Rouen s'est arrêtée, le 29octobre dernier. L'incendie survenu suite au renversement d'un camion transportant 30.000 litres d'hydrocarbures, sur le pont Mathilde, a littéralement paralysé une circulation habituellement déjà difficile. Axe principal permettant de traverser l'agglomération rouennaise de la rive droite à la rive gauche, le pont Mathilde assurait le trafic de 80.000 véhicules par jour! Au-delà des graves désagréments subis par les milliers d'usagers quotidiens du pont, la fermeture de l'ouvrage révèle la faiblesse du système de circulation de la ville. Un choc qui met en lumière la gravité du retard pris en terme d'infrastructure par l'agglomération rouennaise et l'impérieuse nécessité de la doter de son contournement Est, attendu depuis si longtemps et qui mettrait enfin la ville au niveau d'une agglomération moderne digne de ce nom.
Menace sur l'économie
Au-delà de la perturbation
de la circulation dans l'agglomération rouennaise, une menace plane sur la pérennité des activités économiques du territoire. Les acteurs du monde économique se sont très tôt mobilisés, à l'image de la CCIT de Rouen qui demande: «La réouverture à la circulation poids lourds des quais hauts et bas de la rive gauche et des quais hauts de la rive droite», avec pour objectif de fluidifier le trafic routier et: «d'assurer une desserte portuaire garantissant le maintien de cette activité économique majeure du territoire». La CCIT propose d'autres aménagements comme le rééquilibrage du nombre de voies de circulation, notamment sur le pont Boieldieu, l'ouverture à la circulation dans les deux sens sur le Cours Clemenceau ou encore d'augmenter le nombre de parkings. Pour les industriels, la priorité reste la réouverture des quais bas rive gauche comme l'explique Philippe Dehays, président de l'UPR: «L'impact économique est important. Les poids lourds ont des kilomètres en plus à effectuer. Un problème d'autant plus important dans le secteur des céréales ou tout se joue à quelques euros près la tonne. La compétitivité du port de Rouen est en jeu. Il y a urgence à rouvrir les quais bas rive gauche, à la fois économiquement et écologiquement car tous les axes sont saturés et entraînent de fortes émissions de CO2. Le port est en centre-ville, il faut bien faire venir les 1.300 camions quotidiens destinés à la desserte locale. Même si, au bout du bout, c'est le contournement Est qu'il nous faut. Nous avons trente ans de retard!» Directeur général d'Euro Normandie logistique, Christian Boulocher peut déjà compter les dégâts liés au pont pour son entreprise: «Nous sommes situés au coeur de Rouen au pied des ponts Flaubert et Mathilde et tous les détours de nos camions, jusqu'à 30km, entraînent des coûts supplémentaires qui vont peser sur nos comptes de résultats. Additionnés, j'estime ces suppléments à 300.000km pour un coût de près de 500.000€ pour l'entreprise! Je ne vais pas pouvoir supporter ça seul et vais devoir en parler avec mes clients. Le risque, notamment dans les secteurs céréaliers et agroalimentaires, c'est de voir partir les clients ailleurs, car la concurrence se joue à quelques centimes d'euros. Il faut débloquer cette situation et prouver au négoce international que le port de Rouen n'est pas condamné en terme de compétitivité».
Sébastien Colle
Infos trafic:
La ville a ouvert un site info pour simplifier la circulation: http://trafic.rouen.fr
L'incendie survenu sur le pont Mathilde à Rouen provoque un véritable étranglement de la circulation et menace l'activité économique.