Les réseaux exclusivement féminins ont-ils un intérêt ? Lors des Trophées des réseaux économiques organisés par le Journal des entreprises le 2 juin, cette question a fait débat dans l'assistance et suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, notamment de membres de réseaux féminins bordelais.
« Je suis contre la notion d'affrontemen
t » Pourquoi ? Parce que l'intervenante de la table ronde qui a répondu à cette question, Agnès Passault, P-dg d'Aquitem et présidente du Syrpin, a expliqué qu'elle ne se reconnaissait pas dans ces réseaux et n'y voyait pas d'intérêt suscitant à la fois des applaudissements dans la salle et de vives réactions sur twitter. « Je défends la mixité dans la société et en entreprise. Je me désole que dans ma branche - le numérique -, il y ait si peu de femmes, et singulièrement de jeunes femmes, et qu'il y ait en général peu de femmes chefs d'entreprise. Mais je ne me reconnais pas dans ces clubs féminins où les femmes se retrouvent entre elles car c'est exclure les hommes, et c'est l'inverse de ce que je veux. Les hommes et les femmes sont différents. Nous avons des sensibilités différentes, des façons de travailler différentes, et nous devons utiliser ces complémentarités. Beaucoup d'hommes me disent l'importance pour eux d'avoir des femmes dans leurs équipes car elles n'apportent pas les mêmes choses. Je ne suis pas dans un rapport de force, je ne cherche à peser face aux hommes car il y a là une notion d'affrontement que je n'aime pas. Je veux juste convaincre les femmes. Je suis pour l'incitation à, pas pour l'affrontement ni les quotas. Bien sûr il faut s'assurer qu'il n'y a pas de freins, de barrières à l'entrée pour les femmes, mais je suis contre le fait d'imposer ou d'obliger à une féminisation. »
« Les réseaux féminins ne sont pas des ghettos »
Pour Nathalie Dujardin, la présidente de Drôles d'entrepreneures, « les réseaux féminins sont tout le contraire d'un ghetto où on parlerait de couches et de chiffons. Il ne s'agit pas non plus d'exclure hommes. Beaucoup de nos membres adhèrent par ailleurs à d'autres réseaux professionnels où il y a des hommes. Simplement certaines femmes ont aussi besoin de se retrouver entre elles pour partager des problématiques communes. Notre volonté c'est que les femmes prennent plus de place dans la société, qu'elles soient plus visibles. Notre but c'est de promouvoir l'entrepreneuriat au féminin. Nous avons besoin de montrer que des femmes réussissent, que des femmes puissent s'identifier à d'autres. Dans nos soirées réseaux, nous parlons de business, nous échangeons des informations, des bonnes pratiques. »
« S'organiser pour peser »
Wanda Laurent, l'une des huit fondatrices de la plateforme Lconnect qui réunit plus de 900 adhérentes, ne dit pas autre chose. « Malheureusement les femmes sont marginalement représentées notamment dans les instances de gouvernance locale, dans le monde économique, à la tête d'entreprises. Il faut que cela change. Je pense que toute seule isolée parmi les hommes, on ne pèse pas. Mais cela ne va pas dire rester entre nous. Si nous faisons ça, nous aurons perdu. Simplement j'ai la conviction qu'à plusieurs on est plus fortes et pour cela il faut s'organiser. Je conçois Lconnect comme une communauté, un lieu de vie où les femmes peuvent parler entre elles et voir que c'est possible d'entreprendre, d'avoir une carrière, de réussir. Nous sommes là pour leur dire : "Croyez-en vous, faites-vous confiance, vous avez les compacités. Mais en aucun cas il s'agit d'exclure les hommes. Au contraire. »
Les réseaux féminins sont-ils utiles pour faire avancer la mixité dans la société et l'entreprise, ou au contraire sont-ils porteurs d'affrontement ? À chacune sa vision.