Il est des marchés publics qui, en plus de générer du chiffre, participent aussi indirectement à des débats de fond. Le mois dernier, Rennes Métropole clôturait une consultation pour les Champs Libres. Objet du marché: les relations presse sur la thématique de la Bretagne. Une procédure banale. Mais voilà, aussi étonnant qu'il puisse paraître, ce document a suscité le courroux de plusieurs agences de communication de l'Ouest. Raison de leur colère: la rémunération proposée.
Code de Lisbonne
Dans la dite consultation, Rennes Métropole et Les Champs Libres proposent de rémunérer l'attributaire en deux volets. L'un forfaitaire, pour un montant maximum de 20.000€HT, l'autre conditionné aux résultats obtenus. Et la collectivité de préciser ses intentions: ?Obtention d'au moins 15 retombées (articles importants) dans les titres ?coeur de cible? de la presse culturelle, spécialisée et professionnelle; obtention d'au moins un reportage sur les grandes chaînes nationales?, etc. Une précision qui - il faut le savoir - entre directement en conflit avec les recommandations du Syntec Conseil en relations publiques. Ce dernier conseille en effet aux agences de s'engager à respecter le Code de Lisbonne. Que dit justement l'article11 de ce code? ?Pour ses services, le professionnel de relations publiques ne peut accepter de rémunérations que sous la forme de salaires ou d'honoraires; il lui est interdit d'accepter tous paiements ou autres compensations matérielles, qui seraient automatiquement liés à des résultats professionnels quantitatifs.?
«Obligations de moyens»
En clair, «on a une obligation de moyens mais pas de résultats», décrypte un professionnel des relations presse de l'Ouest qui s'est refusé à répondre à la consultation des Champs Libres. «Quand des clients pinaillent car ils estiment ne pas avoir assez de retombées, on peut mettre en place une action en plus, poursuit cette même source. Mais déontologiquement, on ne peut pas dire qu'on aura au final 30 articles.La force d'un article est bien plus importante que celle d'une publicité, justement parce que le journaliste est objectif et qu'il ne peut pas assurer un 4 colonnes dans un journal.» Pour ce professionnel, la consultation des Champs Libres franchit donc la ligne jaune de la déontologie. «Ce qui est un peu énervant c'est que cela émane de la puissance publique. Qui plus est une collectivité qui a fusionné récemment ses deux services de communication. Ils doivent savoir comment ça se prépare des relations presse, non?»
Les Champs Libres «parfois déçus»
Aux Champs Libres, on fait amende honorable. L'espace culturel rennais semble découvrir ce code de déontologie. Et s'il admet que, les années, précédentes, il n'avait pas inscrit dans son appel d'offres de volet lié aux résultats, il l'explique en toute transparence. «À l'expérience des années précédentes, on s'est rendu compte que la formule forfait se passait le mieux possible. Mais on était parfois déçu par le nombre de retours presse», explique Nelly Paugam, responsable du service administratif des Champs Libres, en charge des questions juridiques. Objectivement, l'appel d'offres formulé par Rennes Métropole semble bien respecter le code des marchés publics. Il pose toutefois question: oblige-t-il les agences à enfreindre leur propre code de déontologie? Certains professionnels des relations presse n'ont semble-t-il pas eu ces scrupules. «Deux agences ont répondu et ont compris la démarche qui est la nôtre», confie Nelly Paugam.
Appel d'offres Un attaché de presse peut-il être rémunéré à l'aune des résultats obtenus en matière de retombées? C'est la question posée par un appel d'offres des Champs Libres.