Requiem intervient là où personne n'aurait envie de mettre les pieds. Après une scène de crime ou un décès découvert des semaines voire des mois plus tard ou encore dans le logement d'une personne souffrant d'un syndrome de Diogène (qui vit dans l'accumulation d'objets, de déchets et d'immondices rendant le logement insalubre). C'est un ami policier qui avait suggéré l'idée au dirigeant de Vita (métiers de l'hygiène), Christophe Mercier, constatant qu'aucune société de nettoyage n'avait envie de faire le « sale boulot ».
Et la demande explose. En moyenne 30 appels par mois, et même le double à certaines périodes, l'été en particulier. Le chiffre d'affaires, pour l'heure modeste (moins de 1M€), de cette filiale du groupe Vita devrait être dopé par la stratégie de croissance que porte le dirigeant. « Nous cherchons à lever 2M€ en fonds de défiscalisation pour nous développer. D'ici quelques mois, Requiem se déploiera en France, puis en Europe. Nous avons l'ambition de prendre le leadership dans un an sur le marché de l'incurie. Selon mes calculs, Requiem devrait atteindre à elle seule 15 millions d'euros d'ici 5 ans, avec déjà 20 % de croissance en 2015-2016 ». Christophe Mercier a posé des bases protocolaires pour espérer conquérir des marchés hors de son territoire. « Nous avons mis en place des méthodes qui seront bientôt certifiées, indique le gérant fondateur de Vita. Notre spécialité ne souffre pas l'approximation. De la protection de nos salariés sur les zones concernées jusqu'au lien avec la famille, en passant évidemment par la phase opérationnelle dans les logements, nous couvrons tout le spectre post-mortem, y compris la gestion des fins de concession ».
Désencombrement
Le contexte très délicat dans lequel interviennent les équipes de Requiem a façonné les process de l'entreprise. « Aucun de mes collaborateurs n'est contraint de travailler sur de tels chantiers. La prime est très bonne, mais j'ai peu de personnel capable de rentrer dans des logements où la vie est en lambeaux », décrit le dirigeant, qui a placé son frère Emmanuel à la tête de la structure, récemment devenue une SAS. D'ailleurs, une seule personne rentre dans le logement après une scène de crime : lui-même ou son frère Emmanuel.
Ils effectuent un devis, et aussi le tout premier nettoyage, qui consiste parfois à ramasser des éclats de corps. Ensuite les équipes interviennent par étapes : désencombrement, débarrassage, nettoyage, traitement des insectes, désinfection... L'entreprise a internalisé le traitement des déchets, a mécanisé les actions de propreté, et va parfois jusqu'à abattre des cloisons pour les refaire à neuf (une autre filiale de Vita s'en charge) quand l'accumulation du Diogène a tout détérioré. Le dirigeant décrit des scènes hallucinantes, où les équipes ont vidé 3,8 tonnes d'ordures dans un logement de 35 m². « On marchait sur 1,2 mètre d'ordures, on a mis un jour et demi pour ouvrir la porte d'entrée. Sur cette opération, nous avons abattu les murs et reconstruit, en expliquant au voisinage qu'il s'agissait d'un dégât des eaux ».
Arrêté préfectoral
Pour les cas de post-mortem, l'entreprise de pompes funèbres Roc-Eclerc, qui a un accord avec le Parquet de Lyon pour récupérer les victimes de mort violente, recommande Requiem aux familles endeuillées. Grand Lyon Habitat ou d'autres organismes de logement sociaux font appel aux services de l'entreprise pour les cas, de plus en plus nombreux, de Diogène. Parfois, Requiem intervient sur ordre d'un arrêté préfectoral lorsque le préjudice pour le voisinage devient un problème d'ordre public. Comme chez cet habitant des Mont d'Or qui accumulait des palettes, 25 tonnes à débarrasser. Le travail de Requiem dépasse aussi les frontières du seul débarrassage/nettoyage. Les équipes de Christophe Mercier veillent à la préservation de la réputation. « Lorsque nous intervenons auprès d'un Diogène, ou après une mort violente, nous y allons avec tact. Pour le Diogène par exemple, notre intervention est vécue comme un drame ».
Les devis de Requiem sont calculés sur le temps de présence. Il y a du temps actif, et du temps non actif (approche, lien avec la famille, temps passé avec le Diogène...). Les prix peuvent monter haut, et restent à la charge de l'occupant ou de sa famille. « Nous faisons le lien avec la tutelle curatelle. Nous trions et préservons les biens qui peuvent être " sauvés ", en les confiant parfois aux archives départementales ».
(Chassieu) Gérant : Christophe Mercier 70 salariés CA 2015 : 3,8 millions d'euros www.requiem-services.fr