Rhône : Robatel met le cap sur la Russie et la Corée
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Rhône : Robatel met le cap sur la Russie et la Corée

Trop dépendante en France du CEA et d'Areva, le spécialiste des emballages de transport pour le nucléaire a décidé de mettre le cap à l'export. Après les États-Unis et la Chine, la PME de Genas s'intéresse désormais de près à la Russie et la Corée.

« La situation économique d'Areva nous inquiète. On travaille à 100 % pour le nucléaire avec un quart de notre activité à l'export et trois quarts en France pour trois gros clients que sont le CEA, EDF et Areva. En 2014, nous avons décidé de mettre le paquet sur l'export, pas tellement en pensant à Areva à l'époque, mais plus au CEA. On vit essentiellement sur le CEA, mais comme ce sont des budgets d'État, le risque est important de voir ces budgets baisser dans les années à venir. Nous nous sommes donc fixés pour objectif de tendre vers un équilibre 50 % France 50 % export. Il se trouve que depuis quelques mois Areva a des problèmes et cela nous conforte encore plus dans l'idée d'augmenter notre part export », développe Christophe Bruneel, directeur adjoint et successeur annoncé de Dominique Sanchette à la tête de Robatel Industrie.
Entre la fluctuation des marchés du CEA et « le glissement de certains projets d'Areva », le concepteur et fabricant de cellules blindées et d'emballages pour le transport de déchets nucléaires a vu son chiffre d'affaires descendre à 18 M€ en 2014. « Le projet Comurhex à Pierrelatte (ndlr : construction d'un nouveau site de conversion de l'uranium) a vu son périmètre baisser. Une affaire qui était à l'origine chiffrée à 2,5 M€ est ainsi passée à 1,8 M€, mais on ne se plaint pas car notre carnet de commande avoisine les 38 M€ et on devrait repasser au-dessus de 20 M€ de chiffre d'affaires en 2015 », assure Christophe Bruneel.

Nouveaux marchés à l'export
Désireuse de s'affranchir des marchés d'États du CEA et de ne pas être plus impactée dans l'avenir par la situation financière incertaine d'Areva, la PME de Genas a toutefois décidé d'accélérer son développement à l'export.
« On s'est organisé avec le recrutement d'un responsable export qui vient de passer trois ans aux États-Unis pour nous. On a aussi recruté en alternance une ingénieur et docteur en chimie russe qui parle couramment français, anglais, russe et coréen. Elle va nous accompagner sur nos nouveaux marchés », explique le futur P-dg de Robatel Industrie.
Après avoir réussi à pénétrer le marché américain en remportant en 2012, via sa filiale Robatel Technologie LLC, un juteux contrat auprès de la société texane West Control Specialist (WCS), Robatel Industrie a décidé de s'attaquer aux marchés Russe et Coréen.
« J'ai signé dernièrement un contrat avec un agent en Russie et en Corée. On a aussi participé début juin au salon Atomexpo à Moscou pour annoncer notre développement en Russie. Pour nous, il s'agit d'un nouveau marché intéressant. Le Russe Rosatom cherche des sous-traitants français pour vendre leurs réacteurs dans d'autres pays. C'est un concurrent d'Areva, mais on ne s'interdit pas de vendre à des concurrents. On prend les marchés là où ils sont », justifie avec pragmatisme Christophe Bruneel.

Position d'attente
Convaincu que la Russie et la Corée peuvent représenter des relais de croissance intéressants pour Robatel, le dirigeant n'en oublie pas pour autant ses marchés prioritaires.
« Nos priorités restent les États-Unis, UK et la Chine. Le marché sur 10 ans avec WCS fonctionne. Ils nous louent nos emballages et nous payent au trimestre. Cela nous donne une assise pour aller chercher d'autres contrats aux USA. Parallèlement, on continue à explorer le marché chinois. J'ai eu récemment des réunions avec des clients pour des beaux projets de cellules blindées et d'emballages de transport. Mais l'avenir repose essentiellement sur le contrat d'Areva en Chine. Si Areva va jusqu'au bout de son contrat concernant le retraitement et les combustibles Mox, ce sera pour nous une fantastique nouvelle. Cela représenterait dix ans de travail et des dizaines de millions d'euros », assure Christophe Bruneel, qui attend avec impatience la confirmation de l'accord entre Areva et les Chinois.
Un accord qui devrait intervenir d'ici à la fin de l'année. Pour la Grande Bretagne, la situation est un peu similaire. « On est suspendu à la décision finale d'EDF Energy qui a décidé d'interrompre ses travaux concernant la construction de deux EPR sur le site d'Hinkley Point C. On a répondu à des appels d'offres pour les EPR, mais EDF Energy nous a dit qu'ils repoussaient les discussions car la base de la construction de l'accord avec les autorités britanniques n'est pas terminée », indique Christophe Bruneel.
Si ce dossier trouvait finalement une issue favorable, Robatel pourrait être tenté d'ouvrir une filiale sur place. « On l'a fait au mois de décembre aux Pays-Bas en créant Robatel NL juste pour un contrat que l'on a obtenu avec l'Institut de Recherche des Pays-bas. Ils nous ont demandé d'être sur place pour avoir des relations avec les autorités de sûreté nucléaire locale. On peut le faire au cas par cas dans d'autres pays pour faciliter l'intégration sur place », conclut le dirigeant.

Robatel
(Genas)
Président : Dominique Sanchette
131 salariés
CA 2014 : 18 M€
www.robatel.fr

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