des inconnus pour le grand public. A fortiori pour les sponsors. D'où une traversée du désert, pour certains, qui s'est avérée beaucoup plus longue et ardue que celle à venir de l'Atlantique.
Clan Escoffier: le plus aguerri
Dans la famille Escoffier, cursus et pedigree ont fait leurs preuves. Avec ses quatre participations à la Route du Rhum, dont trois victoires, Franck-Yves va piloter son trimaran Crêpes Whaou!, troisième du nom. «C'est mon sponsor historique depuis 2002, ce qui est rare dans la voile, voire exceptionnel. Moi je fais de la prestation de service, je ne gère pas le projet financier. Si on veut courir correctement, il ne faut pas être armateur de son bateau: on aurait trop tendance à le ménager», affirme le skipper. Pour sa nièce Servane Escoffier, c'est la carte locale, et sa seconde place en 2006 sur Vedettes de Bréhat, qui ont pesé dans la balance. Résultat: la ville de Saint-Malo mise sur la jeune femme de 29 ans pour hisser les couleurs de Saint-Malo 2015 et s'offre ainsi une communication remarquée sur la ligne TGV qui reliera le port à Paris en 2h15 d'ici à cinq ans.
Faire preuve d'inventivité...
Pour Gilles Lamiré, sur Défi Cancale, les 150.000 € de budget ne sont encore pas tout à fait bouclés. Et jusqu'au bout, le navigateur aura fait montre d'inventivité pour décrocher des sponsors. À tel point que le plus gros d'entre eux - participant à hauteur de 20% dans l'aventure - est... le grand public. Tout l'été, le Cancalais, qui vient de la plaisance professionnelle, a embarqué des groupes de passionnés à bord de son trimaran au tarif de 90euros la demi-journée. Futé. Courant lui aussi sur son propre bateau, son voisin Jean-Paul Froc a eu plus de chance. «J'ai le plus petit bateau de la course et le plus vieux. Ce n'a pas été très difficile de trouver un sponsor». Ancien président-fondateur de l'association de la bisquine cancalaise, il y rencontre Benoît Lorans, patron du groupe rennais de robinetterie. «Benoît souhaitait mettre en avant Eurosanit un grossiste en robinetterie et plomberie de la région de Lyon, qui vient de rejoindre le groupe. C'est mon seul sponsor».
...ou attendre le miracle
Une chance que n'a pas eu Gilbert Cholet, qui participera à sa première Route du Rhum sur Chimirec EVTV. Son monocoque de 40 pieds, loué pour l'occasion, n'affiche pas moins de 17 autocollants sur la coque. Insuffisant. «Je cherche des sponsors depuis décembre2009. Fin mars, j'étais à la limite d'abandonner quand Chimirec a dit oui pour mettre un peu plus que prévu». Estimé entre 80 et 90.000euros (dont 32.000euros de location de bateau et 10.000euros d'assurance), son budget va lui demander de mettre la main à la poche plus que prévu. De fait, c'est Loïc Féquet qui a fait la meilleure affaire. Skipper sans bateau, il a bénéficié d'un concours de circonstance inouï. Son sponsor, Maître Jacques, s'est décidé en cinq jours à moins de neuf semaines du départ, et a racheté l'ancien trimaran Crêpes Whaou 2. «Un miracle qui n'arrive à personne mais qui prouve qu'il y a encore de belles histoires à raconter en matière de voile», résume Franck-Yves Escoffier.
Le 31octobre, 83 bateaux quitteront Saint-Malo pour Pointe-à-Pitre. Six navigateurs originaires du département prendront part à cette 9ème édition de la transatlantique. Avec des fortunes diverses en matière de sponsors.