« Depuis 1979, date de la création de Bouchers Services en Lorraine, notre métier consiste en de la sous-traitance pour l'industrie de l'abattage et de la transformation de la viande, explique Anne-Sophie Tyli, directrice générale (basée à Rennes) et fille de la fondatrice. Nous intervenons sur la deuxième transformation, c'est-à-dire pour le désossage et le parage de la viande. Nous sommes présents sur 55 sites de nos clients en France (75 % dans le Grand Ouest : Bigard, SVA, Gatine Viande...) avec nos 1.150 opérateurs de production.
Contre les piqûres au couteau
Leur métier de boucher représente des risques, et nous connaissons une centaine d'accidents du travail par an, dont trente sont dus à des piqûres de couteau (le reste concerne surtout des TMS, problèmes de dos, etc.). Nous investissons chaque année dans du matériel neuf, parfois innovant pour leur EPI (équipement de protection individuel) : des tabliers et gants en maille de plus en plus fine, gants anti-coupures, etc. Mais nous avons constaté que les différentes actions, notamment de formation à la sécurité, ne portaient pas assez leurs fruits. Nous avons donc engagé une nouvelle réflexion, en partant de la base : qu'est-ce qui provoque ces piqûres de couteau (et non les coupures) : la pointe du couteau ! Elle passe malgré tout à travers les mailles en métal. Si on ne soigne pas tout de suite, cela peut s'infecter. On s'est alors rendu compte que la pointe ne sert pas pour la transformation de la viande ! C'est uniquement la lame qui tranche.
Prototypes maison
Alors, nous avons fait des prototypes, affûtant nous-mêmes les lames, créant ainsi un couteau à bout rond. C'est notre directeur technique et commercial, Jean-François Gireault, qui a géré ce projet, lancé il y a moins d'un an. Ensuite, nous avons fait tester le produit par nos salariés, chez l'un de nos clients, Gatine Viande, en partenariat. Comme nous avons une obligation de résultat, peu importe nos moyens techniques. Et ils ne veulent plus que celui-là ! Car en plus d'éviter les piqûres, il permet une autre prise en main pour des mouvements moins larges du poignet. Nous avons alors contacté notre fabricant, l'Allemand Giesser, lui demandant de fabriquer nos couteaux désormais avec des bouts ronds. Ils ont étudié cette possibilité, modifié les machines, et le fabriquent. Par contre, nous n'avons pas pu breveter le produit, car il s'agit d'une utilité : le bout rond existe déjà... Mais ce n'est pas le plus important, l'essentiel est le bien-être de nos salariés au travail. Nous serions même fiers d'être copiés !
500.000 ? investis
À ce jour, 200 salariés sont en test avec ce couteau, auquel nous cherchons un nom. Sachant que nos bouchers peuvent choisir parmi une gamme de 25 modèles de couteaux (longs, courts...). Cela représente 40.000 couteaux à acheter par an, car ils en changent tous les mois. Soit un investissement pour nous de 500.000? (développement produit et équipement). Car tous les salariés seront équipés de ce couteau à bout rond avant fin 2016. Giesser doit de son côté vendre beaucoup de couteaux pour que ce soit rentable pour elle. Mais nous avons de tels retours que nous pouvons espérer qu'il deviendra une norme partout... Pour nous, qui représentons plus de 26 % des salariés de la deuxième transformation en France, c'est aussi une question d'image. C'est important pour nos salariés de savoir qu'ils vont travailler en sécurité. Nous attachons aussi beaucoup d'importance à leur formation, d'autant que nous avons du mal à recruter. Pourtant, nous avons besoin de 300 collaborateurs supplémentaires avant fin 2016, pour intervenir chez de nouveaux clients. Nous espérons ainsi atteindre cette année les 56 millions d'euros de chiffre d'affaires, contre 51 millions d'euros en 2015. »
Bouchers Services
(Rennes) P-dg : Martine Robin DG : Anne-Sophie Tyli 1.200 collaborateurs CA 2015 : 51 millions d'euros 02 99 02 52 80