Hervé Morin ne manque pas une occasion de le rappeler depuis son élection en décembre dernier : l'économie est sa priorité ! Et à l'heure où « l'Agence » qui doit concentrer l'essentiel des services liés au développement économique se met en place, le président de région précise à chacune de ses sorties les différents éléments de sa stratégie dans ce domaine.
Une contractualisation sur trois ans
Concernant les filières, il annonce un nouveau modus operandi auquel vont devoir se plier les associations et groupements d'entreprises qui veulent prétendre aux subsides de la collectivité régionale. Sur la forme, la région qui a ouvert en janvier un « round » de discussion avec une dizaine de filières répertoriée, propose une contractualisation sur trois ans qu'elle espère boucler avec la majorité d'entre elles avant la fin de l'année. « L'idée est simple : nous allons contractualiser en garantissant les ressources sur la période » en mettant en place des indicateurs de performance, prévient le président de région. Des indicateurs qui portent sur le nombre d'adhérents, la croissance du chiffre d'affaires des membres, le travail avec les pôles de compétitivité sur la recherche et l'innovation, les plans de formation, les certifications obtenues ou encore l'évolution du nombre de salariés dans les entreprises.
Des filières « normandes »
Sur le fonds, la collectivité pose des conditions. En matière de représentativité, notamment. Fustigeant ceux « qui s'apparentent plus à un club qu'à une filière », le président de région pose en préalable à toute discussion que ses interlocuteurs « soient organisés à l'échelle de la Normandie ! » Un critère que ne remplissent pas aujourd'hui toutes les filières industrielles régionales. Loin de là. On pense naturellement à la Glass Vallée (flaconnage de luxe) essentiellement concentrée dans le nord du département de la Seine-Maritime. Hervé Morin demande enfin que ces filières soient « autonomes en termes de fonctionnement... Même si ce n'est pas toujours le cas aujourd'hui », reconnaît-il.
NAE, l'exemple à suivre ?
Un portrait-robot du « bon élève » qui cadre plutôt bien avec une filière telle que Normandie AéroEspace (NAE), présente sur l'ensemble du territoire régional depuis plus de dix ans. Pour son président, Philippe Eudeline, pas de doute, « NAE est parfaitement dans cette configuration-là ». Représentativité, contractualisation, « tout cela me va très bien car c'est déjà comme cela que nous fonctionnons ». Philippe Eudeline qui se dit prêt à « aider les autres en leur expliquant le chemin que nous avons pris et surtout comment nous avons surmonté les difficultés ». Seul point de vigilance exprimé par le président de NAE, la nécessité « de bâtir ensemble avec la région les indicateurs de performance des filières ». Un sentiment partagé par Thierry Samper, le nouveau président de Normandie Web Xperts (#NWX) qui souhaite que ces indicateurs « soient co-construits et pas imposés ». A fortiori pour une filière par nature transversale telle que celle du numérique et du web. Rouennaise à l'origine, l'association veut développer cette année ses liens avec ses homologues havrais de Lhackademie ainsi qu'avec la Smart Base installée dans les murs de la Basse 105 à Evreux. Une antenne #NWX doit également ouvrir à Caen avant la fin de l'année.
La crainte d'une ingérence au sein des filières
Autre cas de figure, autres préoccupations. Si pour son président Alain Verna, Logistique Seine Normandie (LSN) « entre dans les cases » définies par la région, la question de la représentativité « normande » se pose malgré tout. « C'est un sujet sur lequel nous travaillons », à travers notamment un rapprochement engagé avec les clubs logistique bas-normands qui doit se finaliser avant l'été. « Ce que j'entends dans le discours d'Hervé Morin », note Alain Verna, « c'est que la région souhaite une autonomie dans notre fonctionnement pour qu'elle finance les actions tournées vers les entreprises. Nous travaillons entièrement au bénéfice de nos adhérents et nous entendons rester à leur service. Il ne faudrait pas que le financement de ces actions justifie une trop forte ingérence de la collectivité au sein des filières ». Les discussions engagées par la Région en début d'année se poursuivront dès le mois de juin avec « l'Agence » comme interlocuteur des filières.
Guillaume Ducable
Le président de région Hervé Morin (UDI) a dévoilé en janvier sa politique de soutien aux filières.
La dizaine répertoriée par le nouvel exécutif devra contractualiser toutes une série d'engagements pour les trois ans qui viennent.